Attaques terroristes dans l'Aude : "On a eu tellement peur qu'on garde pour soi ce qu'on a ressenti", explique France Victimes

L'association France Victimes gère la cellule psychologique mise en place à Trèbes dans l'Aude où une attaque terroriste a profondément choqué vendredi la vie quotidienne de la commune. 

Devant la gendarmerie de Carcassonne, un hommage aux victimes des attaques de vendredi 23 mars dans l\'Aude.
Devant la gendarmerie de Carcassonne, un hommage aux victimes des attaques de vendredi 23 mars dans l'Aude. (MAXPPP)

Depuis les attaques meurtrières de vendredi dans l'Aude, la commune de Trèbes a mis à disposition des victimes et de tous ceux qui éprouvent le besoin de s'exprimer, une cellule psychologique en mairie. La petite ville d'un peu moins de 6 000 habitants se pensait à l'abri des actes terroristes. Le choc est profond. 

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Des dizaines de personnes sont passées à la mairie samedi, pour être prises en charge, écoutées. Sur le parvis du bâtiment, le cri déchirant d’une femme bouleversée a été entendu. La colère d’employés du Super U, cible de Radouane Lakdimagacés par la présence des journalistes a aussi été remarquée. L'accompagnement de ces personnes choquées, c'est tout le travail de France Victimes, mobilisée pour accueillir ceux et celles qui ont besoin de soutien ou qui éprouvent la nécessité de parler du drame. "Les salariés du magasin se sont retrouvés tous ensemble pour évoquer, pour partager, pour se réconforter mutuellement", explique Jean-Marc Bernis, responsable de l’antenne locale de l'association. Il sait qu'il faudra du temps pour que la parole et l'émotion se libèrent. "On est tellement stressé, on a eu tellement peur qu’on garde pour soi ce qu’on a ressenti", dit-il.

Quand on a reçu un tel choc psychologique, pendant un certain temps, on reste enfermé dans sa bulle.Jean-Pierre Bernis, France Victimesà franceinfo

En mairie de Trèbes, des professionnels composent la cellule d'écoute. "Les psychologues cliniciennes sont toutes formées à la criminologie, la victimologie. Ce sont elles qui vont essentiellement aider les victimes à se reconstruire, sur des semaines, voire des mois. Ça va durer très longtemps", ajoute le président de l'association France Victimes dans l'Aude.

Une onde de choc à Trèbes

Les personnes qui viennent à la mairie ont besoin d’extérioriser l’indicible, explique le maire de Trèbes, Éric Ménassi, qui évoque "une horreur absolue". "Tous ont vu la mort dans les yeux", ajoute l'élu, qui souhaite que "l'émotion immense permette d’éviter les amalgames".

Nous avons besoin de nous recueillir et de nous apaiser collectivement. Il y aura un avant et un après.Eric Ménassi, maire de Trèbesà franceinfo

L'après, c'est de faire comme avant, selon une rescapée, Catherine, présente vendredi au Super U. Elle explique avoir "vu le terroriste" avant de s'enfuir et de se cacher dans un frigo. Catherine s’est rendue samedi dans un autre supermarché où deux personnes lui ont dit leur peur d'aller faire leurs courses. "J’ai dit non, il ne faut pas avoir peur, il faut faire comme avant", soutient-t-elle.