Corse : hommage au préfet Érignac, entre devoir de mémoire et crispation

Emmanuel Macron, à Ajaccio mardi, va rendre hommage au préfet Claude Érignac, assassiné il y a 20 ans. Une commémoration vécue par les habitants comme un devoir de mémoire, mais qui provoque aussi des crispations. 

La rue Colonel-Colonna-d\'Ornano, où le préfet Erignac a été assassiné le 6 février 1998 à 21h05.
La rue Colonel-Colonna-d'Ornano, où le préfet Erignac a été assassiné le 6 février 1998 à 21h05. (MAXPPP)

Lors de son premier déplacement en Corse depuis son élection en mai 2017, le président de la République va rendre hommage, mardi 6 février, au préfet Claude Érignac, assassiné il y a tout juste 20 ans à Ajaccio. Une ville qui n'oublie ni l'acte, ni ses doléances vis-à-vis de Paris.

Entre devoir de mémoire et crispation

Le 6 février 1998, le préfet de région, Claude Érignac, est tué en pleine rue, alors qu'il se rend au théâtre d'Ajaccio, avec son épouse. André se souvient de cette soirée comme si c’était hier. "Je regardais un film et il a été interrompu", se remémore-t-il. Un flash d’information annonce l’assassinat du préfet de région.

Ça m’a fait beaucoup de peine. C’était un bon préfet qui ne méritait pas ce qui lui est arrivé.André, à Ajaccioà franceinfo

Rendre hommage au préfet Érignac relève pour lui d’une évidence. C’est ce que pense aussi Vincent, qui évoque les auteurs du crime. "C’est des gens... Je ne suis pas pour la peine de mort, mais qu’ils restent en prison jusqu’à la fin de leurs jours, je suis tout à fait d’accord."

Impossible d’oublier. Cet assassinat a abasourdi les habitants d’Ajaccio. Deux décennies plus tard, l’homme hante toujours les discussions. Et pas seulement quand vient le temps de la commémoration, assure Hervé : "Ce sont des choses qui marquent, qui restent dans nos mémoires." Au bar Le Masseria, près de l’avenue du Colonel-Colonna-d’Ornano où s’est produit l’assassinat, Pascal, un habitué, compatit à la mort du préfet. Mais il se prononce aussi en faveur d'un hommage commun à toutes les victimes du conflit sur l’île et ce, des deux côtés, comme le souhaite Jean-Guy Talamoni le président de l’Assemblée de Corse, qui ne participera pas à la commémoration.

Il n’y a pas eu que le préfet Érignac. Il y a eu d’autres victimes, qui à mon avis, ont le droit et le mérite d’avoir un hommage.Pascal, habitant d'Ajaccioà franceinfo

Antoine est du même avis. "On ne peut pas les oublier, ce serait de la trahison. Ce sont des revendications données depuis des décennies qui n’ont pas été écoutées", dit cet Ajaccien. Évoquant les faits datant de 20 ans, il avance "un symbole qu’on a éteint". "Et, poursuit-il, on dit toujours qu’un symbole, ce n’est pas la personne, c’est l’État." Antoine condamne-t-il les auteurs ? Il rit, mais reprend son sérieux pour affirmer qu’"un assassinat, ce n’est jamais beau""Jamais, insiste-t-il, mais c’est le symbole de l’État." Lors de la cérémonie d’hommage, une place située près des lieux où le préfet a été assassiné sera rebaptisée à son nom.

Corse : hommage au préfet Érignac, entre devoir de mémoire et crispation - reportage Farida Nouar
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