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Avec les syndicats, Jean-Marc Ayrault veut la jouer partenaire particulier

Le Premier ministre reçoit un par un, mardi, les représentants des cinq organisations syndicales et des trois patronales. Au menu : la retraite à 60 ans, le smic... et beaucoup de concertation.

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France Télévisions
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Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault discute avec Jean-Marc Ayrault, le 16 septembre 2010, à l'occasion de la 25e édition de la fête des retraités. (FRANK PERRY / AFP)

Il avait promis de la concertation. Mardi 29 mai, Jean-Marc Ayrault va recevoir un par un, et pendant une heure chacun, les représentants des cinq organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC) et des trois patronales (Medef, CGPME, UPA). Tous attendent de voir comment le chef du gouvernement va aborder les sujets qui fâchent. Et ils sont nombreux... 

FTVi revient sur les enjeux de ces consultations importantes avant la grande conférence sociale, prévue avant le 14 juillet à l'Elysée. 

  La question du style. Niveau de tension : faible

Puisqu'il s'agit officiellement d'une prise de dialogue, la question de la méthodologie sera discutée. "Je vais écouter attentivement la manière dont [les partenaires sociaux] voient l'instauration dans la durée du dialogue social et la démocratie sociale", avait affirmé le Premier ministre, la semaine dernière. Avec le nouveau gouvernement, "le dialogue social sera constitutionnalisé bientôt" afin de devenir une étape obligatoire des réformes, a renchéri dimanche la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

"Contrairement à ce qui se faisait sous le précédent quinquennat, il n'y aura aucune annonce le soir même, assure-t-on à Matignon, selon Le Monde.fr. Le but est d'écouter les partenaires sociaux sur les sujets qui doivent être discutés. La méthode sera tranchée lors d'une rencontre multilatérale qui doit se tenir début juin." 

Le Premier ministre sera entouré à cette occasion de Marisol Touraine (Affaires sociales), Arnaud Montebourg (Redressement productif), Michel Sapin (Travail) et Marylise Lebranchu (Fonction publique). Les jours suivants, le Premier ministre recevra d'autres organisations (UNSA, FSU et Solidaires). 

• Le retour à la retraite à 60 ans. Niveau de tension : très élevé 

Parmi les chantiers en tête du calendrier gouvernemental, une promesse de François Hollande divise particulièrement syndicats et patronat : le retour à la retraite à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler tôt. Les marges budgétaires du gouvernement sont étroites, ce que ne manquera pas de rappeler à Jean-Marc Ayrault la patronne du Medef, Laurence Parisot. Dimanche, elle a déclaré vouloir le "convaincre d'amender" un certain nombre de projets. Le Medef va "leur montrer" que l'augmentation des prélèvements obligatoires induite par le programme de François Hollande serait "insupportable", a-t-elle prévenu. L'augmentation envisagée de 0,1% par an des cotisations de retraite pour financer la promesse du président serait "totalement déraisonnable", estime la patronne du Medef.

A l'inverse, le leader de FO, Jean-Claude Mailly, entend presser le gouvernement de faire un effort supplémentaire en intégrant dans le calcul de ces retraites les périodes de "chômage et les fins de droit". Pour Jean-Marc Ayrault, qui a promis un décret dans les trois semaines sur la question, la consultation devra irrémédiablement déboucher sur une forme de consensus.

• La réévaluation du smic. Niveau de tension : élevé

Un "coup de pouce" a été promis jeudi par le ministre du travail, Michel Sapin. Mais dans le détail, ce dernier s'en est remis à la consultation, indiquant tout de même qu'"on ne peux pas faire des sauts sur le smic." "Quand vous êtes une caissière à 70% du smic, vous n'arrivez pas à vivre, il est légitime de donner un coup de pouce, avait-il déclaré. Mais quand vous êtes une petite entreprise avec des carnets de commandes difficiles, vous vous posez la question de l'équilibre de votre compte (...) C'est cela qu'il faut concilier et une décision sera prise", avait-il annoncé. 

Cette mesure pourrait être jugée trop faible par la CGT, qui  réclame une hausse de 300 euros brut (pour atteindre 1 700 euros brut par mois). FO demande quant à elle une augmentation progressive à 1 340 euros nets, contre environ 1 100 euros nets mensuels aujourd'hui. Invité à dire si le gouvernement accéderait à la revendication de Jean-Claude Mailly, numéro 1 de FO, le ministre a répondu : "Il le sait lui-même".

Laurence Parisot estime, elle, qu'une hausse "ne serait pas une bonne nouvelle pour l'emploi". Sa priorité affichée : l'embauche. Alors que la CGT réclamera d'urgence des moyens supplémentaires pour financer le chômage partiel (dont elle voudrait voir le financement multiplier par cinq), la patronne du Medef expliquera, quant à elle, que "lutter contre les licenciements, c'est d'abord favoriser l'embauche. Et donc éviter toute mesure économique et sociale qui freine les embauches."

• Les plans sociaux à venir. Niveau de tension : moyen

PSA, Petroplus, Carrefour, Arcelor, EON France, Fralib etc. Sur ce sujet particulièrement sensible, la CGT ne viendra pas les mains vides. Le syndicat apportera "une liste" au ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, rassemblant 46 entreprises en redressement ou en liquidation. Le syndicat estime que près de 45 000 emplois sont ainsi  menacés en France. La liste "intègre des PME, mais elle n'est pas exhaustive", a relevé Mohamed Oussedik, en charge de l'industrie à la CGT.

Arnaud Montebourg, qui retrouvera dans cette liste un grand nombre d'entreprises aux difficultés connues, planche sur un "plan de reconquête industrielle". Il le soumettra à Jean-Marc Ayrault "dans les semaines qui viennent", a-t-il annoncé samedi. Le ministre devrait aussi se pencher sur la question de l'avenir des salariés de l'usine Technicolor, à Angers (Maine-et-Loire) dont le redressement judiciaire est imminent. Il recevra l'intersyndicale en compagnie de la ministre déléguée à l'économie numérique, Fleur Pellerin, selon Le Monde.fr. 

Enfin, la CGT entend faire valoir ses propositions en dépit de la crise de succession qui frappe le premier syndicat français. Ainsi, le numéro un sortant de l'organisation, Bernard Thibault, se présentera avec le favori de la Commission exécutive pour lui succéder, Eric Aubin, et de la candidate qu'il soutient, Nadine Prigent. Unis cette fois pour parler d'une même voix. 

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