Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, a redit mercredi son opposition à une prime "hypothétique"

"Plutôt que de revaloriser les salaires (...) on répond aux questions de pouvoir d'achat par une hypothétique prime qui est loin de correspondre aux nécessités", a déclaré sur RTL M. Thibault.L'examen du projet de prime obligatoire pour les salariés de certaines entreprises a démarré mardi à l'Assemblée nationale.

Salariés de Renault à l\'usine de Douai dans le Nord (image d\'archives)
Salariés de Renault à l'usine de Douai dans le Nord (image d'archives) (AFP - PHILIPPE HUGUEN)

"Plutôt que de revaloriser les salaires (...) on répond aux questions de pouvoir d'achat par une hypothétique prime qui est loin de correspondre aux nécessités", a déclaré sur RTL M. Thibault.

L'examen du projet de prime obligatoire pour les salariés de certaines entreprises a démarré mardi à l'Assemblée nationale.

Il a été lancé par le gouvernement au nom de la défense du pouvoir d'achat. Si elle est votée, cette prime devrait concerner les salariés des entreprises de plus de 50 salariés qui augmentent leurs dividendes.

Les y sont opposés, tandis qu'elle laisse les sceptiques.

Le numéro un de la CGT a souligné qu'il n'y avait pas de "somme de référence" pour cette prime et qu'elle n'était "pas pour tout le monde".

"Personne, pas plus le gouvernement que les employeurs ou les représentants des organisations syndicales, ne peut dire au stade actuel combien de salariés sont susceptibles d'être concernés par l'affaire de cette prime", a-t-il dit, en proposant d'en "reparler à la fin de l'année".

Selon Bernard Thibault, cette "annonce va générer beaucoup de déçus par rapport aux attentes et au mécontentement sur le pouvoir d'achat". Il a rappelé qu'"un salarié sur deux touche moins de 1.500 euros".

L'examen de la création de la prime, annoncée mi-avril dans une certaine confusion sous l'appellation de "prime à 1.000 euros", a démarré mardi soir à l'Assemblée nationale dans le cadre d'un projet de loi de financement rectificative sur la Sécurité sociale.

Cette prime sera obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés ayant versé des dividendes en hausse.

Cette prime, exonérée de toute contribution ou cotisation sociale autre que la CSG et la CRDS dans une limite de 1200 euros par salarié, restera "facultative" pour les entreprises de moins de 50 salariés. Le texte ne fixe pas son montant, laissant ce soin à la négociation entre les partenaires sociaux.

Il y a deux mois, le ministre du Budget, François Baroin, avait laissé entrevoir la possibilité d'une prime de 1.000 euros. Ses services avaient évoqué le chiffre de huit millions de salariés potentiellement concernés. Mais le gouvernement s'est fait plus prudent au fil des semaines sur la portée et l'ampleur du dispositif. Le président Nicolas Sarkozy n'en a pas moins au nom de la justice sociale.

"Ce projet méconnaît la réalité économique des entreprises et l'apport du dialogue social", ont affirmé lundi dans un communiqué commun le MEDEF, la CGPME et l'UPA, les trois principales organisations patronales françaises. La patronne du MEDEF, Laurence Parisot, demande que "le seuil de 50 salariés soit relevé à 500" et que la prime soit "facultative" dans tous les cas.

Du côté des organisations syndicales, la CGT estime que la prime "ne répond en rien à l'urgence d'augmenter véritablement les salaires". Elle craint que le décalage entre les 1.000 euros évoqués initialement et le montant finalement versé ne suscite le "mécontentement".

Une "prime fantôme", ironise le PS
Le député PS, Bruno Le Roux, a qualifié mardi de "prime fantôme" la "prime dividendes" promise par le gouvernement. "C'est devenu une aumône très aléatoire," a ironisé l'élu de Seine-Saint-Denis.

"On ne sait pas exactement de combien elle va être. Elle rétrécit sans arrêt depuis son lancement...", a-t-il ajouté. "Je remarque qu'on s'en remet au patronat pour savoir de quel montant elle va être et à qui elle va être versée", a poursuivi M. Le Roux. "Il n'y a rien là qui puisse régler la question du pouvoir d'achat".

Le président de la CFTC, Jacques Voisin, a estimé mardi que l'instauration de cette prime ne résoudrait pas "le vrai problème, celui du pouvoir d'achat des salariés".