Ultradroite en France : "Des structures qui ont le culte de la violence et qui recherchent l'affrontement", dénonce Laurent Nuñez

Selon le coordonnateur national du renseignement, "on voit ce type de mouvements se développer en France, comme aux États-Unis".

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Laurent Nuñez, à l'Assemblée nationale, le 12 novembre 2019. (BERTRAND GUAY / AFP)

Les États-Unis surveillent de près certains groupes politiques, comme les suprémacistes par exemple. La sécurité est un enjeu important, quelques jours après les violences au Capitole à Washnigton et avant l'investiture de Joe Biden.

Et en France, qu'en est-il de l'utradroite ? Cette menace de l'intérieur inquiète aussi les autorités. "On voit apparaître au sein de la mouvance d'ultradroite des groupes qui se détachent des structures traditionnelles, pour créer des cellules qui fonctionnent en mode plus clandestin", explique à franceinfo Laurent Nuñez, coordonnateur national du renseignement et ancien patron de la DGSI.

franceinfo : Qu'est-ce que l'ultradroite en France ?

Laurent Nuñez : L'ultra-droite, c'est une nébuleuse de plusieurs mouvements composés d'identitaires, de nationalistes, d'ultra-nationalistes, de néonazis, une partie aussi de la branche royaliste et de plus en plus des suprématistes blancs, qu'on voit émerger dans le paysage français à l'instar de ce qui se passe dans d'autres pays.

C'est une nébuleuse, mais avec quand même une convergence idéologique sur certaines thématiques : le rejet de l'immigration, du multiculturalisme, une certaine apologie de l'expression violente. C'est pour ça qu'on parle d'ultradroite, ce sont tous les mouvements politiques qui ne s'inscrivent pas forcement dans un processus démocratique et qui s'expriment beaucoup par la violence. Ce culte de la violence est un peu le substrat commun de bon nombre de groupes. Ils sont évidemment suivis par les services de renseignement et, quand il y a des infractions qui sont commises, par les services de police judiciaire.

Une comparaison possible est-elle possible avec les suprématistes américains ?

On n'est pas au même niveau de développement, mais comme aux États-Unis, on voit ce type de mouvements se développer en France. Il faut être extrêmement vigilant, quand on voit les actions à caractère terroriste qui ont été commises aux États-Unis au nom de cette mouvance spécifique de l'ultradroite, qui est cette mouvance suprématiste, qui n'hésite pas à appeler à des techniques de clandestinité, à la pratique du survivalisme, nous y sommes très attentifs.

Quel est l'état de la menace en France ?

Ce sont des structures qui n'hésitent pas à se réunir pour s'entraîner dans des camps d'été par exemple, et qui ont le culte de la violence, qui recherchent l'affrontement, notamment avec la mouvance antifasciste, donc forcément ils sont susceptibles de troubler l'ordre public et donc les services de renseignement les suivent. On a des exemples à l'étranger qui sont assez révélateurs, avec ce qui s'est passé en Norvège avec Anders Breivik en 2011, ou plus récemment à Christchurch en Nouvelle-Zélande ou à El Paso aux États-Unis.

On a des individus, appartenant à la mouvance d'ultradroite, qui ont commis des crimes de sang très graves, avec un grand nombre de victimes, qui ont été qualifiées d'attaques terroristes. C'est ça qui retient l'attention des services. Le risque est d'autant plus important qu'on voit apparaître maintenant au sein de la mouvance d'ultradroite des groupes qui se détachent des structures traditionnelles, pour créer des cellules qui fonctionnent en mode plus clandestin, qui s'organisent pour communiquer de manière sécurisée, qui se réunissent en secret.

Ils se préparent à ce qu'ils appellent "le grand soir", ou le moment où la France sera victime d'attentats massifs des islamistes, ou qu'il y aura un grand basculement, voire un "grand remplacement", comme certains le nomment, en faisant référence à un théologien d'extrême droite. Force est de constater que nous avons, depuis 2017, démantelé cinq groupes qui fonctionnaient de cette façon-là, de manière clandestine, en s'armant, en s'entraînant et en ayant des velléités claires de s'en prendre physiquement à des personnes ou à des cibles institutionnelles, dans des actions de type terroriste. Ce sont des actions qui ont été déjouées grâce à l'action des services.

Cette menace pèse-t-elle après chaque nouvel attentat islamiste ?

Oui, après chaque attentat islamiste, la mouvance d'ultradroite appelle à des actions de représailles. Ce sont des moments où les services sont extrêmement attentifs dans le suivi de ces groupuscules. Ce qui est inquiétant, c'est le potentiel de radicalité qu'ils comportent et cette volonté de s'organiser de manière clandestine, là où des groupes plus traditionnels sont dans des actions revendicatives, avec par exemple des opérations coup de poing, ou dans des actions violentes de voie publique. Là, on a des structures qui vont s'organiser de manière plus clandestines et retiennent toute notre attention.

Comment, dès lors, empêcher les passages à l'acte ?

La dissolution est une arme de police administrative extrêmement efficace qui a été appliquée ces dernières années, en 2013 pour les jeunesses nationalistes révolutionnaire, l'Œuvre française, plus récemment en 2019 avec le Bastion social. Pour les groupuscules plus clandestins, et qui essayent de s'organiser pour échapper à la vigilance des services de renseignement, généralement la réponse se place plutôt sur un terrain judiciaire. La priorité est d'identifier ces groupes et de les démanteler, comme cela a été fait à cinq reprises, depuis 2017. Cinq groupes d'ultradroite qui fonctionnaient en clandestinité avec la volonté de passer à des actions violentes, qualifiées d'actions terroristes par le parquet national anti-terroriste.

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