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De Calais à Londres en toute légalité : une première juridique

Grâce à un dispositif du droit européen jusque-là inutilisé, deux adolescents kurdes d'Irak ont pu quitter Calais cet été, afin de rejoindre leur mère en Angleterre. Leur exemple pourrait inspirer les cas d'autres mineurs isolés. Enquête de Philippe Reltien.

Article rédigé par Philippe Reltien, franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Le "camp des caravanes" à Calais en 2016 (RADIO FRANCE / PHILIPPE RELTIEN)

Ibrahim et Huda sont frère et sœur. Ces deux adolescents kurdes d’Irak ont été retrouvés cachés dans une caravane de la "jungle" de Calais, avant d’être hébergés pendant quatre mois dans une famille d’accueil officieuse. "Le père d’Ibrahim et Huda a été assassiné, raconte Dominique Mégard, qui les a pris sous son aile avec son épouse. En 2008, leur mère est partie en Angleterre et ils sont restés avec leur grand-mère paternelle. Quand leur grand-mère est morte, ils ont revendus ses bijoux et ils se sont dit 'maintenant on va retrouver notre maman'".

Nous avons rencontré les mineurs en novembre 2015 et ils ont retrouvé leur mère le 4 juillet 2016

Marie-Charlotte Fabié

l'avocate de la famille

Retrouver leur mère n’a pas été simple, car ni la France, ni l’Angleterre ne voulaient entendre parler d’un regroupement familial. Il existe toutefois un dispositif du droit européen qui le permet : l’article 8 du règlement Dublin III daté du 26 juin 2013. Personne ne le connaissait jusqu’à ce que se présente le cas "Ibrahim et Huda".

Pour faire jouer ce dispositif légal, les deux jeunes ont dû d'abord obtenir le statut de demandeurs d’asile en France. Une demande de prise en charge a également été transmise à l’Angleterre. Six mois de longues procédures pour Nadine Rubanbleu, la maman de substitution : "C’est décourageant. On était entre la sous-préfecture de Calais et celle de Paris. Et ils ne fonctionnaient pas pareil, ils n’avaient pas le même texte. C’est fou, c’est la maison d’Astérix et Obélix ! Monter, redescendre, remonter, à gauche, à droite".

La dispositif juridique pourrait bénéficier à d'autres mineurs isolés

Le 11 février dernier, le tribunal administratif de Lille donne finalement raison à la famille. S’ensuit alors une autre bataille juridique, côté anglais cette fois-ci : l’Angleterre demande une analyse ADN pour être sûre que la maman supposée est bien la mère des deux adolescents.

La situation se débloque finalement au mois de juin, quelques jours avant le Brexit. Là encore, au terme d'une procédure interminable, explique l’avocate de la famille, Marie-Charlotte Fabié : "Nous avons rencontré les mineurs en novembre 2015 et ils ont retrouvé leur mère le 4 juillet 2016. Ils sont encore un peu moins de quarante à avoir suivi et une petite dizaine devrait encore passer".

Pour nous ici, c'est plutôt la galère

Ibrahim

via Facebook, après son arrivée à Birmingham

L'avocate Marie-Charlotte Fabié a donc ouvert une brèche qui permet à des enfants de rejoindre l’Angleterre sans risquer leur vie. Aujourd'hui, les deux pionniers, Ibrahim et Huda, ont rejoint leur mère et leurs trois frères et sœurs à Birmingham.

Nous avons demandé de leurs nouvelles par l’intermédiaire de Dominique Mégard. Voici la réponse qu'Ibrahim a envoyé via Facebook : "Pour nous ici, c'est plutôt la galère parce que je dors dans le living-room avec mes valises ou avec ma mère et deux autres enfants. La maison est très sale. Souvent il y a des insectes rampants sur les couvertures ou sur les plats à la cuisine. Huda dit que ce sont des serpents, mais ce sont plutôt des limaces. Il y a aussi des rats, gros comme je n’en ai jamais vus ailleurs. Voilà notre situation, on n'est toujours pas installés."

S’ils ne sont "pas installés", la mère et les enfants sont toutefois réunis. À Calais, près de 800 mineurs isolés rêvent de passer de l’autre côté de la Manche.

Une enquête de Philippe Reltien, diffusée samedi 17 septembre 2016 à 13h20 dans Secrets d’Info sur France Inter.

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