Incendies, "nuit tropicale", tempêtes… Trois signes qui montrent que la Corse passe un hiver hors norme

Les événements climatiques extrêmes liés au dérèglement climatique se multiplient dans l'île de Beauté, depuis décembre.

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La fumée de l'incendie de Quenza, le 11 février 2020 à Sari-Solenzara (Haute-Corse). (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

La Corse traverse un hiver inhabituel. Les températures se maintiennent au-dessus de 21 °C, même la nuit, un puissant incendie ravage milliers d'hectares de maquis depuis 10 jours et des tempêtes violentes se succèdent sur l'île. Franceinfo reprend le fil d'un hiver, marqué par les effets du changement climatique.

Des records de chaleurs

Météo France n'en revient pas. Jeudi 12 février, l'institut de prévision revient dans un communiqué sur "un événement tout à fait extraordinaire" : "une nuit tropicale au cœur de l'hiver", à la station située sur l'aéroport de Bastia. Pendant 24 heures, du lundi 10 février à 13h30 au mardi 11 février à 15h40, le mercure n'est pas tombé plus bas que 21,9 °C. Le qualificatif "tropical" est utilisé quand la température ne descend pas sous 20 °C la nuit. "Un tel phénomène ne s'était bien sûr jamais produit au cours de l'hiver, ni même au cours du printemps météorologique (mars-avril-mai) puisque la nuit tropicale la plus précoce observée à la station [ouverte en 1947] fut celle du 10 juin 2010 avec 20,6 °C de minimale", précise Météo France.

Ce fait inédit n'est que l'événement le plus marquant d'un hiver particulièrement chaud. La ville de Bastia a battu son record mensuel à trois reprises en février, pour l'établir à 25,6 °C, le 11 février. Le même jour, un peu plus au sud, à Alistro, il a fait 27,8 °C, soit le record absolu pour l'île en hiver. Ces températures sont généralement mesurées en juin ou septembre.

Des tempêtes à répétition

Fabien en décembre, Gloria en janvier, Hervé et Ciara en février… Les vents violents ne cessent de déferler sur l'île. "On classe les tempêtes, à Météo France, et on a enregistré, en tout, depuis une quarantaine d'années, 219 tempêtes sur l'île", explique Patrick Rebillout, chef du centre météo d'Ajaccio, à France 3 Corse Via Stella. "On les a classées par sévérité, et si l'on se penche sur les 20 tempêtes majeures en Corse, on s'aperçoit qu'il y en a eu une en 2017, cinq en 2018 et deux en 2019", poursuit-il.

Comment l'expliquer ? Par l'oscillation arctique, ce "phénomène de circulation atmosphérique générale qui organise une piste de tempêtes". "Depuis quelques mois, c'est toujours le même régime de circulation, ce qui fait que les dépressions se succèdent à intervalles réduits", poursuit Patrick Rebillout. Si la situation n'est pas inédite, elle est aggravée par le réchauffement climatique : "Le réchauffement de l'atmosphère entraîne obligatoirement le réchauffement des océans et des mers, qui favorise la formation des tempêtes. Elles sont plus grandes et plus fortes", expliquait déjà Patrick Rebillout en décembre à Corse Matin. Les vents ont d'ailleurs battu des records lors du passage de la tempête Fabien : à Bastia, on a enregistré une rafale à 169,9 km/h, un record absolu pour la ville.

Un incendie en plein hiver

Début février, ces vents violents, la faible hygrométrie et les fortes chaleurs ont attisé les flammes d'un incendie dans le sud de l'île, entre Quenza et Sari-Solenzara. L'incendie a parcouru 5 000 hectares de maquis et de pins maritimes depuis le 4 février, selon un bilan provisoire établi jeudi. Considéré comme fixé, dimanche 9 février, l'incendie est reparti de plus belle à cause du vent. Les habitants des hameaux de Sari et Togna ont été confinés pendant plusieurs heures, dans la nuit de mardi à mercredi, par précaution. Et une nouvelle vigilance jaune vent fort est attendue sur la région à partir de 22 heures jeudi 13 février.

Face à cette situation inédite, la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) réclame plus de moyens. Avec "l'étirement chronologique de la saison des feux de forêts (...), la sollicitation des sapeurs-pompiers va devenir plus importante", s'inquiète la FNSPF dans un communiqué. L'organisation qui regroupe les 247 000 pompiers actifs (volontaires, professionnels et militaires) juge "indispensable de définir une stratégie d'adaptation des moyens" pour affronter "les crises générées par le réchauffement climatique""Ces risques, aujourd'hui partiellement contenus, ne le seront plus demain dans l'état actuel des choses, où ces situations, à ce jour exceptionnelles, deviendront courantes", avertit la FNSPF.

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