Emmanuel Macron en Corse : comment l'autonomie de l'île s'est imposée en quelques mois comme un sujet incontournable

L'Assemblée de Corse a soumis à l'exécutif deux projets d'évolution du statut de la collectivité, et Gérald Darmanin a mené des discussions préparatoires en septembre. Mais la parole du chef de l'Etat est très attendue.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Emmanuel Macron et Gérald Darmanin, le 25 juillet 2023 ) à Touho en Nouvelle-Calédonie. (RAPHAEL LAFARGUE / AFP)

Il est attendu de pied ferme par les autonomistes et les indépendantistes. Emmanuel Macron se rend en Corse, du mercredi 27 au vendredi 29 septembre, et ses propos sur le projet d'autonomie conçu par les nationalistes seront écoutés avec attention. Selon les informations de France 3 Corse ViaStella, il se rendra notamment à l’Assemblée de Corse, jeudi, pour un discours face aux élus.

Si la visite présidentielle est justifiée par les 80 ans de la libération de la Corse, occupée par l'armée allemande, le statut de l'île de Beauté s'impose comme le sujet incontournable de ces trois jours de déplacement. Car, depuis juillet 2022 et la mort en prison d'Yvan Colonna, qui avait déclenché un mouvement de protestation, un cycle de discussions a été enclenché par l'Etat pour réfléchir au cadre institutionnel de la Corse. Retour sur les tractations des derniers mois.

Février : Emmanuel Macron ouvre la porte à une réforme constitutionnelle

Au début de l'année, Emmanuel Macron s'invite à la reprise de négociations entamées en juillet 2022. Le chef de l'Etat assure aux élus corses qu'il n'a "pas de tabou" ni de "solution prédéterminée" sur l'avenir institutionnel de la Corse. Selon l'Elysée, il se dit prêt à inscrire d'éventuelles évolutions dans son projet de réforme de la Constitution, alors promis "après l'été". A charge, pour les élus corses et le ministère de l'Intérieur, de lui faire une proposition avant le 14 juillet.

S'il assure être ouvert à toutes les hypothèses évoquées par les élus locaux, de l'autonomie à la différenciation, Emmanuel Macron réitère toutefois ses deux "lignes rouges" : le maintien de la Corse "dans la République" et "le refus de créer deux catégories de citoyens", selon des propos réaffirmés depuis par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

Juillet : les élus corses proposent deux textes sur l'autonomie

Gérald Darmanin avait appelé les élus corses à présenter des "propositions les plus unanimes possibles". Mais le 5 juillet, à l'issue de deux jours de débats, l'Assemblée de Corse ne parvient pas à s'accorder sur un projet unique d'évolution du statut de l'île. Les élus insulaires transmettent alors deux projets au gouvernement et à Emmanuel Macron. Le premier texte, celui du camp autonomiste majoritaire, réclame la "reconnaissance juridique du peuple corse", "un statut de coofficialité de la langue corse" et la reconnaissance du "lien entre le peuple corse et sa terre" via "un statut de résident". Il prévoit de confier à l'Assemblée de Corse un pouvoir législatif dans tous les domaines, à l'exception de ceux relatifs aux pouvoirs régaliens.

Le second texte, porté par l'opposition de droite, appelle à un simple "pouvoir d'adaptation" des lois françaises aux spécificités corses, sans gestion autonome de l'éducation et de la santé, ni transfert de la fiscalité.

Septembre : Gérald Darmanin part en repérage sur l'île

Les 13 et 14 septembre, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin se rend sur l'île de Beauté, afin de préparer la venue du président de la République. Il s'entretient avec le président autonomiste de l'exécutif de Corse, Gilles Simeoni, avant de participer, à Ajaccio (Corse-du-Sud), à une assemblée générale des maires de l'île. Emmanuel Macron "aura l'occasion de s'exprimer devant vous, devant les Corses, sur les conclusions, peut être provisoires, d'une année de discussions institutionnelles", déclare-t-il devant les maires.

"S'il y a évolution institutionnelle, ça n'est pas pour se faire plaisir. (...) C'est parce que nous considérerions collectivement que, sans ça, nous ne pouvons pas améliorer la vie des Corses", insiste Gérald Darmanin. Il précise que l'évolution peut aller "jusqu'à la fabrication de la norme", c'est-à-dire confier un pouvoir législatif plus important à l'Assemblée de Corse, "ce que certains appellent autonomie". Un nouveau cadre qui nécessiterait une révision constitutionnelle, l'option à laquelle Emmanuel Macron se disait ouvert en février, mais qui implique d'être approuvée par trois-cinquièmes des parlementaires français réunis en Congrès.

Gérald Darmanin ne s'exprime pas sur le contenu des échanges à l'issue de son entrevue avec Gilles Simeoni. Mais ce dernier en sort avec la conviction que "le principe d'un statut d'autonomie" est acquis dans l'esprit du ministre de l'Intérieur. "Reste maintenant (...) à entendre et écouter ce que dira le président de la République", et à "donner un contenu concret à cette notion d'autonomie", ajoute-t-il toutefois. Une vaste question qu'Emmanuel Macron ne pourra pas éviter.

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