Les tensions entre Paris et Ankara agitent la communauté turque de Goussainville

La ville de Goussainville, en région parisienne, compte une importante communauté turque, visiblement mal à l'aise avec la passe d'armes entre les présidents Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan. 

Article rédigé par
Alice Kachaner - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Les présidents Emmanuel Macron et Reccep Tayyip Erdogan lors d'un sommet à Istanbul le 27 octobre 2018. (OZAN KOSE / AFP)

Dans un café du centre-ville de Goussainville, dans le Val-d'Oise, Rajeb est accoudé au comptoir. Ce jeune franco-turc jette un regard distrait sur la télévision, où on raconte la montée des tensions entre Paris et Ankara. "Que ce soit de la provocation ou pas, ce sont deux personnes au pouvoir, deux personnes qui se réunissent et qui règlent ça entre eux. Nous, on a rien à voir là-dedans, estime-t-il. Les propos d'Erdogan, ça ne regarde que lui. Il a les siens, moi, j'ai les miens."

"Notre prophète, c'est sacré pour nous"

Les propos du président turc, en l'occurrence, questionnaient la santé mentale d'Emmanuel Macron, qui défend la liberté d'expression et y compris celle de caricaturer le prophète Mahomet. Ercan soutient la position de Recep Tayyip Erdogan : "Il faut bien que quelqu'un lui réponde !, s'exclame-t-il. Monsieur Recep Tayyip Erdogan le fait très bien, peut-être que ce n'est pas la forme adéquate, mais Emmanuel Macron est parti un peu fort, je pense. Notre prophète, c'est sacré pour nous. L'assassinat de l'enseignant [Samuel Paty, décapité dans les Yvelines, ndlr], nous, on est contre tout ça. C'est vrai qu'on est dans un pays laïque."

On est dans le pays des droits de l'homme. On a droit de faire ce qu'on veut, ok. Mais il faut respecter, quand même

Ercan, habitant de Goussainville

"C'est quoi, la vraie histoire ?"

Un peu plus loin dans cette pizzeria halal, la tension entre la Turquie et la France est au cœur des discussions. "Ça ne se traite pas, enfin, commence un homme. C'est quand même notre président Emmanuel Macron, je vous rappelle. Il nous représente." Puis en s'adressant aux autres personnes présentes : "Après, c'est quoi ? C'est Emmanuel Macron qui a fait la caricature ? Non, non, c'est pas lui, répond un autre homme. C'est quoi, la vraie histoire ?"

"Emmanuel Macron ne défend pas les caricatures"

Pour Ozcan Kakan, membre de l'Association culturelle sportive turque de Goussainville, il n'y a pas de débat à avoir : "Emmanuel Macron, il ne défend pas les caricatures. Il défend le droit d'expression, les valeurs qui nous sont chères, pose-t-il. C'est ça qu'il faut voir. Il ne faut pas voir la chose comme une attaque personnelle au prophète ou une attaque personnelle aux musulmans, mais justement une protection du droit d'expression qu'on a en France." 
Quoi qu'il en soit, ces membres de la communauté franco turque espèrent un retour au calme rapide entre Ankara et Paris.

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