Enquête après le match Ajaccio-Le Havre : "C'est un procès sur les Corses et sur la Corse"

La sanction est donc tombée mardi : Ajaccio devra jouer son barrage à domicile sur le continent, à Montpellier. Son stade est suspendu à titre conservatoire. Ce qui ne manque pas de provoquer des mouvements de colère en Corse, où l'affaire a pris une tournure politique.

Le capitaine de l\'équipe de l\'AC Ajaccio essaie de parler avec les joueurs du Havre alors le bus de ces derniers était endommagé par des supporters corses.
Le capitaine de l'équipe de l'AC Ajaccio essaie de parler avec les joueurs du Havre alors le bus de ces derniers était endommagé par des supporters corses. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Suite et fin de l'affaire du match Ajaccio - Le Havre : le match avait été reporté une première fois vendredi dernier, le bus normand avait été l'objet de jets de pierre à son arrivée au stade en Corse dimanche. La rencontre a été émaillée d'incidents entre joueurs, mais aussi dans les tribunes, avec envahissement de terrain et plaintes déposées pour coups par le président havrais. La sanction est donc tombée mardi 22 mai : Ajaccio devra jouer son barrage à domicile sur le continent, à Montpellier. Son stade est suspendu à titre conservatoire. Ce qui ne manque pas de provoquer des mouvements de colère en Corse.

L'affaire a pris une tournure politique

Depuis mardi, l'affaire a pris, au moins en Corse, une tournure politique. Les deux présidents de la collectivité, Gilles Simeoni et Jean-Guy Talamoni, ont dénoncé ensemble le climat d'hystérie et de racisme anti-Corse qui a selon eux présidé aux sanctions prises contre le club d'Ajaccio. Quelques heures plus tard, le président de l'ACA, Léon Luciani, proche comme de nombreux autres dirigeants et supporters des idées nationalistes, embraye : "Bien évidemment, je vais peser mes mots, explique le président de l'ACA. C'est un complot pensé et organisé depuis vendredi dans le seul but d'empêcher un club corse d'accéder à la Ligue 1. C'est un procès sur les corses et sur la Corse, tout simplement. Pas sur le football. ça va beaucoup plus loin. Et nous allons le démontrer." 

Le Havre est la ville du Premier ministre

Léon Luciani met en cause directement le pouvoir. Il est vrai que c'était tentant : le club adverse, Le Havre, qui comptait bénéficier des sanctions contre les Corses, est la ville du Premier ministre. "Ce que je peux constater, c'est qu'il y a eu un certain nombre d'interventions au plus haut niveau de l'État. Vous avez vu la déclaration du Premier ministre Edouard Philippe ? Je ne me souviens pas avoir vu une déclaration de sa part concernant les incidents de Nîmes-Lorient, ou de Saint-Etienne-Lyon, ou de Lille..."

Enquête après le match Ajaccio-Le Havre : "C'est un procès sur les Corses et sur la Corse" - Reportage Alain Gastal
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De nombreux documents qui infirment ou limitent la portée des incidents survenus vendredi et dimanche ont été transmis au parquet. Cela dit, même privé de stade et de supporters, Ajaccio va jouer sa chance contre Toulouse pour accéder à la Ligue 1. "Je suis sûr que les joueurs seront révoltés et sauront répondre sur le terrain, affirme Yves gentili, porte parole de l'Orsi Ribelli, le principal groupe de supporters de l'AC Ajaccio. Si on en est là aujourd'hui, c'est grâce aux efforts fournis par les joueurs. Ils ont mérité leur place. Ils leur reste quelques forces pour dimanche".