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Lancement mardi de la transformation en lieu de mémoire de l'ancienne gare de Bobigny, site de départ de déportés

En présence de Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le président de la SNCF Guillaume Pépy a dit: la SNCF, "contrainte", fut "un rouage de la machine nazie d'extermination".Plus de 20.000 Juifs internés au camp de Drancy (93) ont été déportés vers les camps de la mort en 1943 et 1944 au départ de la gare.
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Simone Veil, raccompagnée par Guillaume Pépy, quitte la gare de Bobigny, le 25 janvier 2011. (AFP - Boris Horvat)

En présence de Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, le président de la SNCF Guillaume Pépy a dit: la SNCF, "contrainte", fut "un rouage de la machine nazie d'extermination".

Plus de 20.000 Juifs internés au camp de Drancy (93) ont été déportés vers les camps de la mort en 1943 et 1944 au départ de la gare.

Etonnamment préservée, la gare de Bobigny a été classée en 2005, et doit devenir un lieu de mémoire, à l'initiative de la municipalité (PCF) de Bobigny. Il ne s'agit pas, selon elle, d'y construire un mémorial ou un musée, mais de trouver un bon équilibre entre restauration et préservation de l'état d'abandon du site, tout en offrant une "information circonstanciée" sur l'histoire du lieu.

Les heures sombres de l'histoire de la SNCF, qui a transporté quelque 75.000 juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, ont déjà fait l'objet de plusieurs procès - jamais perdus par la compagnie.

Elles ont été remises en lumière ces derniers mois, des élus américains ayant exigé que les compagnies qui sont candidates à des contrats aux Etats-Unis et qui avaient transporté des déportés présentent explications et excuses, et éventuellement indemnisent les descendants. Or, la SNCF est très intéressée par les projets de trains à grande vitesse aux Etats-Unis, notamment en Californie et en Floride.

La compagnie française a dépêché des dirigeants outre-Atlantique, pour rencontrer élus et associations juives. En Floride en novembre, Guillaume Pepy a fait le point sur sa position, exprimant "sa profonde peine et son regret" pour les conséquences de ces transports, "réalisés sous la contrainte "de la réquisition". La compagnie a même créé un site internet, qui présente en anglais son rôle pendant la Shoah.

Des descendants de victimes se sont émus en France de ce que la SNCF ait une repentance à géométrie variable, dictée, ont-ils dit, par des intérêts commerciaux. A cela, Guillaume Pepy a rappelé à plusieurs reprises que son entreprise travaillait alors sous la menace armée des nazis.

Ne pas oublier "l'héroïsme des cheminots"
Des syndicats de la SNCF ont rappelé "l'héroïsme des cheminots" durant la Seconde Guerre mondiale. Pour l'Unsa-cheminots, deuxième syndicat de la SNCF, "s'interroger sur le rôle de l'entreprise pendant la guerre ne doit pas faire oublier l'implication courageuse des cheminots contre l'invasion nazie".

"Les cheminots ont payé très souvent de leur vie leur combat pour la liberté", avec plus de 4.000 cheminots morts pendant le conflit, rappelle l'Unsa, qui estime que "leur héroïsme n'est plus à démontrer". Cependant, selon le syndicat, "la transparence sur le passé de la SNCF doit être totale", notamment sur "son rôle dans le transfert et la déportation des Juifs".

De même, la CGT-cheminots, première force syndicale de l'entreprise publique, avait rappelé il y a quelques semaines que "la corporation dans sa plus large composition" s'était "particulièrement distinguée par des actes de résistance, de désobéissance, de désorganisation et de sabotages des transports". Il faut "faire la différence entre le poids de la présence allemande dans les emprises (sites) de la SNCF, la collaboration de certains cheminots et le fait qu'une grande partie de la corporation a résisté", d'après elle.

La SNCF a reçu la Légion d'honneur et la Croix de guerre à l'issue de la Seconde guerre mondiale.

L'ancienne gare de Bobigny, lieu de mémoire
Les registres tenus par l'occupant allemand et compilés par l'avocat Serge Klarsfeld montrent qu'environ 85% des 75.720 Juifs sont passés par le camp de Drancy avant d'être déportés à partir des gares du Bourget et de Bobigny.

La gare du Bourget-Drancy (actuelle station Le Bourget sur la ligne B du RER), située à 2,7 km du camp, a vu partir 42 convois, transportant 42.050 personnes, de mars 1942 à juillet 1943. Puis, pour plus de discrétion, les départs vers les camps de la mort se sont faits depuis la gare de Bobigny à partir du 18 juillet 1943: en 13 mois, jusqu'au 17 août 1944, 21 convois en sont partis, emportant vers la mort 22.407 hommes, femmes et enfants. La plupart de ces convois avaient pour destination le camp d'extermination d'Auschwitz. Quelques-uns sont également partis vers Sobibor, et le dernier vers Buchenwald.

Située à 2,2 km du camp de Drancy, la gare de Bobigny avait été fermée au trafic voyageurs en 1939. C'est la zone dédiée aux marchandises de cette gare qui a servi de lieu d'embarquement.

Longtemps occupée par un ferrailleur, à partir des années 1950, cette gare désaffectée de la ligne de grande ceinture a failli être démolie dans les années 1980.

Sur les 3,5 ha du terrain, la zone voyageurs a déjà été cédée à la ville de Bobigny, en 2005, par Réseau ferré de France, le gestionnaire public des voies ferrées françaises.

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