Attentats du 13-Novembre : "Souvent, vers 4 heures du matin, je me réveille, je n'arrive pas à respirer"

Deux ans après les attentats de Paris et Saint-Denis, franceinfo est retourné à la rencontre d'un rescapé. Djamel, 37 ans, touché par quatre balles de Kalachnikov à la terrasse de la Belle Equipe, dans le XIe arrondissement de Paris, tente de se reconstruire.

Djamel, 37 ans, blessé par balles, a perdu son pied lors des attentats du 13 novembre.
Djamel, 37 ans, blessé par balles, a perdu son pied lors des attentats du 13 novembre. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)
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Edité par Mariam El KurdiJérôme JadotRadio France

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La page du 13 novembre est toujours difficile à tourner pour les blessés des attentats de Paris et Saint-Denis. Deux ans après, à quelques jours des commémorations, franceinfo est retourné à la rencontre de l'un d'entre eux. Djamel, 37 ans, a été touché par quatre balles de Kalachnikov à la terrasse de la Belle Equipe, dans le XIe arrondissement. Il est sorti de l'hôpital au début de l'année 2017, mais la douleur est toujours présente et le retour à la vie active ne se fait pas sans difficultés.

Handicapé à vie

À l'hôpital des Invalides, Djamel connaît presque tout le monde. Il y a passé près d'un an, après trois mois à l'hôpital Bégin. Il revient encore deux fois par semaine pour une séance de kiné. Djamel a perdu son pied droit dans les attentats après avoir reçu une balle. Dans sa chaussure de sport, il porte désormais une prothèse. Il vient également pour une rééducation de son bras gauche. "J’ai des douleurs à ce niveau-là", explique-t-il. "J’ai mal au coude et j’ai peur qu’il y ait un truc brisé", décrit-il à son kiné. Sa souffrance pourrait venir de la plaque ou d’une des vis qui lui ont été posées en plus des greffes osseuses. Autour des cicatrices, son bras est depuis quelques jours gonflé.

Depuis janvier 2017, à sa sortie de l'hôpital, Djamel a regagné un logement adapté, mis à disposition par la mairie de Paris. Il habitait avant au 4e étage sans ascenseur. Le retour à la vie extérieure n'est pas simple..

C'est difficile parce qu'il y a le handicap. Le soir ou le matin quand je mets la prothèse, je vois qu'il me manque un pied. C'est compliqué à accepter.

Djamel, blessé le 13 novembre

franceinfo

Djamel dit avoir encore des moments très difficiles. Ce qui s'est passé, "ça reste dans la tête, confie-t-il. Parfois, il suffit que je vois quelqu'un dans la rue en bécane, je me dis qu'il va me finir". Il est aujourd'hui régulièrement victime de crises d'angoisse ou de paranoïa. "Souvent, vers 4 ou 5 heures du matin, je me réveille, je n'arrive pas à respirer", témoigne-t-il.

Une prise en charge floue

Après la séance de kiné, passage à la cafétéria, où Djamel avait l'habitude de se retrouver avec les autres blessés du 13 novembre soignés aux Invalides. En tant que blessé de guerre, conformément à l'article 115, il bénéficie d'une prise en charge médicale à 100 %. "Mais moi, sur mon attestation de sécurité sociale, mon article 115 s'arrête le 30 novembre 2017", note Djamel, amère. "C'est complètement stupide. Mon pied ne va pas repousser entre temps. C'est dingue!" s'exclame le blessé des attentats.

Le gouvernement promet que le statut sera renouvelé automatiquement sans démarche. Mais Djamel, qui avait essuyé plusieurs refus pour une carte d'invalidité avant de finalement l'obtenir, est désormais sceptique. Il a l'impression d'être sorti des radars. "Depuis que monsieur Macron a été élu président, on n'a pas eu de nouvelles. On ne sait pas s'ils veulent nous aider", poursuit-il. Il a  en effet passé de nombreux appels ou mails, restés sans réponses. "Cela aurait été peut-être plus simple de mourir", lâche-t-il.

Témoignage d'un blessé des attentats du 13 novembre, Djamel, 37 ans, au micro de Jérôme Jadot
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Un appel à l'aide pour continuer à travailler

Djamel aurait surtout besoin d'un local professionnel mieux adapté à son handicap. Quelques semaines avant les attentats, il avait créé une marque de vêtements. "Je dois empiler les cartons du sol jusqu'à un peu plus haut que moi", explique-t-il. Du coup, quand il doit prendre un article qui n'est pas à sa hauteur, "c'est très douloureux". Il lui faudrait alors un espace de travail plus grand. La mairie de Paris n'a pas pu lui en trouver. Il a rendez-vous à la Délégation interministérielle à l'aide aux victimes. On y indique que la question de la réinsertion professionnelle a récemment fait l'objet d'une "table ronde", mais pour Djamel, travailler est vital.

J'ai toujours fait quelque chose, donc je ne peux pas me retrouver dehors à ne rien faire, à tourner dans ma chambre. Plus l'esprit est occupé, moins on pense à ce qui nous est arrivé

Djamel, blessé du 13 novembre

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Malgré tout, il reste combattif. "Même sans aide, ce n'est pas grave, je le ferai quand-même. J'en ai besoin pour avancer", poursuit-il. Avancer pour ne pas être happé par les sinistres souvenirs du 13 novembre. Djamel ne sait toujours pas s'il participera aux commémorations de lundi. Depuis deux ans, il n'a toujours pas pu repasser devant la Belle Equipe. Prendre un verre en terrasse est, dit-il, un combat.