Des femmes témoignent sur les violences sexuelles dans l'armée

Dans La Guerre invisible (éd. Les Arènes et Causette), publié jeudi 27 février, Leila Minano et Julia Pascual évoquent une quarantaine de cas les dernières années.

Des soldats durant une cérémonie à Nantes (Loire-Atlantique), en mars 2010.
Des soldats durant une cérémonie à Nantes (Loire-Atlantique), en mars 2010. (ALAIN LE BOT / PHOTONONSTOP / AFP)

Une enquête interne va être ouverte sur les violences sexuelles dont sont victimes les femmes dans l'armée française, à la suite de la publication d'un livre, La Guerre invisible (éd. Les Arènes et Causette), jeudi 27 février. L'ouvrage évoque une quarantaine de cas de ce type survenus ces dernières années. France 3 a rencontré l'une de ces femmes confrontées au silence, qui a renoncé à sa carrière.

Le ministre Jean-Yves Le Drian a donc adressé une lettre à l'Inspection générale des armées et au Contrôleur général des armées, afin de connaître "les suites professionnelles, disciplinaires et judiciaires données notamment aux cas évoqués" dans l'ouvrage.

Quels sont les faits ?

Humiliations, allusions sexuelles permanentes, beuveries, bizutages, violences... Leila Minano et Julia Pascual, les deux auteurs du livre, peignent un milieu brutal où les femmes sont souvent rejetées. Nombre de cas d'agressions et de harcèlement surviennent sous l'emprise de l'alcool. "Dans les grands moments d'ébriété, la cohésion se fait souvent aux dépens des femmes", est-il écrit. L'ouvrage dénonce une forme d'omerta au sein des armées car les victimes sont souvent dissuadées de se plaindre, parfois même mutées pour éviter le scandale. Un témoignage est disponible sur le site de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail. 

Quelles sont les réponses ?

La plupart des cas mentionnés ont eu des suites judiciaires et étaient connus de la Défense. "Il peut y en avoir d'autres que l'on ne connaît pas. Ce que dit le ministre, c'est qu'il ne doit pas y avoir de barrage, pas de couvercle" qui empêchent les affaires de remonter, souligne le porte-parole. Le rôle et la place des femmes dans les armées et au sein de la Défense constitue "un sujet d'intérêt majeur", réaffirme Jean-Yves Le Drian dans sa demande d'enquête.

Quel est l'objectif de l'enquête ?

Les services concernés devront rendre leurs conclusions d'ici fin mars. Ils devront formuler des recommandations qui constitueront "un plan d'action vigoureux" pour combattre de tels agissements. La mise en place d'une organisation simple et efficace "pour améliorer la remontée d'informations complètes" doit être aussi mise en place. Dans un rapport de juin 2013, le Haut comité d'évaluation de la condition militaire (HCECM) réclamait déjà la fermeté : "[La répression de ces comportements] doit être conduite sans hésitation ni faiblesse".