La Scientologie drague les détenus français

Criminon, filière de l'organisation, démarche dans les prisons avec un programme de réinsertion aux résultats soi-disant miraculeux.

Des détenus à la prison de Fresnes (Val-de-Marne).
Des détenus à la prison de Fresnes (Val-de-Marne). (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Parmi les activités diverses de l'Eglise de scientologie, on compte un programme de réinsertion des détenus baptisé Criminon. Les prisonniers français, démarchés, ne sont pas toujours avertis que l'organisation, considérée comme une secte par la Commission d'enquête parlementaire sur les sectes de 1995, se cache derrière cette filière.

Un "code moral" qui permettrait d'éliminer la récidive

Criminon revendique une chute drastique du taux de récidive et la réduction de la violence à l'intérieur des prisons où des détenus suivent le programme. L'action de l'association consiste d'abord en une brochure rédigée par le fondateur de la Scientologie, L. Ron Hubbard, présenté comme un "humaniste" par les démarcheurs, intitulée Le Chemin du bonheur.

Les préceptes de ce texte, au nombre de 21, préconisent : "Donnez le bon exemple", "ne volez pas", ou encore "ne faites rien d'illégal"Le Chemin du bonheur représente un "code moral non religieux exclusivement basé sur le bon sens", détaille Gilbert Canali, le président de Criminon France, dans Libération, vendredi 30 décembre. D'après lui, une soixantaine de détenus suivraient des cours par correspondance en France.

Les membres et bénévoles de Criminon écrivent directement aux prisonniers. Comme à Patrice, détenu à Fresnes (Val-de-Marne), qui a signalé ces courriers à l'Observatoire internationale des prisons (OIP) : "J'ai passé une petite annonce en précisant que je souhaitais correspondre avec une femme, et (…) on me propose des cours gratuits pour ma réinsertion et mon amélioration personnelle."

Criminon nie les accusations de prosélytisme

"Nous ne poussons pas les détenus à entrer à la Scientologie", affirme toutefois Gilbert Canali. Mais pour Georges Fenech, le président de la Mission interministérielle de lutte et de vigilance contre les dérives sectaires (Miviludes), "le prosélytisme constitue une part de son activité". "Criminon s'attaque à une population vulnérable qui ne peut (…) vérifier qui est derrière cette organisation", affirme-t-il à Libération.

L'OIP souligne que la filière de la Scientologie "démarche aussi dans les lieux fréquentés par les familles de détenus", indique Libération. Et que ces derniers, censés recevoir des informations sur la Scientologie de la part de l'administration pénitentiaire, n'ont pas bénéficié de ces renseignements. 

Malgré la réponse négative de Patrice, le détenu de Fresnes, les démarcheurs de Criminon ont insisté. Selon Georges Fenech, "ils veulent convaincre [les prisonniers] de quitter la démarche psy". Car les Scientologues n'aiment pas beaucoup les psychiatres. A commencer par Tom Cruise, véritable ambassadeur de l'organisation, pour qui il s'agit d'une "pseudo science".

Mais les méthodes de Criminon ne sont basées sur aucune étude scientifique, et les résultats avancés ainsi que le nombre de détenus qui suivraient le programme n'ont jamais été vérifiés ni fait l'objet de rapports indépendants.