Villas corses sur un site protégé : un cas "tout à fait emblématique"

Pour la journaliste d'investigation indépendante, Hélène Constanty, ce qui est choquant dans l'affaire des villas de Pierre Ferracci c'est "qu'il suffit de payer une amende d’un million d’euros, et le tour est joué".

La baie de Rondianara, à Bonifacio, en Corse-du-Sud. 
La baie de Rondianara, à Bonifacio, en Corse-du-Sud.  (MAXPPP)

Une nouvelle manifestation a lieu dimanche 13 août en Corse-du-Sud pour réclamer la démolition de deux villas appartenant à l’homme d’affaires Pierre Ferracci, proche du président Emmanuel Macron. Ces villas sont situées dans la région de Bonifacio et ne sont pas conformes au permis de construire qui avait été accordé. L'homme d'affaires a été condamné en première instance et en appel à une amende d’un million d’euros. Mais la justice n’a pas ordonné la démolition des maisons.

Selon Hélène Constanty, journaliste d'investigation indépendante et auteure de Corse, l’étreinte mafieuse (éd. Fayard, 2012), ce cas "est tout à fait emblématique" d'un problème plus général en Corse. "Ce qui choque énormément, c’est qu’il suffit d’être très riche, d’avoir des relations et on peut s’affranchir de toutes les règles d’urbanisme", a-t-elle affirmé dimanche sur franceinfo.

franceinfo : Est-ce-que ce dossier est révélateur d’un problème plus important en Corse ?

Hélène Constanty : Il est tout à fait emblématique. Le site sur lequel ces maisons ont été construites est un des sites les plus protégés en Corse et absolument magnifique dans la région de Bonifacio.

Ce qui choque énormément, c’est qu’il suffit d’être très riche, d’avoir des relations et on peut s’affranchir de toutes les règles d’urbanisme.Hélène Constanty, journaliste d'investigation indépendanteà franceinfo

Donc pour une construction illégale, il suffit de payer une amende d’un million d’euros, et le tour est joué. Un proverbe corse dit : "Qui a de l’ami et de l’argent tord le nez à la justice". On est en plein dedans. Cette affaire est très symbolique.

Ce type de situation, il en existe beaucoup en Corse ?

Non, heureusement que ces affaires sont exceptionnelles. Les associations tentent d’être vigilantes, de surveiller ce qui peut se construire illégalement. Elles sont très actives en Corse contrairement à d’autres régions de France. Il y a un gros souci de la protection de la terre, d’éviter qu’elle soit défigurée. Ce n’est pas par hasard qu’il y a une telle mobilisation en Corse. C’est une des régions les mieux préservées et de ce fait les plus convoitées. Il y a assez peu de sites sur le littoral en Corse qui reste constructible, l’essentiel est protégé.

Un autre site est montré du doigt par les associations de défense de l’environnement en Corse-du-Sud, le domaine de Murtoli. Il comprend plusieurs bergeries avec piscine, des restaurants et un golf, là aussi, c’est un autre dossier symbolique ?

Oui, c’est un immense domaine dans lequel le propriétaire a fait construire depuis des années, sans permis, des dizaines de villas de luxe qu’il appelle "bergeries" parce qu’elles sont discrètes avec des pierres du pays. De toute façon, le site est totalement fermé, inaccessible depuis la mer et depuis la route, protégé par des murs et des caméras de surveillance. On est vraiment dans un îlot de grand luxe réservé à quelques privilégiés qui paient plusieurs milliers d’euros par semaine pour habiter dans ces villas. La plupart de ces maisons ont été construites de manière totalement illégale.

Cela fait un moment que les associations de défense de l’environnement sont actives. Les militants prennent beaucoup de risques. Certains ont été menacés. Récemment, une bombe a été posée devant la maison d’une militante. Une voiture a sauté. Ces défenseurs de l'environnement sont courageux, bien organisés, ils fonctionnent en collectif, et malheureusement en première ligne. Les maires ne jouent pas leur rôle, ils ne devraient pas accorder des permis aussi facilement à certains endroits. L’État n’est pas suffisamment vigilant. Dans le cas de Murtoli, l’Etat a été complice de tout ce qui faisait dans le domaine. Dans le cas de Bonifacio, la justice, certes, a été sévère, une amende d’un million d’euros est quelque chose de rare. Mais la démolition n’a pas été ordonnée par le tribunal, alors que le préfet l’avait demandé, estimant qu’on était dans le cas d’une infraction caractérisée.

Hélène Constanty : " Heureusement que ces affaires sont exceptionnelles."
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