Statut de la langue, sort des prisonniers... Les dossiers épineux qui attendent Macron en Corse

Le chef de l'Etat effectue sa première visite en Corse, mardi et mercredi, depuis son élection en mai et la victoire des nationalistes aux élections territoriales en décembre.

Des manifestants brandissent des drapeaux corses, à Ajaccio, samedi 3 février 2018. 
Des manifestants brandissent des drapeaux corses, à Ajaccio, samedi 3 février 2018.  (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Un programme très chargé. Cérémonie d'hommage au préfet Claude Erignac, assassiné il y a vingt ans, entretien avec le maire d'Ajaccio, discussions avec le président du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, et le président de l'assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni... Le président de la République a beaucoup de sujets (épineux) à traiter pour sa première visite sur l'île de Beauté, mardi 6 et mercredi 7 février.

>> Suivez en direct la cérémonie en hommage au préfet Erignac

Trois jours après la tenue d'une manifestation à l'appel des nationalistes, Emmanuel Macron devra répondre à de nombreuses attentes et question, formulées par la majorité nationaliste. Franceinfo liste les dossiers chauds sur lequel le chef de l'Etat est appelé à se prononcer.  

La co-officialité de la langue corse

Ce que veulent les élus nationalistes. Ils réclament depuis plusieurs années la "co-officialité" de la langue corse avec le français. Cela signifie que cette dernière deviendrait "la langue de toutes les institutions de Corse et de tout organisme public, employée à parité avec le français par l’Etat et les services publics, demande un rapport du président du conseil exécutif de Corse, en 2013, ainsi que par les entreprises et les médias institutionnels". Les résidents corses, par exemple, pourraient également faire enregistrer la forme corse de leurs prénoms au registre d'état civil. Les permis de conduire et les pièces d'identité seraient bilingues.

Ce que dit l'exécutif jusqu'ici. Rien n'indique qu'Emmanuel Macron ne cédera sur ce point, d'autant plus que la France n'a pas ratifié la charte européenne des langues régionales. "Sortons des débats théoriques de la co-officialité, avait même asséné Emmanuel Macron, dans un discours prononcé à Furiani, lors de la campagne présidentielle. La République a une langue : le français (...), ça n’interdit pas qu’on enseigne des langues qui font partie de la culture et de la vie de chacun." Il n'est "pas envisageable" que le corse devienne une langue co-officielle avec le français, avait ensuite déclaré Jacqueline Gourault, la "madame Corse" du gouvernement, en janvier. 

Inscription de la Corse dans la Constitution

Ce que veulent les élus nationalistes. "La Constitution doit être modifiée pour prendre en compte la spécificité de la Corse, de ses attentes et de ses besoins", avait déclaré Gille Simeoni mercredi 13 décembre, au micro de BFMTV. Pour lui,"l'inscription de la Corse dans la Constitution est la condition sine qua non de l'ouverture d'un espace juridique qui nous permettra de mettre en œuvre des politiques (...) indispensables à la prise en compte des intérêts de la Corse". Par ailleurs, la co-officialité de la langue corse est une disposition qui nécessiterait de modifier la Constitution.

Ce que dit l'exécutif jusqu'ici. En avril 2017, Emmanuel Macron a laissé entrevoir un espoir pour les nationalistes sur cette question. "S’il apparaît que le cadre actuel ne permet pas à la Corse de développer ses potentialités, alors nous pourrons envisager d’aller plus loin et de réviser la Constitution", expliquait-il à l'époque. Début janvier sur LCP, Jacqueline Gourault, s'est par ailleurs dite "ouverte" à l'idée de faire référence à la Corse dans la Constitution.

Le statut de résident

Ce que veulent les élus nationalistes. Ils souhaitent instaurer un statut de résident, inscrit dans la Constitution, qui exige d'avoir résidé pendant au moins cinq ans sur l'île avant de pouvoir y acheter une maison. Avec cette mesure, les élus nationalistes espèrent freiner la spéculation immobilière sur l'île. Les Corses pourraient également bénéficier d'exonérations fiscales, tout comme les personnes ayant leurs "centres d’intérêt matériels et moraux" (CIMM) dans l'île. Celui-ci serait déterminé par le lieu de naissance, le lieu de résidence des parents ou des ascendants, l'inscription sur les listes électorales, la scolarité, etc. En 2014, l'Assemblée de Corse avait déjà voté cette mesure, mais le gouvernement y avait opposé son veto, rappelant que la Corse ne disposait pas des compétences en la matière.

Ce que dit l'exécutif jusqu'ici. "Un statut fiscal pour les résidents en Corse est une réponse [...] pas satisfaisante. La question est comment on fait mieux de logements et un logement accessible pour les Corses", a déclaré le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, dimanche 4 février, sur France 3

Rapprochement et amnistie pour les prisonniers corses

Ce que veulent les élus nationalistes. Après le premier tour des élections territoriales de l'île, remportée en décembre par la coalition Pè a Corsica (Pour la Corse), qui rassemble autonomistes et indépendantistes, Jean-Guy Talamoni avait aussitôt "[penser] à l'amnistie pour les prisonniers et les recherchés". Censée aider "à tourner définitivement la page de quarante années de conflit", selon le président de l'Assemblée corse, cette mesure concernerait 19 personnes, toutes en détention pour des soupçons portant sur leur participation à des attentats, dont Yvan Colonna, Alain Ferrandi, Charles Santoni – condamné pour avoir tué un policier lors d'une fusillade à Ajaccio le 16 avril 1996 –,  ou encore Nicolas Battini – auteur d'un attentat contre la sous-préfecture de Corte en 2012.  

Ce que dit l'exécutif jusqu'ici. Selon la ministre Jacqueline Gourault,il est "possible" de rapatrier certains prisonniers corses dans le cadre d'un rapprochement. Interrogé sur ce point, dimanche sur France 3, Benjamin Grivaux a évoqué un traitement au "cas par cas". L'exécutif ne semble pas cependant pas se poser la question de l'amnistie. D'ailleurs, selon un sondage de l'institut local Opinion of Corsica, pour le magazine Paroles de Corse, 4% des sondés de l'île réclament l'amnistie des "prisonniers politiques".