Violences à Bagnolet : "Les réponses de sécurité ne peuvent pas être les seules", affirme Alexis Corbière

"Les gens veulent de la République", a ajouté le député la France insoumise de Seine-Saint-Denis samedi sur franceinfo.

Alexis Corbière, député la France insoumise de Seine-Saint-Denis à l\'Assemblée nationale à Paris, le 27 juin 2017.
Alexis Corbière, député la France insoumise de Seine-Saint-Denis à l'Assemblée nationale à Paris, le 27 juin 2017. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Le député de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière fait partie des élus qui demandent des renforts policiers pour Bagnolet. Invité de franceinfo, samedi 28 avril, l'élu de la France insoumise a également affirmé que "les réponses de sécurité ne peuvent pas être les seules dans un quartier [la Capsulerie] où les habitants ont un sentiment de reléguation". Vendredi, il a été reçu avec le maire de Bagnolet par le préfet de Seine-Saint-Denis après trois semaines de violences urbaines pendant lesquelle quatre personnes ont été blessées et des dizaines de voitures incendiées. 

franceinfo : Qu'avez-vous demandé exactement au préfet ?

Alexis Corbière : On demande un commissariat de plein exercice, c'est à dire un commissarirat ouvert 24 heures sur 24. Actuellement, il y a une antenne de police qui ferme à 18h et la commissaire de référence, qui travaille très bien, se trouve aux Lilas, une ville à côté. Elle supervise d'ailleurs plusieurs communes. Je crois qu'il y a un problème de moyens. Un GST [Groupe pour la sécurité du territoire] ciblé sur ce quartier [la Capsulerie, touché par les violences] a été créé. Il compte une douzaine de personnes. Il nous faudrait un doublement des effectifs, 20 à 25 personnes. C'est que nous demandons à très court terme. À moyen terme, un commissariat de plein exercice, et à plus long terme, plus de moyens publics à la Capsulerie. Il n'y a pas longtemps, par exemple, le centre des impôts a fermé. Dans les écoles, il y a aussi souvent des problèmes de remplacements. Les gens veulent de la République. Les réponses de sécurité ne peuvent pas être les seules dans un quartier où les habitants ont un sentiment de reléguation.

Que vous a répondu le préfet ?

Que tous les moyens qu'il a à sa disposition sont mobilisés. Il y a aussi des unités de CRS qui sont là le soir pour calmer les esprits, parce qu'il faut éviter qu'il y ait un mort. On en est là. Mais tout ça, c'est du circonstancié. Il faut des moyens pour travailler sur le long terme, pour faire des enquêtes, pour avoir un travail de terrain beaucoup plus efficace. Ces moyens ne sont pas là. Ça, c'est au niveau du gouvernement. Voilà pourquoi je demande une nouvelle fois audience au ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb. Nous voulons lui montrer l'étendue de la situation, avec le maire de Bagnolet. Lui montrer l'absence de moyens. Ce n'est pas acceptable. On est à quelques mètres de Paris. Le nombre de policiers par habitants dans la capitale est totalement différent de celui à Bagnolet, alors que tout le monde connaît la ville comme étant un supermarché de la drogue, pour reprendre une expression journalistique. Les zones de reléguation, ça suffit !

Comment peut-on lutter contre ce traffic de drogue ? Faudrait-il des policiers en permanence pour empêcher cette activité ?

On peut poser la question de la légalisation du cannabis. Ça éviterait que les bandits s'en occupent. Après, il y a ce que l'on observe actuellement: un différend commercial, pardonnez-moi l'expression, entre des gens qui organisent ce business et qui se tirent dessus. Ça, les gens ne l'acceptent plus. Il faut des moyens de police pour éviter ce business à ciel ouvert. Il y a eu des coups de feu, un centre de loisirs a pris une balle dans la vitrine. Ce n'est pas tolérable. Personne n'a envie de voir ses enfants mis en danger. Ça doit cesser. Et puis, une fois encore, il faut poser la question de ce que l'ont fait de ces quartiers. Il y a trop de chômage, trop de gens en situation difficile, pas assez de services publics.

Est-ce que le plan Borloo [annoncé cette semaine] vous paraît aller dans le bon sens ?

Il y a beaucoup d'effets d'annonce, mais sur le fond pas grand chose. Par exemple, le volet sécurité n'est pas du tout abordé. Jean-Louis Borloo l'assume. Après, il y a beaucoup de com', des mots anglais... C'est un peu du pipeau. Les gens veulent avant tout c'est que l'école publique, le collège du coin fonctionne. Pas besoin de mettre des mots ronflants à consonnance anglaise pour dire que ça va changer. J'ai peur que tout ça n'aille pas très loin. Moi, je ne suis fermé à rien, mais je veux des moyens rééls. Quand je regarde dans le détail, je ne vois rien de significatif. Peut-on avoir le même taux de profs remplacants en Seine-Saint-Denis qu'à Paris ? Commencons par là, plutôt que de faire des usines à gaz.