Corse : si le dialogue n'est pas entamé aujourd'hui, "forcément ça créera des frustrations"

André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Corse, a estimé, mardi sur franceinfo, qu'il fallait que le dialogue entre Paris et les élus nationalistes corses soit entamé lors de la visite d'Emmanuel Macron sur l'île.

Jean-Guy Talamoni (à gauche), président de l\'Assemblée de Corse, et Gilles Simeoni (à droite), président du Conseil exécutif de Corse, le 2 février 2018.
Jean-Guy Talamoni (à gauche), président de l'Assemblée de Corse, et Gilles Simeoni (à droite), président du Conseil exécutif de Corse, le 2 février 2018. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

Si le dialogue entre Paris et les élus nationalistes corses n'est pas entamé lors de la visite d'Emmanuel Macron sur l'île pour rendre hommage au préfet Claude Érignac, mardi 6 février, cela risque de créer "des anxiétés et des frustrations en Corse", a expliqué à franceinfo André Fazi, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Corse.

>>> DIRECT. Cérémonie d'hommage au préfet Érignac à Ajaccio

Le chef de l'État a prévu de rencontrer mardi Gilles Simeoni, président du Conseil exécutif de Corse, et Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Seul Gilles Simeoni participe à cette cérémonie. Jean-Guy Talamoni a expliqué, mardi matin sur franceinfo, les raisons de son absence.

franceinfo : Comment expliquez-vous que Jean-Guy Talamoni ne se rende pas à la cérémonie. Est-ce le signe d'une crispation ?

André Fazi : Je ne crois pas qu'il y ait de véritable crispation à ce sujet. C'est une décision qui remonte à deux ans. Dès la première année, en février 2016, Gilles Simeoni a assumé le fait de se rendre à cette cérémonie. Il faut rappeler que les auteurs de cet assassinat étaient des dissidents de l'organisation de Jean-Guy Talamoni et qu'ensuite il a prononcé la phrase : "Je condamne l'acte mais pas ses auteurs". Jean-Guy Talamoni se dit probablement indésirable lors de cette cérémonie, il me semble qu'il a probablement raison.

Est-ce qu'Emmanuel Macron risque la crise politique s'il n'entame pas un dialogue aujourd'hui ?

Forcément, cela créera des anxiétés et des frustrations en Corse, c'est certain. Mais, je crains surtout que cela renforce une distanciation entre la Corse et le continent qui revient des deux côtés et qui, du côté continental, a sûrement été accentué depuis l'assassinat du préfet. Cet acte aurait versé une sorte d'infamie collective sur les Corses. On peut craindre cette distanciation, c'est-à-dire que de moins en moins de Corses se sentent Français et de moins en moins de Français ressentent les Corses comme faisant partie de la communauté nationale.

La revendication la plus controversée des élus corses est l'amnistie de ceux qu'ils appellent les prisonniers politiques et/ou qu'ils puissent purger leur peine en Corse. Est-ce que le gouvernement peut faire un pas en ce sens ?

Le rapprochement serait dans l'esprit de la loi qui prévoit que les détenus soient au plus proche de leur famille pour favoriser leur réinsertion et ne pas constituer un coût supplémentaire insoutenable pour les familles. L'amnistie, c'est autre chose. Je pense qu'elle serait conditionnable, à mon sens, comme cela a été le cas en Irlande du Nord ou en Colombie, à une neutralisation de l'arsenal du FLNC. Là, je pense qu'elle pourrait être discutée. Je ne sais pas si ce sont les revendications les plus difficiles à accepter, mais il est vrai que le cas des assassins du préfet Érignac est tout à fait particulier parmi les détenus.

L'interview intégrale d'André Fazi mardi sur franceinfo
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