L'opposition de gauche et le centre ont vivement réagi au discours de Nicolas Sarkozy, vendredi, à Grenoble

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, qui a dénoncé dimanche une "dérive antirépublicaine" sur la sécurité, déplore "l'outrance verbale", qui "abîme la France et ses valeurs".Quant à François Bayrou (Modem), il a estimé que Nicolas Sarkozy et le gouvernement maniaient des sujets "dangereux" dans le seul but de "faire de la communication".

La première secrétaire du PS, Martine Aubry (avec, à sa droite, l\'ex-garde des Sceaux socialiste Elisabeth Guigou)
La première secrétaire du PS, Martine Aubry (avec, à sa droite, l'ex-garde des Sceaux socialiste Elisabeth Guigou) (AFP - JACQUES DEMARTHON)

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, qui a dénoncé dimanche une "dérive antirépublicaine" sur la sécurité, déplore "l'outrance verbale", qui "abîme la France et ses valeurs".

Quant à François Bayrou (Modem), il a estimé que Nicolas Sarkozy et le gouvernement maniaient des sujets "dangereux" dans le seul but de "faire de la communication".

"Ce sont des sujets dangereux parce qu'autant il est juste, légitime et nécessaire d'avoir en matière de sécurité une démarche qui soit une démarche intransigeante, forte et juste, autant essayer de tracer un signe égal entre immigration et insécurité, entre immigration et délinquance, évidemment c'est rendre au pays un très mauvais service et c'est à mon sens déstabiliser et rendre plus dangereuse encore la société française", a expliqué le responsable centriste.

De son côté, la Ligue des Droits de l'Homme (LDH) a réuni lundi 35 organisations, partis politiques, syndicats, groupes de défense des droits, qui devraient annoncer mercredi la tenue d'une grande manifestation le 4 septembre à Paris pour protester contre la politique sécuritaire du gouvernement.

Le point de vue de Robert Badinter

"L'article 1er de la Constitution dit que (...) la France assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine", qu'ils soient français de souche ou d'origine étrangère, a martelé Robert Badinter sur France Inter.

Concernant d'éventuelles mesures de déchéance de la naturalisation française envisagées par l'exécutif, il a estimé qu'"on veut faire des discriminations contre les Français au regard de mêmes crimes, de même infractions, selon l'origine de la personne, selon les modalités d'acquisition de la nationalité française. C'est contraire à l'esprit républicain", a poursuivi l'ancien président du Conseil constitutionnel.

A ses yeux, les propos de Nicolas Sarkozy constituent "une faute politique parce que le coeur du problème, c'est le sentiment de certains de ces Français, que M. Sarkozy appelle d'origine étrangère, de demeurer malgré leur carte d'identité des étrangers de la Nation".

Robert Badinter entend laisser de côté "l'agitation sécuritaire" destinée à "peupler l'été", à "faire de la peur un fond de commerce électoral".

"Affolement de la droite", selon le PS
"Les dernières déclarations du ministre de l'Intérieur et de sa majorité après celles du président de la République à Grenoble (...) marquent un pas de plus dans l'outrance verbale et une dérive antirépublicaine qui abîme la France et ses valeurs par des lois d'exception aussi iniques que vraisemblablement anticonstitutionnelles", estime Martine Aubry.

"La dureté des mots et la dérive des propositions n'ont d'égal que l'ampleur des échecs de Nicolas Sarkozy en matière économique et sociale comme en matière de sécurité. Il ne faut pas chercher ailleurs cet affolement de la droite", ajoute la patronne du Parti socialiste.

"Mais nous le disons avec force : nous ne laisserons pas masquer ces échecs comme les affaires qui touchent aujourd'hui la droite par un écran de fumée jouant sur les peurs", affirme aussi la maire de Lille.

Selon Martine Aubry, "pour avoir des résultats en matière d'insécurité, il faut des policiers et des gendarmes alors que 10.000 postes ont été supprimés depuis quatre ans; il faut une police de proximité qui a été démantelée par la droite; il faut aussi une organisation efficace de lutte contre le grand banditisme et il faut enfin une politique de prévention".