Terrorisme : de plus en plus de femmes aux profils parfois "inquiétants", selon François Molins

Le procureur de la République de Paris avait révélé, avant la découverte de bonbonnes de gaz dans une voiture à proximité de Notre-Dame, que 59 femmes étaient mises en examen dans des dossiers de filières jihadistes ou de projets d’attentats, dont des mineures.

François Molins, le 21 juillet 2016. 
François Molins, le 21 juillet 2016.  (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Le nombre résonne différemment au lendemain de l'arrestation des trois jeunes femmes à Boussy-Saint-Antoine (Essonne). Dans un entretien accordé au journal Le Monde, vendredi 2 septembre, le procureur de la République de Paris, François Molins, révélait que 59 femmes étaient actuellement mises en examen dans des dossiers de filières jihadistes ou de projets d'attentats.

Des informations dévoilées la veille de la découverte d'une voiture bourrée de bombonne de gaz et de bidons d'essence près de la cathédrale Notre-Dame. Le procureur révélait ainsi que "sur les derniers mois, nous observons une accélération des dossiers de jeunes filles mineures, avec des profils très inquiétants, des personnalités très dures. Elles sont parfois à l'origine de projets terroristes qui, sur le plan intellectuel, commencent à être très aboutis". 

Accélération des placements en détention

Ces 59 femmes inculpées pour des faits de terrorisme sont une part non négligeables du total de 280 mis en examen pour de tels faits, avait-il ajouté. Des chiffres à relativiser, car on ne connaît pas leur proportion parmi les 577 individus qui font aussi l'objet d'un mandat de recherche ou d'un mandat d'arrêt.

Parmi ces femmes mises en examen, 18 sont incarcérées. "Il y a une accélération des placements en détention. On a peut-être été trop scrupuleux au début en se disant que les femmes suivaient leur mari et se cantonnaient à des tâches ménagères en Syrie. Aujourd'hui, elles sont systématiquement interpellées à leur retour et placées en garde à vue", expliquait également François Molins.

Plusieurs cas ont été révélés cet été, comme celui d'une adolescente de 16 ans originaire de Melun (Seine-et-Marne), mise en examen et écrouée alors qu'elle se disait prête à commettre un attentat sur la messagerie Telegram, ou celui d'une jeune radicalisée de 18 ans à Clermont-Ferrand, elle aussi écrouée à la mi-août après avoir posté des messages violents sur le même réseau social.

"Les femmes ont souvent un rôle moteur"

Pour le journaliste de Mediapart et auteur de Femmes de jihadistes (Fayard) Matthieu Suc, interrogé sur Franceinfo, "certaines femmes, généralement jeunes, sont tout autant radicalisées que les hommes. Pour accéder au statut de martyr, elles sont prêtes à passer à l’acte".

Pour ce spécialiste, "les femmes ont souvent un rôle moteur. La prise de conscience a été la photo d’Hayat Boumeddiene [la compagne du tueur de l’Hyper Cacher] posant avec une arbalète. On pouvait voir son plaisir manifeste à prendre des pauses guerrières. En terme de religion, elles sont beaucoup plus calées que les hommes".