Déchéance de nationalité : à gauche, certains fustigent une mesure "d'extrême droite"

De nombreuses voix s'élèvent au sein de la majorité pour condamner la décision de François Hollande de maintenir cette réforme dans son projet de révision constitutionnelle. 

La maire (PS) de Lille Martine Aubry et l\'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot à Lille, en décembre 2013. 
La maire (PS) de Lille Martine Aubry et l'ancienne ministre du Logement Cécile Duflot à Lille, en décembre 2013.  (MAXPPP)

Malaise à gauche. Le choix de François Hollande de conserver dans son projet de révision constitutionnelle l'extension de la déchéance de nationalité aux binationaux nés en France et condamnés définitivement pour terrorisme, crée l'émoi au sein de la majorité. 

Cécile Duflot appelle à voter contre cette "mesure d'extrême droite"

La coprésidente d'Europe Ecologie-Les Verts a comparé cette mesure à la déchéance de nationalité des résistants et de leurs familles, sous le régime de Vichy. "Je rappelle que le pouvoir de Vichy appelait ces hommes, ces femmes et ces enfants des terroristes, a-t-elle déclaré sur France Inter, jeudi 24 décembre. Vous voyez bien tout le problème de ce mot !" Pour Cécile Duflot, "c'est une mesure d'extrême droite".  

"Voter contre s'impose. J'appelle toutes les consciences républicaines à se réveiller et à refuser cette pente glissante. Il faut savoir poser des bornes infranchissables", lance-t-elle également dans Libération.

La comparaison avec l'extrême droite est faite au-delà des frontières françaises. Le journal italien de gauche Il Manifesto publie à la une une photo du président français rebaptisé "François Le Pen".  

Jean-Marie Darmian "se met en congé" du PS

Dans un post de blog intitulé "Enfin pouvoir me regarder dans la glace en me rasant", Jean-Marie Darmian, vice-président du département de la Gironde et maire (PS) de Créon, annonce se mettre "en congé" du Parti socialiste. "Je ne supporte plus les gouttes successives accumulées ces derniers temps dans un vase qui vient de déborder", écrit cet élu, qui "cotise" au PS depuis quarante ans.

"Petit-fils et fils d'immigrés, je ne supporte pas que l'on mette en cause un tant soit peu le droit du sol sans lequel ma famille n'aurait jamais pu construire ce que je suis devenu, sans lequel je ne serais jamais devenu socialiste", poursuit Jean-Marie Darmian. Si l'extension de la déchéance de nationalité est adoptée, le congé pourrait bien devenir permanent. "Ce serait la fin du chemin pour moi et j’en tirerais les conséquences", conclut-il.

Martine Aubry dénonce l'inefficacité de la mesure 

La maire (PS) de Lille (Nord) dénonce de son côté "une mesure totalement inefficace, car les terroristes n'en ont rien à faire". "L'exécutif dit lui-même que c'est une mesure symbolique. On ne remet pas en cause le droit du sol pour un symbole, par une mesure portée depuis longtemps par le Front national", ajoute l'ex-patronne du PS.

Sur Twitter, l'ancien ministre socialiste Arnaud Montebourg s'étonne aussi de la stratégie du président de la République, qui persiste dans une voie "contraire aux fondements de la République" et qui "n'a aucune efficacité contre le terrorisme".

Même avis du côté d'Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, selon lequel la déchéance de la nationalité n'est "d'aucune efficacité contre le terrorisme". Cette mesure est "apparue au cours des dernières semaines comme une nouvelle légitimation de l'extrême droite puisqu'elle est directement tirée du programme du FN", affirme-t-il dans un communiqué.