La France est-elle devenue nulle en tourisme ?

Alors que beaucoup pointent le déclin de l'Hexagone, francetv info s'est interrogé sur les idées reçues qui entourent l'activité touristique de notre pays. 

Des navettes fluviales sur la Seine, aux abords des 7e et du 8e arrondissements de Paris, le 17 novembre 2013. 
Des navettes fluviales sur la Seine, aux abords des 7e et du 8e arrondissements de Paris, le 17 novembre 2013.  (TRIPELON-JARRY / ONLY FRANCE / AFP)

En 2013, un peu plus d'un habitant de cette planète sur sept a plié shorts et maillots dans une valise, cherché son passeport dans tous les tiroirs et couru dans les couloirs d'une gare ou d'un aéroport. Selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT), près de 1,1 milliard de personnes ont voyagé dans un pays étranger l'année dernière. Mais combien ont choisi la France ? Combien pour prendre un "selfie" devant le Mont-Saint-Michel, pour admirer la Joconde au Louvre ou dévaler les pistes des stations alpines ? 

Si certains indicateurs tendent à dresser le portrait d'une France en déclin et moins attractive, la France a toujours cru en l'attrait de sa carte postale. Jusqu'à ces dernières semaines. Jusqu'alors indétrônable sur son art de vivre, la diversité de ses paysages et la richesse de son terroir, voilà que la supériorité de la France sur les autres lieux de villégiature est remise en question : article polémique du Figaro, déclarations incendiaires de la star américaine Scarlett Johansson sur les antipathiques "frenchies"...

Sommes-nous vraiment tombés de notre piédestal ? Francetv info se penche sur les idées reçues qui entourent l'attractivité touristique française.

1Londres attire plus de touristes que Paris 

C'est (peut-être) faux. Le 16 janvier, l'agence London & Partners s'est félicitée de l'augmentation du nombre de touristes dans la capitale britannique. "Pour les neuf premiers mois de 2013, Londres a accueilli 12,8 millions de visiteurs, soit une hausse de 12% par rapport à 2012", affirme l'agence, qui se base sur les chiffres de l'Office national des statistiques britannique (en anglais). Dans l'attente de statistiques portant sur le dernier trimestre, l'agence a estimé, à la louche, que 16 millions de personnes avaient salué Big Ben en 2013. Ainsi, "la capitale britannique aurait détrôné Bangkok et Paris en tête des villes les plus visitées sur la planète", imagine aussitôt (au conditionnel) Le Figaro. Le quotidien relève que Paris avait accueilli "15,9 millions d'étrangers en 2012."

Sauf que les critères divergent bien trop pour tirer ce genre de conclusions. Tout d'abord, le chiffre avancé par London & Partners est une extrapolation. Ensuite, les données recueillies par l'office statistique britannique renvoient au nombre de visites effectuées par des touristes étrangers dans la capitale du Royaume-Uni. A l'inverse, le chiffre parisien correspond lui aux arrivées et nuitées hôtelières des touristes à Paris, en 2012. L'année n'est pas la même et la population comptée est, elle aussi, différente (parmi eux figurent notamment les voyageurs français, en visite à Paris). D'ailleurs, tous types d'hébergement confondus, Paris intra-muros revendique 29 millions de visiteurs cette même année, pour une superficie 15 fois inférieure au grand Londres.

2Avec la crise, les étrangers ne visitent plus la France

C'est vrai, mais ça va beaucoup mieux. Ebranlé par la crise économique, le tourisme mondial a vécu en 2009 "sa pire année depuis soixante ans" selon l'OMT. Soit une chute de 3,8% des arrivées de touristes en France. Or, dès 2010, ce taux a rebondi. Dans ce contexte, la "destination France" a gardé sa place en haut du podium, qu'elle squatte d'ailleurs depuis plusieurs décennies.

En 2012, l'Hexagone a comptabilisé 83 millions d’arrivées de touristes internationaux, premier devant les Etats-Unis (67 millions) et la Chine (57,7 millions). Bref, depuis la baisse de fréquentation de 2009, la France a retrouvé une croissance touristique positive, battant un nouveau record en 2012. 

3La France ne capitalise pas sur ses touristes 

C'est vrai. La France a beau être la première destination au monde, elle ne parvient pas à faire de cet afflux une manne économique conséquente, déplorent les professionnels du secteur. L'Espagne, qui reçoit 20 millions de touristes de moins, parvient par exemple à engranger de bien meilleures recettes : 43,5 milliards d'euros pour les recettes du tourisme international, contre 41,7 milliards pour la France, qui pointe en troisième position, derrière les Espagnols et les Américains (très loin devant avec 98,2 milliards). 

Pourquoi ce décalage ? "Quelqu'un qui s'arrête une nuit en France sur une aire d'autoroute pour aller des Pays-Bas à l'Espagne va être considéré comme un touriste [par l'OMT], note Marc Teyssier d'Orfeuil, directeur de la publication de la revue Made In France, interrogé en juillet sur France Inter. Or, ces gens de passage viennent gonfler nos chiffres de fréquentations sans pour autant contribuer par leurs dépenses à l'économie locale. Résultat, nos bons chiffres sont en partie un leurre.

Mais c'est aussi le fruit d'un vrai effort de la part de nos concurrents. "L'Espagne, elle, (...) ne s'endort pas sur ses lauriers, compare  le PDG du site Easyvoyage, Jean-Pierre Nadir, interrogé en août par Challenges. En dix ans, [les Espagnols] sont montés en gamme puisqu'ils ont doublé le nombre de leurs chambres 4 et 5 étoiles. Ce qui n'empêche pas que leurs chambres soient en moyenne 14% moins chères que les nôtres !" "Même l'Allemagne fait mieux que nous !" s'agace-t-il. Chaque visiteur y dépense en moyenne 1 240 euros, contre 647 euros pour la Francedéplore-t-il, inquiet pour l'avenir, car "[les] investissements structurels dans le tourisme (...) ont baissé de 4% l'an dernier".  

Ces lacunes font peser une menace sur la place de la France. Le pays a chuté de la 3e à la 7e place en termes d'attractivité touristique depuis 2011, selon un Rapport sur la compétitivité du tourisme réalisé par le Forum économique mondial. "Les politiques (...) ne soutiennent pas suffisamment le développement du secteur", souligne-t-il. Et ce en dépit des efforts de la ministre Sylvia Pinel, qui organise jusqu'au printemps 2014 les Assises du tourisme, censées déboucher sur des idées pour redynamiser la filière. 

4Les étrangers ne nous supportent plus 

Ça dépend.  Pas de panique, la France bénéficie toujours d'une certaine aura. En 2012, la progression du nombre de visiteurs en provenance de Chine a par exemple augmenté de 23,3%. Une bonne nouvelle, puisque les Chinois forment la clientèle la plus dépensière du monde. A partir du 27 janvier, la France leur délivrera même des visas en 48 heures pour les attirer dans ses boutiques de luxe. 

En revanche, ces nouveaux voyageurs asiatiques aux portefeuilles garnis placent la France face à ses coûteux travers : ils déplorent notamment la multiplication des vols et des agressions. En juin, les Parisiens boudeurs et les serveurs monolingues de la capitale avaient promis de faire un effort. Cela ne sera peut-être pas suffisant pour se maintenir sur le trône.