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Plateforme Pharos : "Si on avait tenu compte des signalements de l'assaillant, le professeur serait peut-être encore vivant", regrette l'avocat Jean-Pierre Mignard

La plateforme en ligne Pharos, qui permet de signaler les contenus haineux et dangereux sur Internet, avait reçu en juillet un signalement du compte Twitter de l'assaillant. Le compte n'avait pas été suspendu.

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Radio France
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Jean-Pierre Mignard à la cité judiciaire de Rennes en 2015.  (PHILIPPE RENAULT / PHOTOPQR / OUEST FRANCE / MAXPPP)

"Si on avait tenu compte des signalements de l'assaillant, le professeur serait peut-être encore vivant", a regretté lundi 19 octobre sur franceinfo l'avocat et essayiste Jean-Pierre Mignard, trois jours après la décapitation d'un professeur d'histoire à Conflans-Sainte-Honorine par un islamiste qui a posté sa revendication sur Twitter avant d'être abattu par la police.

La plateforme Pharos avait reçu en juillet un signalement du compte Twitter de l'assaillant. Le compte n'avait pas été suspendu, car il n'y avait pas d'alerte majeure sur un passage à l'acte, selon les informations de franceinfo.

Ces signalements existent, pourquoi n'a-t-on pas agi alors ?

Jean-Pierre Mignard

à franceinfo

"Il y a déjà un premier signalement opéré par un internaute, à partir du 30 juillet, puis de nouveau le 30 août, avec un photomontage de décapitation" posté par le jeune islamiste, explique Jean-Pierre Mignard qui interroge : "J'entends bien ce qui est dit, que ça ne signifiait pas un passage à l'acte, mais enfin quand même, il s'agit d'un état d'esprit, d'un intérêt morbide, de litanies où on vante la marche à la mort et le martyr". Tout cela, selon Jean-Pierre Mignard, montre "qu'on a affaire à une personnalité dont on doit immédiatement s'inquiéter, qu'attend-on ? Si on avait tenu compte de ces signalements, le professeur serait peut-être encore vivant", suppose l'avocat.

À la question de savoir s'il était possible de poursuivre le jeune homme d'origine tchétchène au regard de ses messages postés l'été dernier sur les réseaux sociaux, l'avocat répond que "bien évidemment, à partir du moment où non seulement ils sont envoyés, et ensuite repris, il s'agit d'un ensemble d'actes, d'incitation à la violence, d'apologie, de haine, et sur ce point, les personnes doivent au moins être entendues par la police". "Les réseaux sociaux, si on sait les lire, les comprendre, les exploiter, donnent une mine d'informations considérable, que sinon nous n'aurions pas", assure Jean-Pierre Mignard.

Une réponse gouvernementale inappropriée

L'avocat se montre très critique vis-à-vis des annonces faites par le gouvernement depuis samedi : 231 personnes fichées S pour radicalisation vont être expulsées, et des opérations de police sont menées depuis lundi matin, même si elles ne ciblent pas des individus forcément en lien avec l'enquête sur l'assassinat de Samuel Paty mais "visent à faire passer un message", a indiqué le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. A cela, l'avocat Jean-Pierre Mignard répond que cela lui "rappelle Tintin en Amérique : quand on poursuit les auteurs d'un hold-up, Tintin rencontre le shérif et le shérif lui dit 'alors on a pendu 127 Noirs mais on continue de poursuivre les coupables'".

L'avocat poursuit et indique qu'à son avis, ces annonces gouvernementales sont "de la poudre aux yeux : ce qui est très important, c'est le renforcement des moyens de la plateforme" Pharos, estime Jean-Pierre Mignard. Pour lui, il faut qu'on fasse déjà "en sorte que les dispositions soient définitivement prises au sérieux et que les obligations de surveillance soient complètement remplies."

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