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Areva aurait été victime d'une escroquerie en rachetant Uramin

Selon Marc Eichinger, auteur d'un audit pour le groupe, il existe "un soupçon de délit d'initié avec des opérateurs ayant connaissance très tôt" de la future OPA réalisée en 2007 par le groupe nucléaire.

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La tour d'Areva, dans le quartier de La Défense (Hauts-de-Seine), le 1er avril 2011. (CHAUVEAU / SIPA)

Le groupe nucléaire Areva a-t-il été victime d'une "escroquerie" en acquérant la société de gisements d'uranium Uramin ? Pour Marc Eichinger, l'auteur d'un audit réalisé en 2010 pour le groupe et publié vendredi 13 janvier dans Le Parisien / Aujourd'hui en France, la réponse est oui. Explications :

Un fiasco à 2,5 milliards d'euros

Achetée 2,5 milliards d'euros par Areva en 2007, la société minière Uramin, détentrice d'un gisement d'uranium jadis estimé prometteur en Namibie, ne vaut "plus un centime" avoue le géant du nucléaire français. 

Pour Marc Eichinger, spécialiste des questions financières et minières, auteur d'un rapport sur les conditions de rachat d'Uramin, "Areva n'avait rien à faire avec Uramin, société qui n'avait aucune production, ni aucune ressources prouvée", dit-il dans Le Parisien. Pour justifier cet achat, le consultant soupçonne une escroquerie avec délit d'initié sur la base des éléments suivants :

- "Le cours du titre a quadruplé pendant les six mois précédant l'acquisition", note le consultant. Pour lui, des opérateurs boursiers devaient avoir connaissance de cette OPA à l'avance et ont pu faire grimper le prix d'achat à payer par Areva. 

- Il explique par ailleurs qu'Areva a évalué les réserves d'uranium d'Uramin, non pas en se rendant sur place, ni en demandant une expertise indépendante, mais en se basant sur des données fournies par la société américaine SRK, laquelle était rémunérée par Uramin. 

Des soupçons de complicité en interne 

L'acquisition d'Uramin s'est faite "dans des conditions de gouvernance irréprochables", avait pourtant assuré fin décembre Anne Lauvergeon, ex-patronne du groupe, en rappelant au passage que le cours de l'uranium était à l'époque très élevé.

L'expert financier avance quant à lui des éléments troubles. Il relève notamment que le patron de la division minière d'Areva à l'époque de l'achat d'Uramin, Daniel Wouters, était en parallèle responsable d'une société d'exploration minière en Afrique, Swala Resources. "Ce double statut ne correspond pas aux bonnes mœurs du monde des affaires", estime le consultant, qui n'a par ailleurs "pas pu prouver d'enrichissement personnel indu."

Des enquêtes en cours 

Fin 2011, le géant du nucléaire français a annoncé la constitution d'un comité, composé de trois membres indépendants du conseil de surveillance. Son but : "examiner les conditions d'acquisition et d'exploitation d'Uramin et en tirer des enseignements pour le groupe". Areva a acquis cet actif sous la présidence d'Anne Lauvergeon, remplacée en juin 2011 par Luc Oursel. Directeur général adjoint chargé des opérations du nucléaire du groupe en 2007, "il soutenait globalement la stratégie" de sa supérieure, note Le Parisien. 

Depuis le mois de juin, le député PS Marc Goua enquête sur le sujet dans le cadre d'un rapport parlementaire sur le nucléaire. Il affirmait en décembre dernier, dans le quotidien economique Les Echos, qu'"il y a eu une légèreté qui est un peu étonnante pour une opération d'un tel montant". Son rapport devrait être rendu fin janvier.

Mais l'affaire risque d'éclabousser ceux qui l'alimentent, écrivait déjà le quotidien, citant Jérôme Cahuzac, président PS de la commission des Finances de l'Assemblée nationale : "si des comptes doivent être demandés, c'est certainement à Anne Lauvergeon, mais certainement aussi aux responsables politiques qui, à l'époque, ont donné leur accord pour un investissement très onéreux, payé dans un paradis fiscal et dont on s'aperçoit aujourd'hui qu'il ne vaut rien."

Une affaire d'Etat  ?

Pour l'avocat d'Anne Lauvergeon, Jean-Pierre Versini-Campinchi, sa cliente "est parfaitement sereine" au regard de cet achat contreversé. "Uramin a servi de prétexte pour précipiter le départ de ma cliente", fait-il valoir, toujours dans Le Parisien. Le quotidien fait référence à "une guerre de succession" au sein du groupe public."Mandaté par un des dicreteurs d'Areva, une officine est allé jusqu'a espionné le mari d' 'Atomic Anne', un temps suspecté d'avoir bénéficié de l'opération," rappelle le journal.

Cette dernière a d'ailleurs porté plainte le 19 décembre contre X pour espionnage présumé contre elle et son mari. 

Une source de tensions entre Anne Lauvergeon et Areva

Les déclarations de Marc Eichinger interviennent sur fond de conflit ouvert entre Anne Lauvergeon et son ex-employeur. Jeudi, Areva a fait savoir que le versement des indemnités de départ de l'ancienne présidente du directoire du groupe était suspendu aux conclusions d'une étude sur l'acquisition d'Uramin.

L'avocat d'Anne Lauvergeon avait de son côté annoncé, mercredi, avoir assigné le groupe en référé pour qu'il verse à sa cliente 1 million d'euros d'indemnités de départ et 500 000 euros au titre d'une clause de non-concurrence, en fonction d'un accord "irrévocable" négocié lors de son éviction.

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