Traversées de migrants : à Douvres, beaucoup regrettent une "escalade" et un supposé laisser-faire de la France

Depuis le début de l’année, plus de 14 000 migrants ont traversé la Manche illégalement en bateau, partant des côtes françaises pour arriver le plus souvent à Douvres.

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Radio France
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Le port de Douvres, au sud-est de l'Angleterre, le 17 septembre 2021. (RICHARD PLACE / RADIO FRANCE)

Assis dans sa voiture garée face à la France, face à Calais, en haut d'une falaise de Douvres (Angleterre), Mick écoute tous les échanges maritimes. Sur son téléphone une application lui permet de surveiller chaque embarcation en temps réel, "c'est juste un passe-temps". Retraité, il vient passer du temps ici. Ces derniers mois, il a donc vu des milliers de migrants risquer leur vie et en scrutant l'horizon il souffle, dépité. "Personne ne veut qu'il y ait des blessés ou des morts mais il faut que ça s'arrête, lâche-t-il. Vraiment."

>> Migrants : la tension monte entre la France et le Royaume-Uni alors que les traversées de la Manche se multiplient

En bas, sur le dock, Steve Laws lui aussi vient souvent. Depuis un an et demi, ce militant d’extrême droite, adepte de la théorie du grand remplacement, filme les arrivées de bateaux et les publie sur les réseaux sociaux "pour que la population sache", dit-il. Lui veut que tous ceux qui traversent la Manche illégalement soient renvoyés chez eux. Il donne rendez-vous à l'endroit où sont saisies les embarcations des passeurs. "C'est tous les jours comme ça, explique-t-il. Derrière moi, il y a à peu près 20 à 25 Zodiac, 30 personnes en moyenne par bateau. Le fait que les Français les laissent traverser et que les Britanniques leur donnent des revenus, ça conduit à cette escalade."

Steve Laws, sur le dock de Douvres (Angleterre). (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Des jet-skis pour rediriger les navires vers la France ?

Le Royaume-Uni s'agace contre les autorités françaises qui n'arrivent pas à enrayer les traversées de migrants. Dernière annonce en date : les Britanniques vont intercepter et renvoyer des embarcations vers la France. Il y a quelques jours, Steve Laws a vu des jet-skis en exercice pour apprendre à rediriger un navire vers la France, dernière trouvaille de son gouvernement. Il n'y croit pas une seconde.

Sur ce point, Bridget Chapman est d'accord. Membre de KRAN (Kent Refugee Action Network), un réseau d'aide aux réfugiés, elle note toutes les récentes inventions de la ministre de l'Intérieur qui n'ont jamais vu le jour. "Alors, ils ont parlé d'une machine à vagues, de construire un mur flottant, de mettre les gens sur une île, raconte-t-elle, et maintenant on parle de jet-skis pour repousser les bateaux. Je pense qu’elle sait que rien de tout ça n'arrivera. Mais ce gouvernement aime la rhétorique puissante parce que ça plaît à une toute petite partie de l'électorat."

Bridget Chapman, membre de KRAN, un réseau d'aide aux réfugiés, en Angleterre. (RICHARD PLACE / RADIO FRANCE)

Sur place, tous partagent un sentiment d'impuissance et trouvent leurs gouvernants pas à la hauteur de l'enjeu.

Le reportage à Douvres de Richard Place
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