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Migrants : la maire de Calais demande au président de la République d'organiser dans sa ville "la réunion de travail qui n'a jamais eu lieu"

Entre 1 500 et 2 000 migrants sont en attente dans le Calaisis pour traverser la Manche en direction du Royaume-Uni.

Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
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Des migrants arrivent à Calais. (STEVE PARSONS / MAXPPP)

Natacha Bouchart, maire LR de Calais, a appelé lundi 11 octobre sur franceinfo Emmanuel Macron à "provoquer une réunion" et mettre fin à la polémique entre la France et le Royaume-Uni concernant les traversées de la Manche par les migrants. Il faut "mettre d'autres dispositifs beaucoup plus fermes vis-à-vis des passeurs, beaucoup plus fermes vis-à-vis des Britanniques, beaucoup plus fermes vis-à-vis de certaines associations", a-t-elle déclaré, avant d'accuser les Britanniques de favoriser "le travail illégal", "cela relève "de la traite des hommes". Dans le Calaisis, entre 1 500 et plus de 2 000 migrants sont en attente pour traverser la Manche.

franceinfo : Est-ce que vous avez une idée ce matin du nombre de migrants, de candidats au départ qui attendent à Calais et autour de la ville ?

Natacha Bouchart : Dans la ville, on a environ 1 500 migrants, dans l'agglomération, un peu plus 600. Donc on a environ entre 1 500 et plus de 2 000 personnes qui sont en attente et qui s'organisent avec les passeurs pour pouvoir faire ce passage qui coûte cher, environ 7 000 euros. Derrière, l'enjeu est financier.

64,4 millions d’euros, c'est la somme que les Britanniques s'étaient engagés à verser à la France. La frontière entre nos deux pays est côté français et en échange, les Britanniques doivent nous verser de l'argent qu'ils refusent de verser cette année en arguant du fait que la France ne protégerait pas suffisamment cette frontière. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Les Britanniques sont des personnes cyniques, ironiques, incapables de réformer leur Code du travail parce qu'il est bien là, le problème, et que c'est eux, en fait, qui favorisent largement le travail illégal et donc renforce l'appel d'air. Aujourd'hui, Calais est une ville frontière, il est temps de rompre l'accord d'il y a maintenant plus de vingt ans et d'en remettre les tenants et les aboutissants sur la table, puisque eux ne font aucun effort. Cette somme réclamée, ce n’est rien par rapport à 1 500 passages, à 7 000 euros le passage. On est sur des sommes à quasiment un million par nuit. Et si on veut s'attaquer vraiment aux sujets, aux problèmes, il faudra beaucoup plus.

Est-ce un véritable bras de fer qui est engagé avec le Royaume-Uni ?

C'est un bras de fer avec le gouvernement britannique qui ne peut pas continuer à nous imposer ses règles de vie alors qu'il nous accuse et que, dans le même temps, il est incapable de régler son code du travail et la façon dont il accueille les migrants. Donc, soit les Britanniques veulent une politique migratoire qu'ils maîtrisent et dans ces cas-là, ils n'ont qu'à réformer leur pays. Mais en attendant, aujourd'hui, ce n'est pas le cas. Ils ne peuvent pas nous menacer de renvoyer des personnes à travers la Manche en leur faisant prendre des risques et en mettant leur vie doublement en danger. C'est tout simplement scandaleux. On appelle ça de la traite des hommes. Et moi, je considère qu'aujourd'hui, il est important pour la France de dépasser le cadre du ministère de l'Intérieur et que le président de la République réunisse enfin sur le sujet le ministère de l'Intérieur, le ministère de la Justice, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Economie et surtout qu'ils soient tous ensemble et qu’ils viennent faire cette réunion de travail qui n'a jamais eu lieu avec le maire de Calais. Parce que le maire de Calais et les Calaisiennes et les Calaisiens subissent chaque jour et chaque nuit les conséquences de ces pseudos accords. Donc, moi, je considère qu'il faut prendre de la hauteur. Il n'y a que le président de la République qui peut provoquer cette réunion. Calais aujourd'hui est une vraie zone frontière et on peut y mettre d'autres dispositifs beaucoup plus fermes vis-à-vis des passeurs, beaucoup plus fermes vis-à-vis des Britanniques, beaucoup plus fermes vis-à-vis de certaines associations. Et donc, il faut être clair. Et aujourd'hui, il n'y a rien de clair. Et ce n'est pas seulement, en mettant des hommes et en achetant des drones qu'on va régler très clairement le fond du problème.

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