Guyanais et Martiniquais ont nettement dit non dimanche à l'autonomie accrue de leurs départements

Lors de référendums organisés à la demande d'une majorité de leurs élus locaux, les électeurs ont dit non à 69,8 % en Guyane (avec une participation limitée à 48,16 %) et à 78,9 % en Martinique (avec une participation de 55,35 %), selon les résultats publiés par le ministère de l'Intérieur.L'Elysée a pris acte d'une "réponse négative claire".

Dans un bureau de vote à Fort-de-France (Martinique)
Dans un bureau de vote à Fort-de-France (Martinique) (AFP PHOTO / PATRICE COPPEE)

Lors de référendums organisés à la demande d'une majorité de leurs élus locaux, les électeurs ont dit non à 69,8 % en Guyane (avec une participation limitée à 48,16 %) et à 78,9 % en Martinique (avec une participation de 55,35 %), selon les résultats publiés par le ministère de l'Intérieur.

L'Elysée a pris acte d'une "réponse négative claire".

Le 24 janvier, Guyanais et Martiniquais auront à se prononcer sur la mise en place éventuelle d'une collectivité unique, à la place du conseil général et du conseil régional de leurs régions mono-départementales, demeurant régie par l'article 73 de la Constitution.

De son côté, la Guadeloupe a demandé un délai supplémentaire de 18 mois avant de se prononcer sur un changement de statut, après la grève de 44 jours qui a paralysé l'île début 2009. Quant à la Réunion, ses élus veulent garder le statut actuel.

L'analyse d'un scrutin
Ces résultats traduisent un sentiment de défiance des populations à l'égard des élus locaux, et vis-à-vis d'un nouveau système institutionnel. Lequel renvoie à une loi organique ultérieure le contenu exact d'éventuels nouveaux statuts.

En Guyane, les quatre parlementaires, dont Christiane Taubira, et les présidents du conseil régional et du conseil général, tous de gauche, avaient appelé à voter oui. Le résultat de dimanche aura des conséquences importantes sur les élections régionales de mars, notamment en Martinique, où le président du conseil régional Alfred Marie-Jeanne (Mouvement indépendantiste) avait aussi appelé à voter oui.

Les partisans d'une autonomie accrue ne sont manifestement pas parvenus à convaincre les électeurs des vertus d'une plus grande autonomie pour assurer plus efficacement le développement local et satisfaire leurs besoins quotidiens (transports, logement, emploi, coût de la vie...).

Une bonne partie de la campagne s'est faite sur la peur d'une population vieillissante de perdre des acquis sociaux, notamment en Martinique. Pourtant, tout ce qui relève de la protection sociale devait continuer à demeurer de la compétence de l'Etat. Se sont exprimées aussi des craintes sur les importants fonds européens dont bénéficient aujourd'hui les deux DOM, "régions ultrapériphériques" de l'UE, et une peur de "largage" par la métropole, malgré les assurances données par le chef de l'Etat sur ce point.

Les électeurs des deux îles étaient invités à dire s'ils souhaitaient un passage de leur département (et région) d'outre-mer, soumis aux mêmes règles juridiques que la métropole, à une structure gouvernée par l'article 74 de la Constitution. Un oui au référendum aurait fait des deux îles une collectivité d'Outre-Mer pouvant bénéficier d'une autonomie accrue.

La question était: "Approuvez-vous la transformation de la Martinique (ou de la Guyane) en une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution, dotée d'une organisation particulière tenant compte de ses intérêts propres au sein de la République ?"

En cas de oui, le statut de ces collectivités aurait été défini ensuite seulement par une loi organique.

Réactions
"Ce choix traduit l'attachement des Guyanais et des Martiniquais à un statut qui soit proche de celui des collectivités de Métropole, réaffirmant ainsi le lien étroit qui les unit à la République", a analysé le président de la République, Nicolas Sarkozy.

Le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, et la ministre déléguée à l'Outre-Mer, Marie-Luce Penchard ont jugé qu'"avec ces résultats, les électeurs ont souhaité clore pour longtemps" le débat sur une autonomie accrue. Ils les ont appelés "à rester mobilisés pour exprimer leur choix définitif".

Le secrétaire national de l'UMP à l'Outre-Mer, Eric Raoult, parle d'"un vote qui donne satisfaction". A ses yeux, le vote "restera pour longtemps celui d'une majorité nette, claire" (source: lemonde.fr)

La députée divers gauche de Guyane, Christiane Taubira: "le tour de passe passe a été de faire croire que la seconde consultation (qui aura lieu le 24 janvier, NDLR) était une alternative à la première. (...) Mais on leur a fait croire que le 24 janvier accoucherait d'un article 73 renforcé. Renforcé par rien du tout" (source: lemonde.fr).

Le secrétaire national du PS à l'Outre-mer, Axel Urgin (PS), a estimé que "des zones d'ombre ont été entretenues par la présidence de la République".

Deux DOM concernés seulement
La Guadeloupe a demandé un délai supplémentaire de dix-huit mois avant de se prononcer sur un changement de statut, après la grève de 44 jours qui a paralysé l'île au début de l'an dernier. Quant à la Réunion, ses élus veulent garder le statut actuel.

Il y a aujourd'hui six COM (Saint-Martin, Saint-Barthélémy, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Saint-Pierre-et-Miquelon et Mayotte, qui va devenir DOM en 2011), régies par l'article 74. La Nouvelle-Calédonie, où un référendum sur la pleine souveraineté est prévu entre 2014 et 2018, est un cas à part.