Var : ce que l'on sait de l'affaire de la sexagénaire soupçonnée d'avoir séquestré pendant cinq ans son ex-belle-fille

La trentenaire vivait ainsi dans une pièce dans laquelle ont été retrouvés un matelas posé par terre ainsi qu'un banc sur lequel la victime passait "visiblement ses journées à regarder des films sur une tablette", selon le procureur de la République.

L\'entrée de la résidence où la jeune femme a vécu sur les hauteurs de Saint-Raphaël (Var), le 20 novembre 2019.
L'entrée de la résidence où la jeune femme a vécu sur les hauteurs de Saint-Raphaël (Var), le 20 novembre 2019. (MAXPPP)

C'est un étrange huis clos que les enquêteurs du Var tentent d'éclaircir. Une sexagénaire a été provisoirement incarcérée, jeudi 21 novembre, à Marseille (Bouches-du-Rhône), après que sa belle-fille, retrouvée dimanche sur le bord d'une route, l'a accusée de séquestration. Franceinfo récapitule ce que l'on sait de cette mystérieuse affaire.

Comment cette affaire a-t-elle démarré ?

Tout commence dimanche 17 novembre, lorsqu'une jeune femme de 31 ans est découverte, errante, sur une route aux abords d'une forêt à Agay, un lieu-dit situé sur la commune de Saint-Raphaël (Var). Prise en charge par les secours, elle raconte alors avoir été séquestrée durant cinq ans dans une villa de la ville par sa belle-mère, détaille France Bleu Provence

La jeune femme explique avoir réussi un peu plus tôt à s'enfuir par une fenêtre de la maison, "profitant de l'absence de sa belle-mère et d'un défaut de surveillance des personnes présentes", explique dans un communiqué Patrice Camberou, le procureur de la République de Draguignan. Par ailleurs, la jeune femme "aurait tenté de s'échapper une première fois, mais aurait été rattrapée par un membre de la famille", toujours selon le parquet.

Qu'a expliqué la victime aux enquêteurs ?

Une fois recueillie par les forces de l'ordre, la jeune femme a raconté son histoire aux enquêteurs. Orpheline depuis ses 8 ans, la trentenaire a expliqué avoir noué en 2008 une relation avec un homme, puis être tombée enceinte. Cette liaison ne dure pas, car "le père de l'enfant préfère fuir face à ses responsabilités", écrit France Bleu. Mais la grand-mère paternelle de l'enfant garde le contact avec la jeune maman, au point de lui proposer de l'héberger il y a cinq ans, alors qu'elle est âgée de 26 ans.

Peu à peu, la situation se dégrade. La jeune femme aurait ainsi subi "un enfermement psychologique, devenu avec le temps physique", a expliqué le procureur à l'AFP, ajoutant que sa belle-mère avait adopté l'enfant après sa naissance. La victime, dont la carte d'identité avait été confisquée, a assuré ne pas être sortie de la maison depuis 5 ans et avoir eu droit à un seul repas par jour.

La trentenaire vivait ainsi dans une pièce dans laquelle ont été retrouvés un matelas posé par terre, ainsi qu'un banc sur lequel elle passait "visiblement ses journées à regarder des films sur une tablette", a détaillé le procureur de la République. "La première chose qu'elle a demandé, c'est à prendre une douche", a indiqué le magistrat.

Quelle est la version de la famille ?

Dans le cadre d'une enquête ouverte pour séquestration, les policiers de Fréjus se sont rendus dans la villa où la jeune femme assure avoir été séquestrée. Plusieurs membres de la belle-famille ont par ailleurs été entendus et leurs témoignages semblent accréditer l'histoire de la jeune femme, précise le parquet.

"La famille ne se souciait pas de ce qu'elle était [la belle-fille] devenue. Le fils avec qui elle avait noué une relation est parti et revenu au domicile familial, a expliqué Patrice Camberou. En tout cas, il ne se souciait pas d'elle. Son rôle exact est à déterminer." "Un autre fils a également indiqué que comme il ne la voyait plus, son ex belle-soeur était pour lui partie", a encore déclaré le procureur.

En garde à vue depuis lundi, la belle-mère nie toutefois avoir séquestré la jeune femme. Elle affirme d'ailleurs que cela faisait "un an seulement" que celle-ci n'était pas sortie, a rapporté le magistrat.

Où en est l'enquête ?

Déférée mercredi devant un juge d'instruction, la sexagénaire a été provisoirement incarcérée jeudi dans un quartier de femmes de la prison des Beaumettes, à Marseille (Bouches-du-Rhône). Nice-Matin affirme qu'elle sera présentée lundi au juge des libertés et de la détention pour qu'il statue définitivement sur sa libération ou sa détention en attendant son procès.

Une information judiciaire des chefs de "séquestration, abus de faiblesse, violences volontaires habituelles sur personne vulnérable, soumission d'une personne vulnérable à des conditions d'hébergement indignes, escroquerie au jugement d'adoption" a été ouverte. Une autre pour "non-assistance à personne en danger" a également été ouverte contre X.

L'examen médico-légal de la trentenaire a de son côté révélé un "état bucco-dentaire médiocre et plusieurs ecchymoses". Les conclusions de l'examen psychiatriques sont attendues. Pour sa part, l'enfant, qui était en "bonne santé", a été confié à l'Aide sociale à l'enfance.