Expulsion d'un migrant en Vendée : l'État "doit faire preuve de discernement"

Pierre Henry, directeur de France terre d'Asile, a appelé l'État à "regarder au cas par cas les situations" des migrants évacués de Calais. Il a pris la défense de Sifat, afghan intégré à Noirmoutier et menacé d'expulsion. "Son avenir est en France" a-t-il résumé.

Sifat (au centre), 26 ans, entouré de quelques-uns de ses amis noirmoutrins.
Sifat (au centre), 26 ans, entouré de quelques-uns de ses amis noirmoutrins. (EMMANUEL SERAZIN / RADIO FRANCE)

"L'administration doit regarder les situations au cas par cas", "il faut en toute chose faire preuve de discernement", a réagi Pierre Henry, directeur de France terre d'Asile, dimanche 29 octobre sur franceinfo, face à la menace d'expulsion d'un migrant afghan à Noirmoutier.

Sifat, arrivé en Vendée dans les premiers cars d’évacuation de la jungle de Calais il y a un an, est expulsable au 3 novembre alors qu’il a appris à parler français, tient une promesse d’embauche en CDI, un logement et des amis sur l'île vendéenne. Les habitants de la ville se mobilisent pour tenter d'empêcher son expulsion.

franceinfo : cet arrêt d'expulsion est-il un dysfonctionnement ?

Pierre Henry : L'administration doit regarder les situations au cas par cas. Quand on voit que tous les signes d'intégration sont là, qu'il a fait l'effort d'apprendre le français, qu'il y a des besoins de main d'œuvre à Noirmoutier, qu'il a une promesse de CDI et que la population se mobilise pour lui, l'avenir de Sifat, je crois, est en France.

Pourquoi Sifat doit-il être expulsé alors qu'il est parfaitement intégré ?

Si j'ai un message à faire passer au préfet de Vendée, c'est qu'il faut en toute chose faire preuve de discernement. Le premier problème, c'est que la France ne peut pas le renvoyer vers l'Afghanistan, où la situation sécuritaire est terrible avec 11 000 victimes civiles en 2016. Jusqu'à présent, la France a été prudente quant à ces renvois vers l'Afghanistan, il faut que ça continue. L'an dernier il y a eu 640 renvois vers l'Afghanistan. Ensuite, cette personne a été évacuée de Calais. Il y a eu la promesse de l'État que les personnes présentes à Calais verraient leur situation examinée sur le sol français, fussent-elles passées par un autre pays européen, sans qu'elles soient éloignées.

Que sont devenus les migrants éloignés de Calais ?

Un sur deux a obtenu une protection, c'est-à-dire un statut de réfugié : c'est un bilan véritablement positif. 30% continuent d'attendre une protection de la France, tout simplement parce que certains étaient passés par un autre pays européen, donc la France ne se prononce pas pour l'instant sur leur situation. Pourtant Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, avait promis que tous les dossiers des migrants éloignés de Calais seraient étudiés en France. C'était l'accord que nous avions au moment de l'évacuation de la jungle de Calais, et je pense que l'État s'honorerait à respecter sa parole.