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François Fillon a annoncé dimanche la démission du secrétaire d'Etat, dont il a "pris acte", dans un communiqué

Georges Tron est accusé d'agressions sexuelles par deux ex-employées de sa mairie de Draveil (Essonne). Il s'en défend et évoque des allégations "fantaisistes" et calomnieuses. "Je ferai une affaire personnelle de faire reconnaître mon innocence", assure-t-il.François Baroin, son ministre de tutelle, reprend ses attributions à la Fonction publique.
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Georges Tron (archives) (AFP - LIONEL BONAVENTURE)

Georges Tron est accusé d'agressions sexuelles par deux ex-employées de sa mairie de Draveil (Essonne). Il s'en défend et évoque des allégations "fantaisistes" et calomnieuses. "Je ferai une affaire personnelle de faire reconnaître mon innocence", assure-t-il.

François Baroin, son ministre de tutelle, reprend ses attributions à la Fonction publique.

Georges Tron, secrétaire d'Etat à la Fonction publique, travaillait sous la tutelle du ministre du Budget François Baroin, qui récupère donc ses responsabilités, a indiqué l'Elysée dimanche après-midi, peu après l'annonce du départ du démissionnaire.

Une démission et une contre-attaque
Dans une lettre à Nicolas Sarkozy datée de ce dimanche 29 mai, il affirme: "En ma qualité de simple citoyen, je ferai une affaire personnelle de faire reconnaître mon innocence en combattant les accusations vindicatives de deux anciennes collaboratrices, dont l'une a été licenciée pour avoir détourné les deniers publics qui lui étaient confiés et l'autre a quitté ses fonctions en raison d'un comportement indigne."

Peu auparavant, Georges Tron avait remis sa démission au premier ministre François Fillon. "Saluant" son "courage" et son "sens des responsabilités", celui-ci avait pris "acte de cette décision qui ne préjuge en rien des suites qui seront données par la justice aux plaintes déposées" contre lui, selon un communiqué de Matignon.

De son côté, l'avocat de Georges Tron, Me Olivier Schnerb, a dénoncé dimanche "les manipulations dont la presse a été l'objet" dans les accusations d'agressions sexuelles dont son client est la cible. Il a relevé que "la présomption d'innocence de Georges Tron (était) gravement compromise". Son client "est présenté dans les médias comme un coupable déjà condamné" pendant que ses deux accusatrices "se complaisent à se montrer à la télévision", déplore l'avocat.

Un départ qui semblait inéluctable
Un peu plus tôt, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait implicitement invité le secrétaire d'Etat à démissionner, estimant que les membres du gouvernement doivent être "au-dessus de tout soupçon". "Pour l'instant, il est présumé innocent", a souligné Alain Juppé. En apprenant la nouvelle de sa démission, il a estimé que Georges Tron avait "pris la bonne décision".

Les rumeurs sur une démission de Georges Tron s'étaient faites de plus en plus insistantes dans les dernières 24 heures, l'intéressé faisant lui-même allusion à son départ éventuel par voie de presse. Le "Journal du Dimanche" annonçait de son côté que le sort du secrétaire d'Etat avait été réglé samedi, faisant état de plusieurs coups de téléphone passés entre Matignon et l'Elysée. "François Fillon s'est chargé de fixer les modalités d'une démission devenue inévitable depuis les accusations d'agression sexuelle par deux employées municipales", précisait le journal sans citer ses sources.

Le "Journal du dimanche" a écrit en outre qu'une troisième victime présumée se serait manifestée et devrait être entendue dans la semaine.

L'entourage de Georges Tron avait indiqué dimanche matin qu'il quitterait ses fonctions "sans délai" si une demande en ce sens était formulée par l'Elysée ou Matignon.

Samedi dans "Le Parisien/Aujourd'hui", Georges Tron avait admis que "la question de sa démission du gouvernement se (posait)". Il avait réaffirmé: "Les accusations (d'agression sexuelle, ndlr) contre moi sont fantaisistes." Il assurait enfin qu'il n'aurait "aucun mal à prouver (sa) bonne foi". Il avait ajouté: "Mais je ne veux pas devenir gênant. Est-ce que la question de ma démission du gouvernement se pose ? Oui, ce serait idiot de dire l'inverse." Georges Tron avait rencontré François Fillon vendredi matin pour s'expliquer sur cette affaire. A la question d'une éventuelle démission du secrétaire d'Etat, les services de François Fillon avaient alors répondu: "On voit bien qu'il envisage les choses pour lui-même mais aussi pour le gouvernement."

Réactions

-Xavier Bertrand, ministre du Travail: cette démission est "une bonne décision, très difficile à prendre", a-t-il commenté sur France-Inter/i-TELE/Dailymotion/LeMonde. Il s'est demandé si "la présomption d'innocence existe encore pour les hommes et les femmes politiques".

-Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères: "Je pense qu'il a pris la bonne décision".

-François Hollande (PS): démissionner était "le mieux qu'il puisse faire pour assurer sa défense".

-Pierre Laurent, secrétaire national du PCF: "La démission de Georges Tron est logique. La justice doit suivre son cours en toute indépendance et le sexisme être combattu avec la plus grande fermeté. Cette affaire de plus est l'affaire de trop !"

-Une élue Modem de Draveil (dont Georges Tron est maire) a demandé au préfet de l'Essonne "de le démettre de ses fonctions" et de placer la commune "sous tutelle de façon qu'aucun élu de la majorité ne fasse pression sur les employés municipaux".

Tron, ex-villepiniste converti au sarkozysme
Georges Tron, 53 ans, est maire UMP de Draveil (Essonne), il avait été nommé secrétaire d'Etat chargé de la Fonction publique en mars 2010. Au gouvernement, il a contribué à mener la réforme des retraites promulguée en novembre 2010 et appliqué la politique de non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, dont il avait été l'un des initiateurs.

Né le 1er août 1957 à Neuilly sur-Seine, Georges Tron est titulaire d'une maîtrise de droit et avocat au barreau de Paris depuis 2009.

Il a entamé sa carrière politique dans l'équipe d'Edouard Balladur, dont il a été conseiller parlementaire au ministère de l'Economie (1986-1988), puis chef de cabinet de 1988 à 1993. Elu député de l'Essonne à 36 ans en 1993, il est devenu la même année son conseiller officieux à Matignon.

Réélu à l'Assemblée en 1997, 2002 et 2007, il est maire de Draveil depuis 1995.
En février, il avait été mis en cause à propos d'un emploi aidé dont bénéficiait sa belle-soeur dans la ville et avait -déjà- accusé la "famille" Le Pen d'être à l'origine de cette attaque, Marie-Caroline Le Pen, soeur de Marine Le Pen, résidant dans la commune.

Proche de Dominique de Villepin, il ne s'était rallié à la candidature de Nicolas Sarkozy qu'en mars 2007, moins de deux mois avant le premier tour de la présidentielle. Ardent défenseur de l'ancien Premier ministre au début de l'affaire Clearstream, il a depuis pris ses distances avec Dominique de Villepin, tout en insistant sur son "amitié" à son égard.

Accusé de gestes déplacés, George Tron nie les faits
Le parquet d'Evry a confié à la police judiciaire une enquête préliminaire pour agression sexuelle et viol. La police a auditionné jeudi 26 mai les accusatrices de Georges Tron, qui ont confirmé leurs accusations. "Si les faits dénoncés sont établis, ils seraient susceptibles de recevoir la qualification d'agression sexuelle et de viol", avait déclaré mercredi la procureure de la République. Entendues dans les locaux de la police judiciaire de Versailles, les deux femmes aujourd'hui âgées de 34 et 36 ans ont travaillé à la mairie de janvier 2007 à mars 2009 pour l'une, de septembre 2008 à septembre 2010 pour l'autre.

Selon Le Parisien, qui a révélé cette affaire le lundi 24 mai, "l'une comme l'autre dénoncent les très nombreux gestes déplacés du maire dans la foulée de leur embauche. Sous couvert de réflexologie (massage thérapeutique des pieds), Georges Tron se serait permis de leur caresser les pieds en toutes circonstances", ajoute le quotidien affirmant que les plaignantes ont fait état ensuite de "véritables agressions sexuelles". Ces dernières, écrit le journal, "sont devenues dépressives au point de tenter de mettre fin à leurs jours".

Georges Tron, qui nie les faits, avait jugé dès mardi soir que la démarche cherchait "à faire écho à une affaire qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique..." Il a prévenu par la voix de son avocat, Me Olivier Schnerb, qu'il allait intenter une action pour dénonciation calomnieuse dès qu'il connaîtrait le contenu de la plainte des deux femmes.

Une association avait été saisie dès novembre 2010 par une des deux plaignantes
Une association contre les violences faites aux femmes (l' AVFT) a indiqué jeudi avoir reçu dès novembre 2010 le témoignage, jugé "crédible", d'une de ces deux femmes accusant Georges Tron d'agression sexuelle, et qui songeait déjà à porter plainte.

Contactée le 15 novembre 2010, l'association a recueilli son témoignage par téléphone puis s'est entretenue avec la plaignante et deux juristes afin de passer au crible son récit.

La jeune femme a été reçue à l'AVFT à la mi-décembre 2010 et a réitéré ses accusations contre Georges Tron, qui portaient sur "un viol et des agressions sexuelles", a indiqué une responsable de l'association.

"Dès le départ, il avait été évoqué le fait de déposer une plainte, la plaignante était motivée mais elle avait besoin de temps, elle avait extrêmement peur des conséquences", a-t-elle ajouté. "De notre point de vue, sa crédibilité n'est pas contestable, quels que soient le moment et le contexte du dépôt de plainte", ajoute l'association sur son site.
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