Trois questions sur le festival "afroféministe militant" qu'Anne Hidalgo a voulu bannir de la capitale

Décrit comme "afroféministe militant", le festival organise des conférences et des ateliers "non mixtes", autrement dit réservés aux personnes noires. Après avoir voulu l'interdire, la maire de Paris a annoncé qu'il serait maintenu, mais qu'une partie serait ouverte à tous.

Le premier Nyansapo Festival doit se dérouler du 28 au 30 juillet 2017 dans l\'ancienne sous-station électrique Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris (capture d\'écran).
Le premier Nyansapo Festival doit se dérouler du 28 au 30 juillet 2017 dans l'ancienne sous-station électrique Voltaire, dans le 11e arrondissement de Paris (capture d'écran). (NYANSAPO FESTIVAL)

Après le camp d'été décolonial à Reims (Marne), un nouvel événement, organisé à Paris cette fois, fait polémique. Prévu cet été, ce festival décrit comme "afroféministe militant" organise des conférences et des ateliers "non mixtes", c'est-à-dire exclusivement réservés aux personnes noires. Dimanche 28 mai, la maire de Paris, Anne Hidalgo, a annoncé sur Twitter sa volonté de l'interdire, avant d'annoncer, le lendemain, qu'il se tiendrait finalement mais serait ouvert à tous, et que les événements non-mixtes devraient être organisés ailleurs que dans des locaux loués par la ville. Franceinfo revient sur cette polémique. 

Quel est ce festival ? 

Le premier Nyansapo Fest, le nom de cet évènement, doit se dérouler du 28 au 30 juillet dans l'ancienne sous-station électrique Voltaire, 14, avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement de Paris. De quoi s'agit-il ? Selon la description donnée sur le site de l'événement, c'est un "festival afroféministe militant à l’échelle européenne ", qui a pour objectif de "construire des stratégies et des solidarités durables", grâce à l'organisation de concerts, d'ateliers, de tables rondes sur des thèmes comme "l'afroféminisme dans la lutte anti-négrophobie", "dépolitisation et blanchiment de l'intersectionnalité", ou encore, "comprendre le racisme et le sexisme contre les femmes noires". 

Une cagnotte a été lancée par le collectif Mwasi, qui avait coorganisé le camp d'été décolonial en 2016, pour financer cet événement. Plus de 900 euros ont déjà été récoltés dimanche 28 mai.

Pourquoi fait-il polémique ?

Au delà du programme, c'est l'organisation de ce festival qui soulève des questions. Sur le descriptif des lieux où doivent se dérouler les débats et les rencontres, on découvre que le festival est divisé en plusieurs espaces : un "non mixte femmes noires (80% du festival)", un "non mixte personnes noires", un autre "non mixte femmes racisées" et enfin un "espace ouvert à tou.te.s". Lundi, Anne Hidalgo a annoncé que cette organisation avait finalement été revue, les évènements non-mixtes étant maintenus mais organisés dans un lieu privé. Mais les organisateurs ont assuré que le "programme originel" n'avait pas changé.

Cette sélection des participants a immédiatement fait réagir. Wallerand de Saint-Just, le secrétaire départemental du FN à Paris, a publié un communiqué de presse vendredi 26 mai pour dénoncer la tenue d’un "festival interdit aux 'Blancs' dans les locaux publics"

Contacté par LCI, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra), par la voix de son président Alain Jakubowicz, condamne fermement cet événement "terrifiant et désespérant""des gens qui se sentent victimes de racisme ou de discrimination ne trouvent pas d’autre issue que l’entre-soi". "Rosa Parks doit se retourner dans sa tombe", ajoute-t-il.

Comment réagit la mairie de Paris ? 

Le lieu où doit se dérouler le Nyansapo Fest appartient à la ville de Paris, et est loué à l’association la générale Nord-Est. Le bâtiment dispose de plusieurs espaces de travail, que le collectif met à disposition de projets accueillis en résidence. L'association "en dispose donc comme elle le souhaite et y organise régulièrement des événements" , explique à LCI la mairie, qui réfute cependant toute responsabilité dans l'organisation de cet évènement. "La Ville de Paris n’a pas d’autorisation à délivrer sur les événements organisés dans un local qu’elle loue et n’a donc pas eu son mot à dire sur l’organisation ou la programmation de cet évènement". L'association la générale Nord-Est estime être "la cible d'une campagne de désinformation et de fake news orchestrée par l'extrême droite"

Sauf que devant l'ampleur de la polémique, Anne Hidalgo s'est finalement exprimée sur le sujet sur Twitter, dimanche 28 mai. Contrairement à ce qu'indiquaient ses services à LCI, la maire de Paris compte bien tout faire pour empêcher la tenue de cet événement "interdit aux Blancs" et se réserve même la possibilité "de poursuivre ses organisateurs"

Toujours sur le réseau social, certains interpellent la maire de Paris, lui reprochant d'avoir repris l'expression "interdit aux Blancs", initialement employée par le Front national. Des internautes font valoir que les hommes noirs sont aussi exclus de certains ateliers et qu'un espace est ouvert à tous. 

Lundi, Anne Hidalgo a annoncé, sur Twitter, qu'un "solution claire" avait été trouvée. Le Nyansapo Fest aura bien lieu, en partie, dans les locaux loués par la mairie, mais pas dans les conditions prévues : "Le festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous. Des ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, dans un cadre strictement privé", affirme la maire de Paris. Elle a également détaillé sa position sur le sujet. Mais le collectif Mwasi, toujours sur Twitter, a assuré que l'annonce d'Anne Hidalgo ne changeait rien à son programme.