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Une bonne déclaration de candidature à la présidentielle, c'est quoi ?

L'entrée en campagne du président sortant ne fait aucun doute. Mais c'est sur la forme que le chef de l'Etat pourra éventuellement surprendre.

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France Télévisions
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Jacques Chirac à Paris, le 11 février 2002, à son retour d'Avignon, où il venait d'annoncer sa candidature. (PATRICK KOVARICK / AFP)

L'annonce de candidature de Nicolas Sarkozy, qui pourrait intervenir mercredi 15 février, est imminente. En attendant, ses faits et gestes sont scrutés au millimètre, bien que l'entrée en campagne du président sortant ne fasse aucun doute. C'est sur la forme que le chef de l'Etat pourra éventuellement surprendre. Par le passé, les candidats à l'élection présidentielle se sont prêtés au jeu avec plus ou moins de réussite. FTVi a donc essayé de définir à quoi pouvait ressembler une bonne déclaration de candidature.

• Solennelle ou spontanée ?

Un décor chargé de dorures, une diction lente, un ton grave. Pour annoncer sa candidature à la présidentielle de 1995, Edouard Balladur avait choisi la solennité. Assis derrière son bureau de Matignon, les mains posées sur la table, le Premier ministre récite son texte. L'allocution, retransmise en direct dans le journal de 13 heures, dure huit longues minutes. Indigeste et peu emballant.

Dans le même esprit, la déclaration en 1981 de Valéry Giscard d'Estaing, candidat à sa propre succession. Son allocution d'une dizaine de minutes est retransmise en léger différé dans le journal de 20 heures. Cette fois, pas de lambris dorés, mais une certaine solennité tout de même, grâce à la présence de son épouse, Anne-Aymone, à ses côtés. Las, avec cette intervention morne et terne, Valéry Giscard d'Estaing parvient difficilement à capter l'attention.

Changement de décor en 1988. François Mitterrand, qui brigue un second mandat, s'est déplacé lui-même sur le plateau d'Antenne 2 pour faire part de son choix aux Français. Avec ses réponses ultra-courtes, il parvient presque à décontenancer ses intervieweurs. Le président sortant n'y va pas par quatre chemins, en répondant dès la première question. Après quoi s'ensuit un curieux échange :
"Etes-vous à nouveau candidat à la présidence de la République ?
- Oui.
- Vous avez mûrement réfléchi ?
- Je le crois.
- On peut savoir quand vous avez pris cette décision (...) ?
- Je n'en sais rien moi-même."

Une impression de spontanéité qui a contribué à ranger cette intervention au rayon des déclarations de candidature considérées comme réussies.

• Sur le terrain ou depuis Paris ?

Le mano à mano entre Lionel Jospin en Jacques Chirac en 2002 illustre bien les deux styles complètement opposés qu'ils ont adoptés. L'élection s'annonce incertaine. Entre les deux figures de l'exécutif sortant, la campagne ressemble à une partie d'échecs. A ce petit jeu, Jacques Chirac prend l'ascendant en damant le pion à son rival : il se déclare par surprise à un moment où on ne l'attendait pas, lors de l'inauguration d'une gare à Avignon.

C'est la maire de la ville, Marie-Josée Roig, qui se charge de lui poser – faussement ingénue – la question tant attendue. Et Jacques Chirac – faussement surpris – de lui répondre : "Vous m'avez posé une question directe et franche, eh bien j'y répondrai dans le même esprit. Oui, je suis candidat ! Et j'ai voulu le dire au milieu des Français." Fidèle à sa réputation d'homme proche du peuple. A son retour à Paris, en sortant du TGV, un bain de foule l'attend, et ce n'est pas pour lui déplaire.

Quelques semaines plus tard, la voie choisie par son Premier ministre est autrement plus austère. C'est par un simple fax envoyé à l'Agence France-Presse que Lionel Jospin officialise son entrée dans la course. Etrange façon, totalement désincarnée, de se lancer dans cette élection communément qualifiée de "rencontre d'un homme avec le peuple".

Comme le montre l'exemple de François Mitterrand en 1988, il n'est pas forcément besoin de se déplacer très loin pour réussir son entrée en campagne. En 2007, Nicolas Sarkozy avait ainsi choisi d'annoncer sa candidature dans une soixantaine de quotidiens régionaux.

• Précoce ou tardive ?

Pendant plusieurs semaines, l'entourage de Nicolas Sarkozy a laissé entendre que le chef de l'Etat se déclarerait au dernier moment, c'est-à-dire début mars (la date limite est fixée au 16 mars). Manière d'imiter la stratégie de François Mitterrand en 1988 – décidément une référence – et d'espérer ainsi une réélection (le président socialiste avait été largement réélu).

Mais le parallèle s'arrête là, car les circonstances sont fort différentes. Depuis Valéry Giscard d'Estaing en 1981, Nicolas Sarkozy est le premier président-candidat sortant à n'avoir pas subi de cohabitation. Et donc à être entièrement responsable de son bilan. Bref, se déclarer tôt ou se déclarer tard est tout sauf anodin, mais il n'y a pas de recette miracle : tout dépend du contexte politique.

• Une bonne déclaration, ça existe vraiment ?

"Il y a toujours une relecture de l'événement à l'aune de ce qui se passe par la suite. Lorsqu'on visionne après coup la candidature de Mitterrand en 1988, on ne peut pas dire qu'elle soit extraordinaire !" affirme Isabelle Veyrat-Masson, directrice du laboratoire "Communication et politique" au CNRS, qui nous met au défi : "Trouvez-moi un vainqueur qui ait fait une soi-disant mauvaise déclaration ou un perdant qui ait fait une soi-disant bonne déclaration. Je n'en connais pas."

"Quand on regarde l'effet des déclarations de candidature par le passé, on se rend compte qu'il ne se passe rien dans l'opinion", observe Stéphane Schmaltz, vice-président en charge du pôle public et politique de l'agence Euro RSCG. Un non-événement ? "C'est plutôt une figure imposée, mais qui ne peut se suffire à elle-même, explique-t-il. Elle n'a de sens que si elle vient raconter une histoire, une vision, un projet. C'est ce que qu'attendent les électeurs, dont la capacité de décryptage est de plus en plus forte."

France 2

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