Attentat du musée juif de Bruxelles : Mehdi Nemmouche n'est "pas le tueur", affirment ses avocats

Selon la défense, cette tuerie ne serait pas un attentat du groupe jihadiste Etat islamique mais "une exécution ciblée d'agents du Mossad". Une version balayée par les parties civiles.

Le jihadiste français Mehdi Nemmouche, lors de son procès à Bruxelles, le 10 janvier 2019.
Le jihadiste français Mehdi Nemmouche, lors de son procès à Bruxelles, le 10 janvier 2019. (BENOIT PEYRUCQ / AFP)

Mehdi Nemmouche, accusé de quatre assassinats le 24 mai 2014 au musée juif de Bruxelles, "n'est pas le tueur", ont affirmé ses avocats, mardi 15 janvier, lors du procès du jihadiste français qui se tient à Bruxelles. Ils ont notamment brandi des prélèvements ADN réalisés sur les lieux de la tuerie.

C'est la première fois depuis le début du procès, le 10 janvier, que la défense de l'accusé principal – jugé avec un complice présumé – fait valoir ses arguments devant les jurés. L'un des avocats de Mehdi Nemmouche, Me Henri Laquay, a d'ores et déjà demandé son acquittement. Me Virginie Taelman, de son côté, a affirmé que cette tuerie n'était pas un attentat du groupe jihadiste Etat islamique (EI) mais "une exécution ciblée d'agents du Mossad", les services secrets israéliens. Une formule ambiguë et non étayée laissant entendre qu'il s'agirait d'un complot.

"Mehdi Nemmouche n'est pas la personne qui a appuyé sur la détente lors de l'exécution", il "n'est pas le tueur" et "il a été piégé", a encore affirmé Me Laquay en entamant la lecture de l'acte de défense, qui réplique aux thèses de l'accusation.

Un accusé muet depuis quatre ans

L'avocat en veut pour preuve le fait que l'ADN de Mehdi Nemmouche n'a pas été retrouvé sur la poignée de la porte d'entrée du musée, pourtant "fortement et violemment" saisie par le tueur, d'après des images de vidéosurveillance. Selon Me Laquay, il y a eu, dès le 27 mai 2014, trois jours après la tuerie, "12 prélèvements ADN" sur cette poignée et aucun ne s'est révélé positif. "Ce n'est pas lui qui a manipulé la porte pendant la tuerie, (...) il n'est donc pas le tueur", a-t-il insisté.

Pendant les quatre années d'enquête, Nemmouche, un délinquant multirécidiviste radicalisé en prison, a refusé de s'exprimer sur les faits. Il a promis de livrer des explications devant les assises. Autre élément de nature à disculper l'accusé, selon sa défense : il n'a opposé "aucune résistance" lors de son arrestation à sa descente d'un bus à Marseille, six jours après la tuerie.

Dans ce procès qui pourrait durer jusqu'au 1er mars, Mehdi Nemmouche, 33 ans, et un complice présumé, Nacer Bendrer, 30 ans, tous deux français, doivent répondre d'"assassinats terroristes". Ils encourent une peine de prison à vie. Mehdi Nemmouche est accusé d'avoir tué de sang-froid, en moins d'une minute et demie, un couple de touristes israéliens (dont une fonctionnaire du gouvernement israélien), une bénévole française et un jeune employé belge du musée. Nacer Bendrer est, lui, soupçonné de lui avoir fourni des armes, ce qu'il réfute.

"Enormément d'éléments matériels"

Six jours après la tuerie, Mehdi Nemmouche avait été arrêté à Marseille en possession des armes utilisées, un revolver et un fusil d'assaut Kalachnikov. L'enquête a aussi démontré que la veste en nylon bleue retrouvée dans ses affaires personnelles et présentant des "résidus de tir" était du même type que celle décrite par les témoins au moment de l'attaque. Autant d'éléments jugés "accablants" par les parties civiles, familles des victimes et institutions juives.

"Il y a énormément d'éléments matériels qui font chorus pour démontrer la culpabilité" de l'accusé, avait estimé l'avocat du musée, Me Adrien Masset, vendredi, au terme de deux jours de lecture de l'acte d'accusation. Mardi, il a balayé l'hypothèse d'un lien avec les services secrets israéliens. "Ça ne tient absolument pas la route", a-t-il lancé.

Sept vidéos de revendication de la tuerie ont été retrouvées dans un ordinateur portable que transportait Mehdi Nemmouche. Les voix off qu'on y entend (sans image du visage) correspondent à celle de l'accusé, selon plusieurs expertises.