Assassinat de Samuel Paty : ce qu'il faut retenir de la conférence de presse du procureur antiterroriste

Deux collégiens de 14 et 15 ans ont aidé Abdoullakh Anzorov à identifier le professeur, que le terroriste a dit vouloir "humilier" et "frapper".

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France Télévisions
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Le procureur national antiterrorsite, Jean-François Ricard, le 21 octobre 2020 à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Ce sont des élèves du collège du Bois d'Aulne de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) qui ont permis à l'assaillant d'identifier Samuel Paty avant de le décapiter. Le procureur national antiterroriste, Jean-François Ricard, a donné quelques précisions, mercredi 21 octobre, lors d'une conférence de presse, sur les faits reprochés à ces deux mineurs. Au total, sept personnes sont déférées devant la justice dans le cadre de l'information judiciaire ouverte pour "complicité d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste", "complicité de tentative d'assassinat sur personne dépositaire de l'autorité publique" et "association de malfaiteurs terroriste".

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Deux collégiens ont aidé à identifier l'enseignant

Parmi les sept personnes déférées à la justice, deux sont des élèves du collège du Bois d'Aulne âgés de 14 et 15 ans, "dont l'implication dans l'identification de la victime est apparue comme probante", selon Jean-François Ricard. Il leur est reproché de s'être "maintenus en présence directe et prolongée avec Abdoullakh Anzorov", qui leur avait indiqué vouloir entrer en relation avec Samuel Paty, et d'avoir permis son identification en le désignant en échange d'une rémunération.

L'enquête a déterminé que lors de son arrivée aux abords de l'établissement, le 16 octobre, vers 14 heures, Abdoullakh Anzorov avait connaissance du patronyme de sa future victime, mais ne disposait pas de moyens lui permettant de l'identifier. Pour parvenir à ses fins, il a alors abordé un élève en lui offrant 300 ou 350 euros et lui a remis une partie de la somme immédiatement. Le collégien est resté sur place, avec lui, jusqu'à l'arrivée, vers 16 heures, d'autres collégiens à qui il a proposé de partager la somme d'argent.

Le collégien ayant reçu l'argent, accompagné d'un de ses camarades, a donné une description physique de Samuel Paty à Abdoullakh Anzorov. Peu avant 17 heures, plusieurs adolescents en lien avec les premiers ont désigné à l'assaillant Samuel Paty alors qu'il sortait du collège. Abdoullakh Anzorov a alors remis au premier collégien le reliquat de la somme promise, avant de se lancer à la poursuite de sa victime.

Que connaissaient ces collégiens des intentions criminelles du terroriste ? Ce dernier leur aurait confié vouloir "filer le professeur, l'obliger à demander pardon pour la caricature du prophète, l'humilier, le frapper", selon le procureur antiterroriste.

Des "contacts" entre le terroriste et Brahim C.

Le procureur national antiterroriste a estimé qu'un "lien de causalité direct" était établi entre la campagne menée contre l'enseignant sur internet par un parent d'élève et un militant islamiste et l'assassinat de Samuel Paty. Jean-François Ricard est notamment revenu sur les messages postés par Brahim C. sur les réseaux sociaux, dans lesquels il dénonçait la présentation de caricatures de Mahomet dans la classe de sa fille.

Trois premiers messages ont été publiés sur Facebook par le père de famille le 7 octobre dans la soirée, dévoilant brièvement le nom du professeur et le nom du collège avant de retirer ces éléments. Le lendemain, il publiait une vidéo sur Facebook, reprise sur YouTube par un internaute, qui mentionnait le nom du professeur.

Le 11 octobre, c'est une vidéo tournée par Abdelhakim Sefrioui trois jours plus tôt qui est publiée. L'homme, militant islamiste notoire, avait participé le 8 octobre à une réunion avec la direction du collège de Conflans-Sainte-Honorine. Cette vidéo, intitulée "L'islam et le prophète insultés dans un collège public : le vrai séparatisme", consistait en une interview de Brahim C. et de sa fille.

Selon le procureur, les notes retrouvées dans le téléphone du terroriste reprennent au mot et à la ponctuation près les éléments contenus dans la première publication du parent d'élève. Ce dernier a reconnu en garde à vue avoir reçu plusieurs messages de soutien, dont certains de la part d'Abdoullakh Anzorov, sans s'en souvenir précisément. L'enquête a permis d'établir "plusieurs contacts téléphoniques et écrits" entre ce parent d'élève et le terroriste entre le 9 et le 13 octobre, a révélé le procureur, sans dévoiler la teneur de ces échanges.

"Mon client n'a jamais cherché à contacter l'enseignant, il n'a jamais appelé à lui nuire. Il ne connaissait pas l'assaillant et est bouleversé par ce qui est arrivé", a assuré auprès de France Télévisions Nabil El Ouchikli, l'avocat de Brahim C., alors que ce dernier était toujours auditionné chez le juge, mercredi soir.

Une polémique reposant "sur des faits inexacts"

La diatribe lancée par le parent d'élève sur les réseaux sociaux reposait "sur des faits matériellement inexacts", selon le procureur national antiterroriste. Les caricatures de Mahomet ont en effet été montrées par le professeur d'histoire-géographie à ses élèves lors de deux cours distincts : la première fois le 5 octobre auprès d'une classe de quatrième à laquelle n'appartenait pas la fille de Brahim C., la seconde fois le 6 octobre lors d'un cours dispensé alors que la jeune fille était absente.

Dans ses messages, Brahim C. avait par ailleurs établi un lien direct entre cet événement et l'exclusion de sa fille du collège pour deux jours. "Or, on sait aujourd'hui qu'il s'agissait d'une décision prise par la direction de l'établissement pour des faits totalement distincts", selon le procureur.

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