Laïcité : la parole se libère chez les enseignants

L'attentat contre Samuel Paty a révélé la difficulté de faire respecter la laïcité en classe. La parole se libère chez les enseignants. 

France 3

Une professeure d'histoire-géographie, rencontrée par France 3 mardi 20 octobre, préfère garder l'anonymat. En 18 ans de carrière, elle raconte avoir été régulièrement confrontée, en classe, à un climat d'hostilité dès qu'elle abordait certains sujets. "Il m'est arrivé de montrer des photos du génocide arménien, et [...] des élèves [ont contesté] en disant que les photos étaient truquées. Ou encore que normalement, il ne devait plus y avoir de juifs aujourd'hui parce qu'ils avaient tous été éliminés", raconte-t-elle.

"On y va la peur au ventre"

Elle s'est servie des caricatures de Mahomet, un temps, avant d'arrêter. "Dans mes dernières années, je ne me sentais plus capable, après l'avoir fait, de montrer les caricatures parce que je n'avais pas le courage de savoir que j'allais être enquiquinée par les élèves toute l'année, que ma hiérarchie ne me soutiendrait à aucun moment", confie l'enseignante, émue. Pour elle, la pression de certains élèves est quotidienne : "On y va un peu la peur au ventre". Entre la rentrée 2019 et le confinement, 935 signalements d'atteinte à la laïcité ont été enregistrés, un peu moins que l'année précédente mais au-delà des chiffres, la réalité est difficilement tenable pour les enseignants qui la vivent. Ils attendent aujourd'hui d'être vraiment soutenus dans leur travail. 

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Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans toute la France après l'assassinat de Samuel Paty, pour montrer leur attachement à la liberté d'expression. Ici à Narbonne (Aude), le 19 octobre 2020. (IDRISS BIGOU-GILLES / HANS LUCAS / AFP)