Guadeloupe : "Parler d'autonomie, c'est un coup politique pour noyer le poisson", dénonce Patrick Karam

Selon le vice-président du Conseil représentatif des Français d'outre-mer, le gouvernement cherche à "détourner l'attention" de la crise sociale et sanitaire en ouvrant le débat sur le statut du département.

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Une manifestation contre les erstrictions sanitaires liées au Covid-19 à Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), le samedi 27 novembre 2021. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

"Quand Darmanin dit qu'il faut d'abord ramener l'ordre [en Guadeloupe] avant le dialogue il a tort. C'est suicidaire", a estimé, samedi 27 novembre sur franceinfo, Patrick Karam, vice-président Libres ! (mouvement d'idées créé par Valérie Pécresse) du conseil régional d’Ile-de-France, co-fondateur du Conseil représentatif des Français d'outre-mer. "Parler d'autonomie alors que rien n'est réglé c'est prématuré. C'est un coup politique pour noyer le poisson", a-t-il ajouté, cette fois à l'adresse de Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mer qui s'est dit "prêt" à discuter de la question de l'autonomie de la Guadeloupe.

franceinfo : Que pensez-vous de la question de l'autonomie ?

Patrick Karam : Vous avez un ministre extrêmement subtil à l'Outre-mer. Sébastien Lecornu est un des ministres les plus subtils et les plus talentueux de ce gouvernement. Ce qu'il fait c'est détourner l'attention. On parle de problèmes sociaux, de crise sanitaire, de problèmes d'eau et lui il répond qu'on va faire une réforme institutionnelle. C'est un sujet. Il invite à regarder ailleurs et essaie de piéger les indépendantistes du LKP dans un débat sur l'autonomie et le système pour essayer de reporter la responsabilité sur le local. Mais l'autonomie cela ne veut rien dire.

Si autonomie veut dire qu'ils vont gérer la crise tous seuls, sans moyen supplémentaire cela va poser un problème.

Patrick Karam

à franceinfo

Une autonomie ne se décide pas de Paris, elle se décide avec les Guadeloupéens. Parler d'autonomie alors que rien n'est réglé c'est prématuré. C'est un coup politique pour noyer le poisson.

Faut-il ramener l'ordre par la force ?

Il faut ramener l'ordre parce que ce sont les plus pauvres qui subissent cette chienlit. Il faut en même temps dialoguer. Quand Darmanin dit qu'il faut d'abord ramener l'ordre avant le dialogue il a tort. C'est suicidaire. Que pensez-vous de la situation aux Antilles ? Il y a une jeunesse totalement désespérée. Il y a ceux qui ont fait des études brillantes et qui sont dans le monde entier. Ils ont été faire des carrières partout sauf en Guadeloupe parce qu'ils n'ont pas de travail. Ceux qui sont restés n'ont pas de travail. Ils bidouillent, sont dans le travail au noir et une partie est totalement désocialisée, ils n'ont rien à perdre et peuvent tout perdre.

Est-ce qu'il y encore une autorité ?

On est dans un territoire où il y a des zones qui échappent totalement à l'ordre public. C'est aussi un vrai sujet.

Vous avez des zones où vous n'avez plus de médicaments, vous n'avez plus accès à la nourriture, à l'eau. Il faut sortir pour acheter ce dont vous avez besoin et c'est compliqué.

Patrick Karam

à franceinfo

Vous devez franchir des barrages et parfois vous devez payer pour les franchir. C'est à la tête du client. C'est entre 5 et 50 euros. Cela évolue en fonction du moment et des personnes qui tiennent le barrage. Aujourd'hui l'ordre public n'est pas respecté. La grande différence avec 2009, c'est qu'en 2009 nous avions un syndicat fort. Quand il manifestait c'était 20 000, 40 000 personnes dans les rues et 10% parfois 15% de la population de la Guadeloupe manifestait.

Quel est le poids des syndicats ?

Il y a deux jours, tous les syndicats ont demandé à manifester et ils étaient 400. Cela veut bien dire que le mouvement échappe aux syndicats. Il y a tout un pan de la société qui a décidé de prendre les choses en main parce qu'il estime que rien n'a été réglé.

Il ne faut pas se voiler la face, il y a des réseaux mafieux. Ceux qui pillent ce ne sont pas les manifestants, ce ne sont pas les jeunes.

Patrick Karam

à franceinfo

Ceux qui ont été prendre d'assaut la douane en cassant le coffre-fort, en subtilisant 2 000 cartouches et en emportant le deuxième coffre-fort ce sont des mafieux, des milieux criminels qui ont intérêt à mettre un peu de boxon. Les syndicats sont incapables de ramener la paix mais on a délégitimé nos élus. C'est extrêmement dangereux parce que vous n'avez plus de médiation pour dialoguer avec la rue.

Etes-vous allé sur place ?

Je suis allé chez mon père il y a un mois. Un jour sur trois on avait de l'eau courante. On devait stocker l'eau dans les bouteilles pour pouvoir se doucher et faire la cuisine. Dans quel territoire de l'hexagone pourrait-on accepter ça ? De la même façon on a eu des coupures d'électricité. Il y a aussi le sujet du chlordécone. Pour vous c'est théorique. C'est le pesticide qui a été utilisé en outre-mer lorsqu'il était interdit en France, dans l'Hexagone et aux États-Unis. Nous avons des cancers de la prostate plus élevés que la moyenne, j'ai du chlordécone dans mon sang, mon père a eu un cancer de la prostate, mes cousins, mes amis. Il y a beaucoup de décès lié à ce cancer de la prostate lié au chlordécone.

Faut-il faire un régime d'exception pour la Guadeloupe ?

On est déjà dans un régime d'exception. Quand le niveau de vie est à 40% de la moyenne nationale, quand vous avez un taux de chômage deux à trois fois plus élevé y compris par rapport à la Seine-Saint-Denis, pourquoi oublier l'outre-mer quand vous faites des plans en Hexagone ? Est-ce dû à l'éloignement ? Il y a un sujet qu'il faut régler. Ce sujet c'est celui du développement économique. Les gens qui sont là-bas ne veulent pas de chèque ou de mendicité, ils veulent qu'on leur donne du travail, qu'on fasse des plans de développement économique pour qu'ils puissent bosser, vivre et faire vivre leurs enfants.

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