Jihadistes français en Syrie : les trois scénarios pour un éventuel retour

Quel sort sera réservé aux combattants français engagés auprès du groupe Etat islamique, et à leurs familles ? franceinfo fait le point sur les options qui se présentent.

Le tribunal de Qhamishi, au Kurdistan syrien, en janvier 2018, où sont jugées les affaires de terrorisme. 
Le tribunal de Qhamishi, au Kurdistan syrien, en janvier 2018, où sont jugées les affaires de terrorisme.  (ERIC AUDRA / RADIO FRANCE)

Les combats contre le groupe Etat islamique se poursuivent dans l'Est de la Syrie, dans ce que les Forces démocratiques syriennes ont appelé "la dernière bataille". La fin annoncée des combats et le retrait américain à venir posent des questions, notamment celle du retour des jihadistes français arrêtés sur place.

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Combien d'hommes, de femmes et d'enfants sont concernés ? Quatre ministères sont dans la boucle pour ces retours (Intérieur, Justice, Affaires étrangères et Armées) et personne ne s'avance sur les chiffres, hormis pour une fourchette qui va de 100 à 300 personnes, sans détail d'âge ou de sexe. Pour les enfants, il y a déjà eu des précédents et la France ne part pas de zéro. franceinfo vous explique les trois grands scénarios possibles. Aucune de ces hypothèses n'est tranchée, la décision viendra de l'Elysée. 

1Les jihadistes français sont relâchés par les Kurdes

Les Kurdes, qui détiennent des combattants français de Daech, se sentent lâchés par les Américains, qui ont annoncé le retrait de 2 000 hommes de Syrie. En conséquence, les Forces démocratiques syriennes appuyées par la coalition (FDS), qui ont mené les plus durs des combats au sol contre Daech, relâchent leur prisonniers, sur le thème du "vous ne nous protégez plus, nous n'avons donc plus les moyens de garder vos jihadistes"... Ce scénario est le pire. Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères, a publiquement évoqué le risque de dispersion de jihadistes aguerris. La France fera donc tout pour éviter cette hypothèse.

2Ils sont transférés en Irak pour y être jugés

Le transfert des détenus aux mains des Kurdes vers l'Irak, c'est la solution qui arrangerait la France. Les prisonniers français seraient confiés aux autorités irakiennes puis jugés et condamnés sur place. Cet arrangement a déjà eu lieu par le passé, avec l'engagement que la peine de mort ne s'appliquerait pas. L'Irak est considéré comme un Etat de droit et les autorités françaises n'auraient donc plus à se soucier de ces retours. Cette question franco-irakienne a fait partie des points abordés par Florence Parly, ministre des Armées, ce week end en Irak, et par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, début février. Si l'Irak acceptait, a t-elle demandé une contrepartie, et si oui, laquelle ?

3Leur exfiltration est assurée par les Etats-Unis

Autre hypothèse sérieuse, celle d'un retour coordonné en Europe organisé par les Américains. Ce sera l'un des points abordés jeudi à Munich, où se retrouvent les ministres de la Défense des pays de la coalition en Irak et en Syrie. L'idée, c'est que les Américains, qui sont les seuls à disposer de la logistique pour le faire, déposent dans chaque pays concerné les combattants locaux qui seraient pris en charge à l'atterrissage, à Villacoublay pour la France. C'est un peu le modèle de l'arrestation du terroriste Carlos, en 1994. L'écueil, c'est le droit : ces remises aux autorités peuvent juridiquement être débattues et le "transfert" qualifié d'enlèvement.