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EDF, Areva et les Chinois : un imbroglio énergétique en quatre actes

Les deux entreprises françaises se sont associées avec le Chinois CGNPC pour construire des centrales nucléaires en Chine. Mais les termes de cet accord restent mystérieux.

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Le site nucléaire du Bougey (Ain). Une partie du combustile nécessaire au fonctionnement des quatre réacteurs est fourni par Areva. (CITIZENSIDE.COM/AFP)

Des réacteurs nucléaires nouvelle génération, des documents confidentiels, le transfert des secrets industriels et une agression. Il ne s’agit pas d’un nouveau James Bond, mais de l'accord entre Areva, EDF et les Chinois pour la construction de centrales. Alors que le directeur de production d’EDF, Hervé Machenaud, affirme le jeudi 27 décembre, dans Le Parisien, que l’accord a été signé avec "le feu vert du gouvernement", une enquête aurait été ouverte sur Henri Proglio, le PDG du groupe. Francetv info revient sur ce feuilleton.  

Acte 1 : Sarkozy repousse l'accord sino-français

Septembre 2012. Le Nouvel Observateur dévoile des extraits d’un projet d'accord entre EDF et le producteur d’électricité chinois China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC), finalisé fin 2011. Un "accord de coopération" présenté en avril 2011 par Henri Proglio, le PDG d’EDF, qui aurait été prêt à beaucoup de concessions pour permettre la construction de centrales nucléaires en Chine. Dans un document confidentiel que l’hebdomadaire s’est procuré, l’électricien français se dit prêt "à aider son partenaire CGNPC à devenir l’un de ses fournisseurs de gros composants (pour des éléments aussi stratégiques que les générateurs de vapeur ou les systèmes de commande)", de "maintenance" et d’"ingénierie". Ou bien "aider un groupe étatique chinois à venir concurrencer un autre, français", expliquait Le Nouvel Observateur.

D’après Libération, le ministre de l’Economie de l’époque, François Baroin, ainsi que le Premier ministre François Fillon et Nicolas Sarkozy lui-même se sont opposés à cet accord. Le texte est donc "resté à l’état de brouillon", assure aujourd'hui, dans Le Parisien, Hervé Machenaud, le directeur de la production d’EDF.  

Acte 2 : Hollande l'accepte, en y associant Areva

Octobre 2012.  Areva, spécialisée dans l'énergie nucléaire, est finalement invité à la table des discussions avec EDF et CGNPC, lors du Comité de politique nucléaire (CPN) sous l'autorité du nouveau président français, François Hollande. Le 19 octobre, "un accord confidentiel tripartite"  est signé entre EDF, Areva et CGNPC, relève Le Canard enchaîné.

L’accord, supposé permettre le développement d’un nouveau réacteur de 1000 mégawatts, est pourtant gardé totalement secret. Lors de la signature du contrat, "aucun ministre n’est présent. Les entreprises ne publient pas de communiqué", affirme Libération (article payant).

 Acte 3 : un accord secret, une syndicaliste agressée

Décembre 2012. Maureen Kearney, syndicaliste d’Areva, s'inquiète de risques potentiels de transfert de technologie française. Elle exige une copie de l’accord. Après le refus du patron d’Areva, Luc Oursel, elle s’apprête à saisir la justice. Le 17 décembre, elle est attaquée chez elle par un inconnu. Menacée ("C’est le deuxième avertissement, il n’ y en aura pas un troisième", lui dit son agresseur), elle est "saucissonnée dans son salon", explique Libération.

D’après le quotidien, l’affaire finit par attirer l’attention de l’Elysée, dont le secrétaire général, Pierre-René Lemas, contacte Luc Oursel. Lequel propose finalement de communiquer l’accord à l’expert du comité de groupe.

Acte 4 : une enquête est ouverte sur le PDG d'EDF

26 décembre 2012. Le Canard enchaîné révèle qu'une enquête sur Henri Proglio, PDG d'EDF, aurait été ouverte. L’hebdomadaire satirique explique que, plus d’un an après le premier projet de contrat (celui qui n'a pas abouti), l'Inspection générale des finances (IGF) a décidé d'ouvrir une enquête pour éclaircir les conditions de ce pré-accord. Bercy cherche à "élucider les conditions dans lesquelles Proglio a signé, en novembre 2011 un drôle de partenariat nucléaire entre l'électricien français et son homologue chinois, China Guangdong Nuclear Power Company (CGNPC)", écrit l'hebdomadaire.

Du côté d’EDF, Hervé Machenaud assure, dans Le Parisien, "qu'il n'a pas eu vent de l'enquête de l'IGF" . Tout en précisant que le texte du mystérieux accord signé le 19 octobre (qui, lui, n'est pas visé par une enquête) "fera l’objet d’accords explicites complémentaires, sur la propriété intellectuelle, entre Areva et le CGNPC." Mais le contenu exact de l'accord reste, lui, toujours aussi nébuleux.

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