Saint-Etienne-du-Rouvray : Adel Kermiche, "un profil hyper inquiétant", selon l'ancien juge Marc Trévidic

L'ancien juge antiterroriste indique, mercredi, dans un entretien à "L'Express", qu'il avait mis en examen l'un des deux assaillants de l'église après sa tentative de rejoindre la Syrie, en 2015.

L\'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 5 décembre 2015.
L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic, à Cannes (Alpes-Maritimes), le 5 décembre 2015. (MAXPPP)

"Adel Kermiche, c'est moi qui l'ai mis en examen." L'ancien juge Marc Trévidic a accordé un entretien à L'Express, mercredi 27 juillet. Il explique avoir rencontré, en 2015, le terroriste qui a participé à l'attaque d'une église de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), et raconte à l'hebdomadaire ses souvenirs et ses impressions.

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"Il était très suffisant. Il disait : 'Libérez-moi, donnez-moi une dernière chance.' J'ai rapidement compris qu'il n'y avait pas de discussion possible", indique-t-il. "Son cas est typique de l'individu qui veut partir à tout prix, mais que la justice arrive à retenir. Alors, il se venge en faisant le djihad en France", commente Marc Trévidic. Et de conclure : "Kermiche possède un profil hyper inquiétant."

L'ancien juge antiterroriste répond à ceux qui considèrent qu'il faut laisser partir ceux qui souhaitent aller en Syrie ou en Irak. "Dans l'ensemble, les jeunes sont plus dangereux quand ils parviennent à rejoindre l'Etat islamique car ils sont formés sur zone. (...) Il faut à tout prix éviter que les candidats au djihad parviennent à partir. Car ils représentent une réelle menace à leur retour", analyse-t-il.

La détention préventive en question

Sur la question du choix entre détention provisoire et bracelet électronique pour les personnes radicalisées, Marc Trévidic admet que la justice est en retard : "Il faut trouver un outil judiciaire et non administratif. Nous sommes face à des profils atypiques, pour qui le contrôle judiciaire classique ne peut pas marcher."

Adel Kermiche a commis l'attaque mardi vers 9h25. En semaine, malgré son bracelet électronique, il avait le droit de sortir entre 8h30 et 12h30. Des horaires de sorties autorisées qui font débat. Mais Marc Trévidic évoque une fausse polémique : "Même s'il était passé à l'acte à un autre moment, le temps que la violation de son contrôle judiciaire soit prise en compte et qu'il soit arrêté, il aurait été trop tard."

Il estime que la détention préventive n'est pas non plus une bonne solution. Il rappelle le cas de Larossi Abballa [le terroriste de Magnanville qui a tué un couple de policiers en juin]. Il souligne qu'il avait été "gardé en détention pendant toute l'instruction" mais qu'il est "ressorti et a commis son acte". Pour lui, "tout l'enjeu est de trouver un moyen pour que ces individus ne restent pas dangereux à la sortie".