Un an après l'abandon du mégacomplexe d'EuropaCity, quelles sont les pistes d'aménagement de ce territoire ?

Ce centre pharaonique, qui prévoyait des hôtels, des commerces et des installations de loisirs a été abandonné à l'automne 2019. Un rapport évoque différentes pistes pour dynamiser ce territoire du Triangle de Gonesse, fortement touché par le chômage.

Article rédigé par
Édité par Noémie Bonnin - Anne-Laure Barral
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Vue du Triangle de Gonesse, en 2013. (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Un an après l'abandon du projet EuropaCity, quel avenir pour le Triangle de Gonesse ? Ce mégacomplexe de loisirs, d'hôtels et de commerces, qui devait voir le jour en 2027 dans le Val d'Oise, au nord de Paris, a été abandonné en novembre 2019 par l'Élysée. Il avait suscité de très nombreuses controverses, notamment de la part d'habitants, de commerçants et de militants écologistes.

Dans la foulée de cet abandon, le gouvernement avait demandé un rapport au haut fonctionnaire Francis Rol-Tanguy, pour étudier d'autres projets d'aménagement de cette zone. Il s'agissait, pour celui qui est déjà chargé du dossier épineux de l'arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim, de regarder quelles pistes en termes d'emplois et de mobilité pouvaient être intéressantes pour ce territoire, où le taux de chômage atteint 20% et touche en particulier les jeunes de moins de 25 ans. Ce rapport, que franceinfo a pu consulter, propose trois options : soit l'aménagement des 280 hectares en zone d'activité commerciale (ZAC), soit une réduction de cette ZAC à une centaine d'hectares, soit enfin une préservation des terres agricoles.

Un grand "marché des circuits courts"

Le rapport défend fortement la troisième option. Il évoque notamment un projet de Marché d'intérêt national (MIN), une sorte de "marché des circuits courts", comme un Rungis du nord de Paris. "Si on passe de 1% de produits marchés en circuits courts à 20% il faut changer d'échelle", explique Francis Rol-Tanguy à franceinfo.

Les associations pour le maintien de l'agriculture paysanne mettant en relation un agriculteur et des consommateurs ne suffiront pas à fournir toutes les cantines de la région qui promeuvent aujourd'hui les produits locaux et de saison, voire bio. Le risque est donc d'importer des produits de Chine pour avoir du bio dans nos cantines. Ce MIN des circuits courts permettrait ainsi de répondre à une partie de la demande. Mais les exploitants agricoles du Triangle de Gonesse ne sont pas tous volontaires pour se convertir au maraîchage bio, reconnaît aussi le rapport.

Une gare au milieu des champs ?

Ce rapport a été remis au mois de juillet au gouvernement, qui ne l'a pas rendu public. Cependant, il a servi de base à une nouvelle concertation organisée par le préfet du Val d'Oise. Mais d'autres questions restent en suspens. Ainsi, si l'option de conserver les terres agricoles était choisie, la future gare de Gonesse du Grand Paris Express – projet qui, lui, contrairement à EuropaCity, n'a pas été abandonné – se retrouverait au milieu des champs.

Les élus du Val d'Oise, eux, continuent de défendre cette nouvelle gare et poussent vers un aménagement des 280 hectares en zone d'activité commerciale, avec des projets tournés vers l'industrie pharmaceutique. Ils mettent en avant notamment la crise du Covid-19, qui a montré notre dépendance à l'étranger. Mais dans le rapport, les projets d'aménagement pour une grande ZAC sont qualifiés de "hors norme". La crise sanitaire, Francis Rol-Tanguy en tire également des enseignements, mais estime au contraire qu'elle rend encore plus compliquée la création de la ZAC.

"Vouloir aménager à tout prix le Triangle de Gonesse, avec des projets de sièges internationaux d'entreprises, me paraît un peu daté."

Francis Rol-Tanguy, auteur du rapport

à franceinfo

D'autant que la nouvelle gare de Gonesse devait être portée, entre autres, par la proximité de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. Mais, après des mois d'épidémie de Covid-19 et de confinement, la dynamique économique du Grand Roissy (le territoire autour de l'aéroport) a du plomb dans l'aile, le projet du terminal T4 est aussi fortement décrié. Reste que ne pas faire cette gare de Gonesse correspondrait à priver la population d'un accès au Grand Paris Express, la future boucle francilienne de transport public. Le rapport propose donc une connexion avec une extension de ligne de métro pour faciliter les déplacements.

Finalement aujourd'hui, les opposants à EuropaCity, comme les élus du Val d'Oise, tout le monde attend que le gouvernement tranche entre deux projets de société bien distincts, entre béton et terres agricoles. L'option d'une ZAC plus petite (une centaine hectares), est-elle une solution médiane ? Elle risque surtout de fâcher tout le monde : élus, aménageurs, mais aussi défenseurs du projet agricole.

EuropaCity, un an après. Le reportage d'Anne-Laure Barral.
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