Attentats du 13-Novembre : "Ça nous a rendu plus forts, plus solidaires", estime le patron de la Belle Equipe

Un an après, franceinfo donne la parole aux témoins et victimes du 13-Novembre. Grégory Reibenberg, patron du bistrot la Belle Equipe, rue de Charonne, dans le 11e arrondissement de Paris, était lui à "l'épicentre du séisme", comme il dit.

Grégory Reibenberg, le patron de la Belle Equipe, en novembre 2016.
Grégory Reibenberg, le patron de la Belle Equipe, en novembre 2016. (JÉRÔME JADOT / RADIO FRANCE)

Le patron de la Belle Equipe, un des bars visés par les terroristes des attentats à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, a vu mourir 20 personnes autour de lui, dont 9 amis et la femme de sa vie. Un an après, c'est un homme debout que franceinfo a rencontré, qui s'est relevé en se jetant dans le travail, l'écriture et son rôle de père.

Dans tout ce qui l'a aidé à "regarder devant" comme il dit, il y a aussi ce nouvel appartement aux hauts murs blancs dans lequel il reçoit. Trop compliqué, explique-t-il, de rester dans les lieux où il a vécu avec Djamila, la mère de sa fille, tombée sous ses yeux ce soir-là. Elle est malgré tout encore là, souriante, sur un cliché en noir et blanc accroché en bas d'un grand miroir.

Ecrire était "indispensable et salvateur"

"Le 13 novembre 2015, c'était à la fois hier et il y a 100 000 ans", dit Grégory Reibenberg. Pour ne pas y replonger sans cesse, il a écrit sur ce qui lui arrivait. Trouver les mots lui a permis de s'extirper d'un drame "tridimentionnel", comme il le décrit lui-même. 

J’ai perdu des copains, j’ai perdu des amis. C’était chez moi. La femme de ma vie est morte dans mes bras, et pas tout de suite. C’est lourd, c’est gros, c’est beaucoup.Grégory Reibenberg,
patron de la Belle Equipe
franceinfo

"L’écriture était quelque chose d’indispensable pour moi, et de salvateur, explique-t-il. C’était une manière de donner du sens là où il n’y en a pas, en fait." Cette narration, Grégory Reibengerg l'a commencée le soir de l'enterrement de Djamila. C'était d'abord un carnet personnel. C'est devenu un livre* dans lequel il ne s'est pas épargné le récit de la fusillade, ni des scènes d'effroi qui ont suivi. Devoir de témoigner une ultime fois, dit-il. Un manière aussi de s'éviter des cauchemars.

Le travail pour se reconstruire

Moins de 48 heures après les attentats, Grégory Reibenberg savait qu'il allait rouvrir la Belle Equipe. Ce qu'il a fait le 21 mars 2016. Et c'est bien un lieu de vie qui a rouvert, pas un mausolée. "Il n’y a rien de triste qui se passe là-bas, raconte le patron. Il y a des touristes du monde entier qui viennent, parce que c’est la Belle Equipe, comme certains vont peut-être devant le Bataclan." 

Les gens ne viennent pas (à la Belle Equipe) pour de la curiosité malsaine. Ils viennent presque par solidarité, ça se voit sur leur visageGrégory Reibenberg, patron de la Belle Equipeà franceinfo

Pour Grégory Reibenberg, cette réouverture est une évidence. "Ils [les victimes du 13-Novembre] sont partis en profitant de la vie et on a remis ça en place. Et c’est le plus important. Je ne pense pas m'être trompé."

Aujourd'hui, la fille de Grégory, Tess, 9 ans, aime déjeuner à la Belle Equipe. Elle aurait dû y être, le 13 novembre au soir, pour l'anniversaire de l'amie de ses parents, mais elle avait le pied dans le plâtre. Elle est étonnamment forte, dit aujourd'hui son père. "Les rares fois où je lui ai demandé si, parfois, elle repensait à maman, elle m’a regardé comme on regarde un martien. Elle ne m’a pas dit : ‘Elle est con ta question papa’, mais ses yeux, son regard, son attitude voulaient dire ça, raconte Grégory Reibenberg. Je pense qu’elle en parle peut-être plus avec d'autres qu’avec moi. Elle sait que j’ai des fragilités, et elle-même n’ose pas peut-être appuyer dessus."

Un homme toujours debout 

Sa fille, c'est ce qui porte ce quadragénaire aux cheveux blancs toujours pressé. Déjà patron de plusieurs bars et restaurants à Paris, il s'est relancé depuis les attentats dans de nombreux projets : une épicerie-cantine, une rôtisserie, une marque de pastrami. C'est peut-être un petit peu trop, reconnaît-il. Et puis ça n'empêche pas les "coups de moins bien".

Ça m’est arrivé de me raser et puis de pleurerGrégory Reibenberg,
patron de la Belle équipe
à franceinfo

Le quotidien du patron de la Belle Equipe le ramène parfois à cette funeste soirée. "Je vais amener ma fille à l’école, je vais rentrer chez moi, je vais me mettre de l’eau sur la figure... et puis je vais pleurer deux minutes avec moi parce que je pense à Djam’, je pense à Oda, je pense à Romain, Ludo… raconte Grégory Reibenberg. Tout ça c’est très personnel et ça arrive à plein de gens tous les jours… Mais, sinon ça va" ajoute-t-il. 

* Une Belle équipe, de Grégory Reibenberg, est publié chez Héliopoles. Il sort en librairie le 14 novembre.