Trois questions sur le Grenelle de l'éducation qui s'ouvre aujourd'hui

Cette concertation, qui s'ouvre dans le contexte tragique de l'assassinat de Samuel Paty, doit notamment déboucher sur une augmentation des salaires des enseignants. 

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Jean-Michel Blanquer, le 20 octobre 2020, lors d'une séance de questions à l'Assemblée nationale, à Paris. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Un sursaut nécessaire. Le Grenelle de l'éducation a été annoncé en août dernier par le gouvernement, mais il "s'ouvre dans des circonstances tragiques et parait d'autant plus nécessaire aujourd'hui", peut-on lire sur le site du ministère de l'Education nationale. Au lendemain de l'hommage national à Samuel Paty, Jean-Michel Blanquer annonce vouloir placer davantage les professeurs "au centre de la société".

Le sort tragique de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie de 47 ans, a remis en lumière le difficile métier d'enseignant. Le professeur a été décapité par un assaillant islamiste le 16 octobre près de son collège à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), dix jours après avoir montré à ses élèves de 4e des caricatures de Mahomet lors de son cours sur la liberté d'expression. Franceinfo répond à trois questions sur ce Grenelle de l'éducation.

Comment va-t-il se dérouler ?

Un Grenelle – expression provenant des accords de Grenelle, signés au ministère du Travail en 1968 – est une grande négociation multipartite sur un sujet donné. Celui sur l'éducation doit durer jusqu'en février 2021.

La méthode est simple. Le Grenelle compte s'appuyer "sur la contribution de toutes les parties prenantes : personnels, parents d'élèves, syndicats et société civile", selon le ministère. "Nous devons donc développer, au cours de ces trois prochains mois, un ensemble de mesures qui feront l'objet d'une loi de programmation ultérieurement", a expliqué Jean-Michel Blanquer.

Quelles sont les décisions attendues ?

Le Grenelle de l'éducation "repose sur des mots-clés, celui de la reconnaissance financière, la coopération, c'est-à-dire le travail en équipe, la modernisation et la protection", a détaillé le ministre de l'Education nationale. Une augmentation des salaires des enseignants ou encore des mesures de protection supplémentaires doivent ainsi être actées au bout de ce processus. L'objectif est "une évolution profonde du système éducatif et des métiers des personnels de l'Education nationale", selon le ministère.

Le budget 2021 du ministère a été augmenté de 400 millions d'euros (500 millions en année pleine), afin d'augmenter les salaires des enseignants français, inférieur de 7% en début de carrière à la moyenne des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La hausse de budget doit financer différentes primes, notamment une prime d'attractivité (260 millions d'euros en année pleine) ciblant les agents en début et milieu de carrière, ainsi qu'une prime d'équipement informatique (178 millions d'euros) de 150 euros nets annuels pour chaque professeur. Les hausses de salaires ne seront pas conditionnées à une augmentation du temps de travail ou d'autres contreparties, comme le redoutaient le syndicat.

Au-delà de cette augmentation, "qui touchera notamment les plus jeunes, mais qui pourrait toucher aussi l'ensemble des professeurs, c'est la transformation de notre système, notamment pour des ressources humaines de proximité, autrement dit un système de l'Education nationale beaucoup moins anonyme, beaucoup plus attaché à ce qui arrive à chaque professeur et à le suivre dans sa carrière, qui manifestera la reconnaissance du pays à tous les professeurs et au-delà de l'ensemble des mesures que nous prendrons", a ajouté Jean-Michel Blanquer.

Comment a-t-il été modifié après l'assassinat de Samuel Paty ? 

Le Grenelle a été revu depuis l'assassinat de Samuel Paty pour mettre davantage en avant "le professeur au centre de la société". "Aujourd'hui, il y a un sujet de protection des professeurs, mais aussi de reconnaissance des professeurs. Cette question existait avant et nous devons lui apporter une réponse", a annoncé mercredi Jean-Michel Blanquer. "Le sursaut national doit nous conduire à considérer que le professeur est central dans notre société et que chacun d'entre nous, dans notre vie de parent d'élève, de citoyen, doit respecter les professeurs et avoir des discours qui mettent le professeur au centre de notre société."

"Là, il faut vraiment que la société civile se ressaisisse, on a besoin d'un front uni sans démagogie, et il va devoir passer par nous, par l'Education nationale, par une meilleure considération, parce que nous sommes au front avec les jeunes", souligne à l'AFP Catherine Prévost-Meyniac, enseignante d'économie-gestion venue d'Angers pour assister à l'hommage rendu à Samuel Paty.

Interrogés par franceinfo, plusieurs professeurs s'inquiètent de l'attitude des parents d'élèves, qui sont de plus en plus interventionnistes vis-à-vis des contenus étudiés en classe. "De plus en plus de parents considèrent que c'est normal de venir dans l'établissement pour demander des comptes", confie ainsi un professeur. Christine Guimonnet, de l'Association des professeurs d'histoire-géographie, en appelle à "une réponse forte" : "Ce n'est pas aux parents de décider ce que leur enfant va apprendre."

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