Crise des migrants : ce qu'il faut retenir de la réunion d'urgence qui s'est tenue en l'absence du Royaume-Uni, dimanche à Calais

Quelques jours après la mort de 27 migrants lors de leur traversée de la Manche, la lutte contre les passeurs se renforce avec le déploiement jour et nuit d'un avion Frontex. 

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Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin s'exprime pendant une réunion intergouvernementale sur la crise des migrants, le 28 novembre 2021 à Calais (Pas-de-Calais).  (EYEPRESS NEWS / AFP)

"Ce qui se passe à Calais, c'est un drame international." Quatre jours après l'accident en mer qui a coûté la vie à 27 hommes, femmes et enfants, une réunion d'urgence intergouvernementale a eu lieu sous l'égide du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, sans son homologue britannique. Etaient présents autour de la table à Calais, dimanche 28 novembre, ses homologues d'Allemagne, des Pays-Bas, de Belgique ainsi que la commissaire européenne aux Affaires intérieures et les directeurs des agences européennes de police criminelle Europol et des frontières Frontex.

Dans une déclaration commune, les participants ont "réaffirmé leur engagement à tout mettre en œuvre pour lutter plus efficacement contre les réseaux criminels de passeurs" et reconnu la nécessité "d'améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni". Gérald Darmanin doit rencontrer lundi Emmanuel Macron pour évoquer le sujet. Franceinfo fait le point sur cette réunion d'urgence.

Un renforcement des contrôles européens "jour et nuit"

C'est la décision phare de cette réunion intergouvernementale. A l'issue de celle-ci, Gérald Darmanin a annoncé "une lutte encore plus intense" contre les passeurs grâce au déploiement de forces de l'agence Frontex. A partir de mercredi, un avion de gardes-frontières européens va être déployé "jour et nuit" afin de "pouvoir aider les polices française, néerlandaise et belge" qui surveillent le littoral de la côte d'Opale.

Créée en 2004, Frontex a dans ses principales missions la surveillance des frontières européennes comme l'observation des routes migratoires vers l'Italie, l'Espagne ou la Grèce, entre autres. C'est la première fois que les moyens de cette agence sont déployés sur le littoral français de la Manche pour empêcher des réfugiés de quitter l’Union européenne afin de se rendre au Royaume-Uni. Cette décision complète l'arsenal de surveillance déjà déployé avec les accords bilatéraux du Touquet en 2004, et complétés en 2018 avec le traité de Sandhurst.

La coopération avec le Royaume-Uni au cœur des discussions

Cette première réunion s'est déroulée entre dirigeants de l'UE et sans les responsables britanniques, car le "Royaume-Uni n'en fait plus partie", a rappelé lundi matin Gérald Darmanin sur BFMTV. La tension entre la France et le Royaume-Uni était surtout montée d'un cran la semaine dernière, après la publication d'une lettre signée Boris Johnson sur Twitter. Le Premier ministre britannique y demandait à Paris de reprendre les migrants arrivant de France au Royaume-Uni. En riposte, Gérald Darmanin avait désinvité son homologue Priti Patel de la réunion intergouvernementale.

Dimanche, le ministre de l'Intérieur a tout de même réaffirmé la volonté de la France de "travailler" avec "ses amis et alliés britanniques", précisant que "cette réunion n'était pas anti-anglaise". Si les participants ont convenu qu'il fallait "améliorer la coopération conjointe avec le Royaume-Uni" face au trafic migratoire, Gérald Darmanin attend que Londres en fasse plus qu'actuellement, notamment en matière de coopération policière, pour réduire "l'attractivité" du marché du travail britannique ou pour rouvrir des voies légales aux réfugiés. "C'est parce qu'il n'y a pas de voie légale pour les immigrés d'aller en Grande-Bretagne, et parce que nous travaillons sans carte d'identité en Angleterre, qu'il y a cet appel d'air", a-t-il analysé sur BFMTV, lundi matin.

Grande absente à Calais, Priti Patel a, elle, annoncé des "entretiens urgents avec [ses] homologues européens" dans le courant de la semaine, "pour éviter de nouvelles tragédies". Elle s'est entretenue dimanche avec Ankie Broekers-Knol, la secrétaire d'Etat néerlandaise à la Justice et à la Sécurité.

Un débat sur l'évolution du règlement de Dublin 

Lors de la réunion, un haut responsable du ministère de l'Intérieur allemand a jugé "urgente" l'adoption d'"un accord entre l'Union européenne et la Grande-Bretagne" concernant les migrations, plaidant pour un "accord post-Dublin". Ce règlement confie au premier pays d'entrée d'un migrant dans l'UE la responsabilité de traiter sa demande d'asile. Or, depuis le 1er janvier et l'entrée en vigueur du Brexit, il a cessé de s'appliquer au Royaume-Uni. 

Présente à la réunion intergouvernementale, la maire LR de Calais, Natacha Bouchart, rapporte avoir fait "des sollicitations très concrètes", considérant qu'"on en demande trop [aux Calaisiens] depuis vingt ans". Dans ces propositions figurent notamment "la création d'aires d'accueil supplémentaires à l'intérieur des pays de l'Union européenne", ainsi que "l'application effective des accords de Dublin avec l'examen des dossiers de demande d'asile pour le pays d'entrée de l'espace Schengen". "Dans les prochaines semaines", espère Gérald Darmanin, "la présidence française annoncera de grandes avancées sur la lutte contre les passeurs et le nouveau cadre de travail avec la Grande-Bretagne". 

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