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Hommage au prêtre Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray : "Avec l'épreuve que nous traversons, cette étape est cruciale"

Environ 3 500 personnes se sont rendues, jeudi, à l'hommage organisé en mémoire du prêtre assassiné le 26 juillet. 

Article rédigé par
Envoyée spéciale à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), Juliette Duclos - franceinfo
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Temps de lecture : 3 min.
Des personnes assistent le 28 juillet 2016 à l'hommage du prêtre Jacques Hamel, assassiné deux jours plus tôt dans l'attentat perpetré à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Le prêtre Auguste Moanda Phuati marche dans la foule, et se dirige vers la scène. En fond sonore, de la musique classique sort des enceintes. De nombreuses personnes arrivent spontanément, en ce jeudi 28 juillet, pour serrer la main du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime). Le père Jacques Hamel, assassiné deux jours plus tôt par deux jihadistes alors qu'il donnait une messe, l'assistait depuis plusieurs années. Aujourd'hui, quelque 3 500 personnes sont réunies au parc Youri-Gagarine pour lui rendre un dernier hommage.

"Est-ce que vos paroissiens ressentent de la colère contre les musulmans ?", lance un journaliste au prêtre Auguste Moanda Phuati. Il répond presque machinalement, le regard fatigué : "Non, pas du tout, au contraire, ça va renforcer nos relations."

Dans la foule, une dame préfère nous éconduire. "Vous savez, cela fait deux jours que l'on répond à vos questions. Maintenant, laissez-nous". Pour le prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, comme pour nombre d'habitants, après le choc et le tourbillon médiatique, il est désormais temps de se recueillir.

"On a tous grandi ensemble"

Julien, 28 ans, est adossé à un arbre, en attendant que la cérémonie commence. Originaire de Saint-Etienne-du-Rouvray, il est venu seul de Petit-Quevilly, une ville voisine. Il n'imaginait pas rater cet hommage. "Ici, il y a toutes les religions, et tout le monde a toujours cohabité en paix", souffle-t-il, espérant que l'attentat du 26 juillet ne va pas remettre en cause ce vivre-ensemble.

Il est 18 heures passées, et la cérémonie d'hommage ne va pas tarder à commencer. Sœur Danielle, qui s'était enfuie de l'église et avait donné l'alerte, est là, au côté de sœur Huguette et sœur Hélène. Toutes trois ont été prises en otages mardi matin.

Houria commence à se rapprocher de la scène, installée pour l'occasion. De confession musulmane, elle est venue avec ses enfants. Elle parle de Nice, et des réactions violentes de certains habitants à l'égard des musulmans après l'attentat du 14-Juillet. Pour le moment, Houria n'a rien connu de tel à Saint-Etienne-du-Rouvray : "Nous, ici, cela n'a rien à voir. On a tous grandi ensemble. Ici, on n'a pas à se justifier".  

"Débarrassons-nous de la haine"

Sur la scène installée dans le parc, où est exposé un portrait du prêtre assassiné, Hubert Wulfranc, le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray, prend la parole. Devant la foule, il parle avec beaucoup d'émotion des jours à venir, et rappelle le nécessaire "devoir de fraternité". "Avec l'épreuve que nous traversons, cette étape est cruciale", lance-t-il.

Seuls des paroles et des actes de paix, au quotidien, dans nos rues, sur nos places, aideront à la fraternité et à la cohésion des familles.

Hubert Wulfranc

maire de Saint-Etienne-du-Rouvray

"Nous sommes au travail, Jacques Hamel, aussi longtemps qu'il le faudra, pour être les derniers à pleurer", ajoute l'élu, longuement applaudi à la fin de son discours.

L'évêque de Rouen, monseigneur Lebrun, lui succède à la tribune. "Nous pouvons avoir des idées différentes, des cultures différentes, mais cela ne doit pas déclencher une guerre, ni dans une mosquée, ni dans une église, ni dans une synagogue, ni dans les rues, ni dans les places, ni au Moyen-Orient..." Face à des habitants endeuillés, il tente d'apporter une réponse apaisante. "Débarrassons-nous de la haine, et soyons vraiment égaux", avance-t-il. 

Après une minute de silence, la foule entonne La Marseillaise, avant de quitter peu à peu le parc Youri-Gagarine. Farah, elle, est encore assise dans un coin. La jeune fille a 19 ans, et pour elle, "c'était un bel hommage (...) sur la paix et l'union". L'avenir, elle ne le cache pas, lui fait un peu peur. Mais ce soir, "tout le monde écoutait, tout le monde était silencieux". Et l'adolescente a entrevu un peu d'espoir. 

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