Violences contre les maires : les élus confrontés à des "citoyens de plus en plus exigeants", explique le directeur du Cevipof

"Les violences physiques ont été très médiatisées", mais "parfois ce sont des violences très symboliques, sous forme d'incivilités", détaille Martial Foucault, dimanche 19 novembre sur franceinfo.
Article rédigé par France Info
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Un rassemblement en soutien au maire de L'Haÿ-les-Roses, le 3 juillet 2023 à Montreuil (Seine-Saint-Denis). (ELODIE ARROYO / HANS LUCAS)

"Les maires jugent les citoyens de plus en plus exigeants. Cela peut, dans certains cas, déboucher sur des violences", explique dimanche 19 novembre sur franceinfo Martial Foucault, directeur du Cevipof. Le Centre de recherches politiques de Sciences Po publie dimanche sa cinquième enquête de l'observatoire de la démocratie de proximité pour l'Association des maires de France (AMF). "8 000 maires ont répondu à cette enquête très longue : 70 questions, près de 40 minutes d'entretien. 6 000 d’entre eux ont répondu en totalité sur des sujets qui touchaient à la fois la question de leur fatigue, la manière dont ils exercent leur métier", détaille Martial Foucault. Sept maires interrogés sur dix se déclarent victimes d'incivilités, soit 16 points de plus qu'en 2020.

franceinfo : Cette enquête vous a-t-elle permis de comprendre pourquoi il serait plus difficile d'être maire aujourd'hui qu'il y a 20 ou 30 ans ?

Martial Foucault : Un certain nombre de fonctions se sont complexifiées au fil du temps et avec un plus grand nombre d'interlocuteurs. Il y a 20 ou 30 ans, un maire incarnait l'autorité d'une certaine manière. Une autorité politique, mais aussi morale vis-à-vis des concitoyens. On observe dans l'enquête une difficulté peut-être plus grande encore cette année dans les relations avec les citoyens. Les maires les jugent de plus en plus exigeants, parfois même consuméristes. Cela peut, dans certains cas, déboucher sur des violences qui ne sont pas toujours physiques. Les violences physiques ont été très médiatisées. On pense aux maires de Saint-Brevin ou L'Haÿ-les-Roses. Mais parfois, ce sont des violences très symboliques, sous forme d'incivilités. Sept maires sur dix nous disent depuis le début de leur mandat avoir déjà subi ces incivilités.

Ces élus demandent-ils plus de protection ?

Ils demandent plus de protection, sans forcément demander un cadre répressif plus grand. D'ailleurs, beaucoup de maires disent : 'Attention, ce n'est pas simplement le ou la maire qui est touché par ces violences, c'est l'ensemble de l'équipe municipale'. Mais ce qu'ils attendent essentiellement aujourd'hui, c'est plutôt qu'à chaque fois qu'ils vont déposer plainte, qu'ils vont faire un signalement, une main courante, que la justice puisse apporter des réponses plus rapides, qu'il ne se passe pas trois, quatre, parfois six mois pour une réponse, lorsqu'un procureur est saisi sur un fait de violence. Sinon le maire se retrouve dans une situation extrêmement compliquée, il est parfois soumis à la peur des représailles s'il n'y a pas de réponse. Et puis, deuxième phénomène, on a encore aujourd'hui beaucoup de maires qui préfèrent ne pas signaler. Donc les chiffres que vous évoquiez sont peut-être en dessous d'une réalité pour laquelle on a beaucoup de difficultés à objectiver.

Est-ce qu'on peut néanmoins faire un lien entre ces violences, ce climat et le nombre important de démissions qu'on observe depuis quelques années ? 1 300 maires qui ont démissionné depuis 2020.

C'est un chiffre en augmentation par rapport à la mandature précédente. On est environ sur un rythme de 450 démissions par an depuis 2020, alors que ce chiffre n'était que de 350 par an pour la mandature 2014-2020. Le lien de causalité est impossible à établir. On peut observer des situations de corrélation avec un climat de violence, mais les causes premières de démission pour les maires, c'est à la fois une grande difficulté à concilier une vie professionnelle et la fonction de maire. Je rappelle que 60% des maires ont un métier en parallèle de leur fonction de maire. Il y a une deuxième source de démission, ce sont les relations de plus en plus difficiles avec des citoyens extrêmement exigeants, demandeurs de réponses immédiates. Et puis, un troisième sujet concerne les relations de travail de plus en plus complexes avec les services de l'֤État. Beaucoup de maires m'indiquaient avoir une grande difficulté à pouvoir couvrir tous les spectres de la fonction : technicien, spécialiste d'urbanisme et tantôt juriste. Et cette capacité à absorber l'ensemble des décrets et nouvelles réglementations les met parfois en situation de grande fatigue.

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