Méprise dans l'affaire Dupont de Ligonnès : "Nous avons avancé au même rythme que les policiers", explique Audrey Goutard, journaliste à France Télévisions

Spécialiste police-justice à France Télévisions, la journaliste Audrey Goutard revient sur la chronologie des faits.

La maison de Limay (Yvelines), où habite l\'homme arrêté à Glasgow, en Ecosse, le 11 octobre 2019. La police écossaise l\'a pris à tort pour Xavier Dupont de Ligonnès.
La maison de Limay (Yvelines), où habite l'homme arrêté à Glasgow, en Ecosse, le 11 octobre 2019. La police écossaise l'a pris à tort pour Xavier Dupont de Ligonnès. (THOMAS SAMSON / AFP)

L'erreur est de taille. L'homme arrêté vendredi 11 octobre à Glasgow en Ecosse (Royaume-Uni), en provenance de Paris, et présenté comme Xavier Dupont de Ligonnès par de nombreux médias, dont franceinfo et France Télévisions, sur la foi d'informations policières, n'a en réalité rien à voir avec le fugitif nantais. L'annonce été démentie quelques heures plus tard, samedi 12 octobre. L'ADN atteste que la personne interpellée n'est pas le suspect numéro un dans l'affaire du quintuple meurtre commis à Nantes en avril 2011, mais un homme plus âgé partageant sa vie entre Limay (Yvelines) et l'Ecosse.

Audrey Goutard, journaliste police-justice de la rédaction de France Télévisions, rembobine le film pour franceinfo.

Franceinfo : Comment avez-vous appris et vérifié cette information qui s'est avérée erronée ?

Audrey Goutard : Hier soir, Le Parisien publie vers 20 heures un article intitulé "Xavier Dupont de Ligonnès : comment les policiers ont retrouvé sa trace". Nous appelons les plus hautes autorités de la police, celles-ci confirment à 100% qu'il s'agit bien de Xavier Dupont de Ligonnès. Elles s'appuient sur les propos de leurs homologues écossais, qu'elles citent. Un, selon les policiers écossais, les empreintes digitales correspondent bien à celles de la fiche Interpol, et, deux, les premiers marqueurs ADN semblent correspondre. Nous avons eu nos sources et nous partons comme ça, nous nous disons "zéro souci".

Ni la rédaction, ni nos interlocuteurs ne savent alors que ce sont les policiers écossais, appartenant à l'équivalent de la Police de l'air et des frontières en France, qui ont donné l'info, et non pas Scotland Yard. Or, ce ne sont pas des spécialistes et ils n'ont pas travaillé dans les règles de l'art. En France, pour les empreintes digitales, il faut 12 points de comparaison. Pour les policiers écossais, qui ont procédé aux analyses, cinq points suffisaient, et ils ont pensé que c'était bon.

A partir de quel moment avez-vous eu des doutes ?

Vers 23h20, je contacte les policiers en train de procéder à la perquisition à Limay, dans les Yvelines, où habite le titulaire du passeport saisi à Glasgow. Ils mènent aussi une enquête de voisinage, et là, ils recueillent le témoignage du voisin qui dit qu'il connaît l'homme arrêté depuis trente ans et qu'il ne s'agit pas de Xavier Dupont de Ligonnès. Nous sommes embêtés. Néanmoins, nous avons l'information sur les marqueurs ADN et continuons à avancer comme ça. De plus, l'homme interpellé par la police écossaise est muet car il est tétanisé, ce qui nous induit aussi en erreur.

Quand et comment avez-vous compris que l'information donnée initialement était fausse ?

Les policiers français n'arrivent pas à prendre le vol du soir pour l'Ecosse pour aller voir eux-mêmes l'homme interpellé, qui ne ressemble pas aux photos de Dupont de Ligonnès. Ils demandent d'autres examens et notamment le calcul de l'écartement entre les yeux... qui ne colle pas. Nous ne savons plus quoi penser. Les policiers français arrivent finalement en Ecosse en fin de matinée. Ils interprètent le test ADN, qui ne correspond pas non plus. Nous, journalistes, avons avancé comme des policiers, au rythme de l'enquête, avec les risques que cela comporte.