Le professeur de droit toulousain Jacques Viguier a été acquitté en appel, samedi à Albi, du meurtre de sa femme Suzanne

Après un procès de 3 semaines, les jurés n'ont pas suivi le réquisitoire de l'avocat général qui demandait, devant les assises du Tarn, de 15 à 20 ans pour le meurtre de son épouse, disparue mystérieusement le 27 février 2000.En avril 2009, il avait déjà été acquitté par la cours d'assises de la Haute-Garonne.Il n'y aura pas de pourvoi en cassation

Jacques Viguier au palais de justice d\'Albi, le 1er mars 2010, aux côtés d\'un de ses avocats Me Jacques Lévy.
Jacques Viguier au palais de justice d'Albi, le 1er mars 2010, aux côtés d'un de ses avocats Me Jacques Lévy. (AFP/ERIC CABANIS)

Après un procès de 3 semaines, les jurés n'ont pas suivi le réquisitoire de l'avocat général qui demandait, devant les assises du Tarn, de 15 à 20 ans pour le meurtre de son épouse, disparue mystérieusement le 27 février 2000.

En avril 2009, il avait déjà été acquitté par la cours d'assises de la Haute-Garonne.

Il n'y aura pas de pourvoi en cassation

"L'affaire Viguier est définitivement classée"
Le parquet général ne formera pas de pourvoi en cassation après l'acquittement de Jacques Viguier par la cour d'assises du Tarn, a indiqué dimanche à l'AFP le procureur général auprès de la Cour d'appel de Toulouse, Patrice Davost.

"Je n'envisage pas de pourvoi, la vérité judiciaire a été dite, tout a été exprimé, exposé. Les jurés ont déclaré l'intéressé non coupable après un deuxième procès, il n'y a pas de matière pour former un pourvoi en cassation", a déclaré le procureur général.
"L'affaire Viguier est définitivement classée", a-t-il précisé.

Un peu plus tôt dimanche, Jacques Viguier s'est réjoui sur RTL d'avoir regagné "liberté" et "dignité", tout en demandant "une petite réparation matérielle" pour ses neuf mois de détention provisoire en 2000. "Cette liberté, a-t-il ajouté, est fondamentale pour moi".

Le professeur a aussi souligné qu'il ne serait totalement libéré que "quand on saura ce qu'est devenue Susi", sa femme. "C'est une souffrance de vivre dans l'incertitude sur ce point", a-t-il affirmé. "Je pense que j'ai été acquitté parce qu'il y avait un dossier vide", a estimé Viguier, qui reconnaît avoir commencé ce second procès en assises "en forme. Puis la fatigue est venue et j'ai fini le procès entre les deux", a-t-il admis. "C'est l'amour qui a existé avec mes trois enfants qui m'a permis de vivre, de survivre, pendant ces dix ans", a enfin ajouté Jacques Viguier, qui n'a jamais cessé d'enseigner.

Viguier voulait qu'on lui rende sa dignité
Après le verdict, debout, Jacques Viguier a embrassé son avocat Jacques Levy. Il s'est ensuite approché de ses enfants et de ses proches, qu'il a serrés dans ses bras.

L'avocat général Marc Gaubert avait requis vendredi 15 à 20 ans de réclusion criminelle contre l'accusé, estimant qu'il y était tenu par l'arrêt de renvoi pour homicide volontaire. Il avait complété son réquisitoire en disant aux jurés qu'ils pouvaient également envisager une condamnation pour coups et blessures involontaires.

Les avocats de la défense et de la partie civile s'étaient dit troublés par le réquisitoire.

Avant que les 15 jurés et magistrats de la cour d'assises du Tarn ne se retirent pour délibérer, le professeur de droit toulousain, 52 ans, vêtu d'une veste grise sur un pantalon et un pull noirs, avait fait une dernière déclaration : "Je viens de vivre 10 ans d'horreur et de chemin de croix. J'espère que ces débats (...) vous auront prouvé mon innocence. Faites que mon univers ne s'effondre pas, rendez-moi ma dignité d'homme pour les enfants et pour Susi (Suzanne)".

Jeudi, les proches de la victime, qui n'a jamais été retrouvée, avaient affiché leurs divergences.

La partie civile a plaidé les coups et blessures involontaires
"La question qui se pose est: l'a-t-il tuée volontairement, involontairement ou par accident", avait résumé vendredi Me Guy Debuisson, un des avocats des soeurs de Suzanne, devant la cour d'assises du Tarn. Pour lui, Jacques Viguier ne voulait pas divorcer et a "dégoupillé" lors d'une énième dispute avec son épouse qui avait pris rendez-vous le lendemain pour entamer une procédure de divorce. "C'est une dispute conjugale qui se termine malheureusement par un geste fatidique qu'il n'a pas voulu commettre", avait-il estimé.

Une famille divisée
Lors de la séance de jeudi, les deux soeurs de la disparue avaient accusé Jacques Viguier, mais leur mère avait pris son parti. Une des soeurs, Carole, se tournant vers Jacques Viguier lui avait lancé: "Je sais que tu l'a tuée. Dis-moi au moins où tu as mis son corps. Je sais que tu ne l'a pas fait exprès. Mais tu l'as tuée. Dis-le ! C'est dégueulasse, sinon."

L'accusé avait répondu : "Je ne l'ai pas tuée, ta soeur. Je n'ai pas tué Suzy", ce qui avait provoqué les larmes du témoin, qui est restée sur son accusation. L'autre soeur, Hélène, s'était montrée plus modérée dans le ton. "Il est temps que justice soit rendue. Que Jacques Viguier aille en prison", avait-elle dit, "persuadée que c'est une dispute qui a mal tourné". Les deux femmes étaient parties civiles.

La mère de l'épouse disparue, Claude, avait affirmé au contraire sa conviction que l'accusé était innocent. "Il n'a pas tué ma fille, je le sais. Il n'y est pour rien et il n'y a aucune preuve pour me faire changer d'avis. Il n'y en aura pas", avait-elle dit. A ses yeux, Suzanne est encore en vie. Elle n'avait pas vu sa fille de 1994 jusqu'à la disparition, car celle-ci ne voulait plus la voir depuis qu'elle lui avait dit qu'elle "n'assumait pas son rôle d'épouse et de mère comme il fallait".

Les enfants solidaires de leur père
Depuis le début du procès, la mère de Suzanne Viguier, institutrice à la retraite, était assise à côté des trois enfants du couple Viguier qui ont défendu leur père. "Si papa était aussi odieux qu'on le dit, nous ne serions pas là tous les trois autour de lui, pour le protéger", a dit Clémence Viguier, 20 ans. "C'est lui qui nous a élevés. Et s'il était aussi horrible qu'on le dépeint, on ne serait pas là tous les trois". Elle a mis en cause l'enquête, biaisée à ses yeux, point de vue défendu par son frère Guillaume, 17 ans.

"Dès le départ, on a fait l'enquête à l'envers. On a cherché à accuser mon père au lieu de chercher ma mère", a-t-il estimé. "Je préfère croire aujourd'hui que maman est vivante. Et je ne comprends pas ce que fait mon père ici, aujourd'hui, sur ce banc".

Nicolas, le troisième enfant, a dit s'être posé des questions sur la culpabilité de son père. "Mais ce n'est pas possible, vous ne connaissez pas papa, même des coups mortels, je n'ai jamais réussi à y croire".

En théorie, en droit français, la condamnation de Jacques Viguier était possible en vertu de l'intime conviction des jurés, même en l'absence de preuves matérielles ou d'aveux. Les indices qui pesaient à son encontre - le fait qu'il ait détruit un matelas après la disparition de sa femme ou négligé de déclarer à la police qu'il avait retrouvé son sac à main avec ses clefs - ont été considérés par la défense comme trop ténus pour se faire une conviction.

Jacques Viguier, qui a fait neuf mois de détention provisoire de mai 2000 à février 2001, avait été acquitté en première instance devant les assises de la Haute-Garonne à Toulouse, en avril 2009.