Le "dépeceur de Montréal", Luka Magnotta, condamné à la perpétuité pour assassinat

Le "dépeceur de Montréal" est coupable de tous les chefs d'accusation retenus contre lui.

Luka Magnotta comparaît pour le meurtre de Jun Lin, à Montréal (Canada), le 8 septembre 2014.
Luka Magnotta comparaît pour le meurtre de Jun Lin, à Montréal (Canada), le 8 septembre 2014. (MIKE MCLAUGHLIN / AP/ SIPA)

Le "dépeceur de Montréal" était jugé pour avoir tué et démembré un étudiant chinois, Lin Jun, en mai 2012. La justice l'a reconnu coupable de tous les chefs d'accusation retenus contre lui, dont assassinat, atteinte à l'intégrité d'un cadavre, production de matériel obscène, harcèlement contre le Premier ministre canadien et utilisation illégale de la poste. Luka Magnotta avait reconnu les faits mais plaidait non coupable en raison de troubles mentaux. Il a été condamné à la perpétuité.

Francetv info revient sur les principales révélations du procès.

La nuit du supplice de Lin Jun 

Les preuves présentées au jury. Un couteau, un marteau, un tournevis et une scie oscillante. Quatre outils, quatre armes du crime. Ces pièces à conviction ont été présentées aux jurés. Le médecin légiste a dénombré 73 blessures sur le corps de la victime, un jeune Chinois venu poursuivre ses études à l'université Concordia de Montréal. C'est une lésion au cou avec une arme tranchante qui lui a été fatale. Des sévices lui ont été infligés avant et après sa mort, rapporte Ici Radio Canada

Le médecin légiste a aussi relevé dans le sang de Lin Jun des traces d'alcool et de médicaments, dont un somnifère utilisé par certains agresseurs sexuels. Selon la toxicologue judiciaire interrogée, l'association de ces médicaments ralentit les fonctions mentales et physiques de celui qui les absorbe.

La version de Magnotta. Luka Magnotta a livré sa version de cette nuit sordide à une experte psychiatre, qui a rapporté ses propos à la cour. En mai 2012, le jeune homme de 32 ans poste sur internet une annonce afin de trouver un partenaire sexuel. Lin Jun répond. Le 24 mai, les deux hommes se donnent rendez-vous à une station de métro et se rendent chez Magnotta. Là, ils consomment du vin et ont une relation sexuelle. Magnotta est d'abord attaché au lit. Selon le prévenu, "Lin Jun s'est montré rude pendant l'acte sexuel et il ne voulait pas ralentir ou arrêter, comme il le demandait", relate La Presse. L'étudiant chinois lui aurait aussi asséné "des petits coups derrière la tête".

A ce moment-là, Luka Magnotta déclare vouloir prendre des médicaments. Selon ses dires, Lin Jun en réclame aussi. L'accusé aperçoit ensuite une voiture noire par la fenêtre. Une évidence s'impose à lui. Lin Jun est un agent du gouvernement "venu lui faire mal". C'est au tour de l'étudiant chinois d'être attaché. Toujours selon la version de Magnotta, des voix résonnent dans sa tête et l'exhortent à tuer son partenaire.

Les jours suivants

Des vidéos et morceaux de corps envoyés par la poste. Toute la scène a été filmée par Luka Magnotta puis diffusée sur plusieurs sites internet. Les jurés ont aussi regardé des extraits de bandes de vidéosurveillance, où l'on voit Luka Magnotta dans un bureau de poste, le jour même du meurtre, muni de plusieurs colis. A l'intérieur, les pieds et les mains de Lin Jun. Les paquets sont envoyés à deux écoles primaires mais aussi au Parti libéral et au Parti conservateur, raconte La Presse, accompagnés de messages anonymes rédigés sur du papier rose. La tête de Lin Jun est, elle, retrouvée dans un parc de Montréal.

La fuite en Europe. Le 26 mai, soit le lendemain du meurtre, Luka Magnotta prend un vol Montréal-Paris. Arrivé à l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, il passe une nuit dans un Novotel, puis paie neuf nuits d'avance dans un autre hôtel parisien. Mais seulement cinq jours après, le 31 mai, Luka Magnotta achète un billet de car pour Berlin (Allemagne). Là-bas, il loge chez un Allemand avec qui il a pris contact sur un site de rencontres. Frank Rubert est venu témoigner au procès. C'est lui qui a dénoncé Magnotta à la police allemande, rappelle Ici Radio Canada.

Frank Rubert est d'abord séduit par la photo postée par Luka Magnotta sur internet. Mais à l'arrivée du jeune homme en Allemagne, c'est la déception : "Magnotta était mal habillé, et ses cheveux étaient longs et graisseux. Ce n'était pas mon genre", explique le témoin. Il l'accueille néanmoins chez lui. Les deux hommes partagent le même lit sans avoir de relations sexuelles, assure Frank Rubert. Les quatre jours passés ensemble se résument à des sorties dans des bars où les colocataires éphémères dilapident les 5 000 euros de liquide apportés par Magnotta. Jusqu'au 4 juin, où Frank Rubert lit un journal et apprend que l'homme qu'il héberge est activement recherché. Il appelle la police et Luka Magnotta est arrêté.

Le profil de Magnotta

Une enfance chaotique. Le père de l'accusé est apparu fragilisé devant les jurés. Il a aussi expliqué souffrir de schizophrénie. Puis il a raconté l'enfance difficile de son fils, originaire de l'Ontario. Quand Eric, vrai prénom de Luka Magnotta, est né, ses parents avaient tout juste 16 et 17 ans, indique Ici Radio Canada. Luka Magnotta n'a pas été scolarisé avant l'âge de 11-12 ans. Il a grandi avec son frère et sa sœur dans un contexte de "misère et d'alcool". Il aurait été battu par sa grand-mère.

Dès la fin de l'adolescence, Magnotta entend des voix, détaille La Presse. Il est hospitalisé à plusieurs reprises pour des troubles psychiatriques. Il est diagnostiqué schizophrène et déclaré inapte au travail. A l'âge de 20 ans, il entre dans l'industrie du sexe. Il tourne dans des films pornographiques homosexuels et se prostitue.

Les experts divisés sur sa responsabilité. Pour Luc Leclair, avocat de la défense, "il n'y a aucun doute", son client est schizophrène. La psychose se serait emparée de lui lors de la nuit du meurtre, ce "qui l'a empêché de distinguer le bien du mal", relaie Ici Radio Canada. "La folie, c'est la folie", a encore plaidé l'avocat de Luka Magnotta. La défense s'appuie sur différents rapports d'experts qui attestent depuis 2001 de la schizophrénie de Luka Magnotta. Du fait de ses troubles, il ne peut être tenu responsable de ses actes, selon son défenseur.

Des arguments balayés par d'autres experts. Selon le psychiatre Gilles Chamberland, que Magnotta a refusé de rencontrer, l'accusé n'est pas schizophrène mais histrionique, explique Le Journal de Montréal. En clair, il recherche en permanence l'attention des autres. "Pour ce genre de personnes, une renommée négative est préférable à l’absence d’attention", a-t-il déclaré à la cour.

Le psychiatre, expert auprès du tribunal, a aussi rappelé les vidéos de chatons torturés réalisées et mises en ligne par Magnotta. Pour lui, il y a une continuité entre ces actes et le meurtre de Lin Jun. Preuve à l'appui, il cite un courriel envoyé par l'accusé à un journaliste du tabloïd anglais The Sun avant le meurtre, repris par Ici Radio Canada : "Vous entendrez encore parler de moi. Cette fois, cependant, les victimes ne seront pas de petits animaux."