"C'est un film, ce qu'on a vu" : l'équipe de France 2 raconte les coulisses des retrouvailles des amoureux de 1944

Maryse Burgot fait partie des journalistes qui ont organisé la rencontre entre K.T. Robbins et Jeannine Pierson.

Les retrouvailles de Jeannine Ganaye et K.T. Robbins, à Montigny-lès-Metz (Moselle), en juin 2019.
Les retrouvailles de Jeannine Ganaye et K.T. Robbins, à Montigny-lès-Metz (Moselle), en juin 2019. (FRANCE 2)

C'est l'histoire qui n'en finit plus de faire chavirer les cœurs. Celle d'un ancien soldat américain qui revoit, 75 ans après, la Française qu'il a aimée pendant la guerre. Les retrouvailles de K.T. Robbins et Jeannine Pierson, âgés respectivement de 98 et 92 ans, ont ému bien au-delà des téléspectateurs du journal de 20 heures de France 2, lundi 10 juin. Maryse Burgot, l'une des journalistes à l'origine du reportage, a "conscience d'avoir assisté à un moment incroyable". Elle raconte les coulisses à franceinfo.

Franceinfo : Etes-vous surprise par le succès du reportage ?

Maryse Burgot : Je savais que c'était un très beau sujet. Mais je ne m'attendais pas à autant de succès à vrai dire. Je le vois autour de moi : beaucoup d'amis, de proches, de confrères journalistes m'ont écrit pour me dire qu'ils avaient été touchés par cette histoire. Mais en fait, comment ne pas être touché par K.T. Robbins et Jeannine Pierson ? Au moment où nous filmons leurs retrouvailles, moi-même, j'ai conscience de vivre quelque chose d'exceptionnel. Parce qu'elle a 92 ans, qu'il en a 98, et qu'ils ne se sont pas vus depuis 75 ans. Soixante-quinze ans, vous vous rendez compte ? 

Comment expliquez-vous l'engouement suscité par cette histoire ? 

Parce que ça parle d'amour et que l'amour est universel. Que c'est extraordinaire de se revoir après 75 ans. C'est un film, ce qu'on a vu ! Difficile de croire que c'est la vérité... Souvent, quand je vais sur des conflits, je me dis que c'est un privilège de pouvoir montrer ces images aux gens. Eh bien je me suis dit la même chose cette fois-ci aussi : j'ai eu l'impression d'avoir une chance incroyable.

Racontez-nous comment tout a commencé...

C'est grâce à Agnès Vahramian, la correspondante permanente de France 2 aux Etats-Unis. Sans elle, il n'y avait pas de sujet. Et les retrouvailles entre K.T. Robbins et Jeannine Pierson n'auraient jamais fait le 20 heures. Agnès a rencontré K.T. Robbins dans le cadre de portraits de vétérans américains qu'elle réalisait à l'occasion du 75e anniversaire du Débarquement. A un moment donné, il lui montre la photo d'une jeune fille. C'est Jeannine, son amour de jeunesse, rencontrée alors qu'il stationnait avec son régiment à Briey, en Meurthe-et-Moselle. Agnès se met en tête de la retrouver. Elle a son nom et le nom du village dans lequel ça se passait à l'époque. A partir de là, on s'est mises toutes les deux sur ses traces.

Les retrouvailles ont-elles été faciles à organiser ?

Pas vraiment. Lui venait en France quelques jours seulement et il avait un emploi du temps lié aux cérémonies déjà bien chargé. Surtout, il a fallu convaincre Jeannine et, croyez-moi, ce n'était pas évident. Il y a eu beaucoup de réticences. Pendant huit jours, on s'est dit qu'on allait peut-être échouer. Mais on a eu une alliée de folie : la directrice de la maison de retraite où elle vit à Montigny-lès-Metz (Moselle). Elle a été formidable !

Dans le train du retour, il n'arrêtait pas de me dire que c'était incroyable, qu'elle était belle, qu'elle n'avait pas changé.Maryse Burgotà franceinfo

Avez-vous des nouvelles d'eux depuis la diffusion du reportage ? 

Oui, j'ai parlé à Jeannine. Pour l'anecdote, elle trouve que le reportage était un petit peu court. Il fait pourtant près de six minutes, ce qui est déjà beaucoup pour un sujet de JT ! Elle m'a aussi fait part de ses regrets liés à la barrière de la langue. Elle ne parlait pas anglais, et lui pas français. C'est vrai que j'aurais voulu les laisser plus longtemps seuls, tous les deux. Mais c'était impossible. Je devais revenir à chaque fois pour faire l'interprète.

A la fin du reportage, K.T. Robbins l'invite clairement à venir lui rendre visite aux Etats-Unis. A votre avis, cette rencontre aura-t-elle lieu ?

C'est vrai que lui veut absolument qu'elle vienne le voir aux Etats-Unis. "Ma maison est grande donc tu vas venir", lui a-t-il dit plusieurs fois. La fille de Jeannine est complètement d'accord : elle me promet qu'elle va tout faire pour que sa maman traverse l'Atlantique, même à 92 ans, pour revoir une autre fois cet amour de jeunesse. Maintenant, ça leur appartient, ce n'est plus notre histoire.