Terrorisme : cinq questions pour comprendre les enjeux du procès de la cellule de Verviers

Seize prévenus sont jugés à partir de lundi en Belgique. Neuf d'entre eux sont absents, car en fuite, probablement en Syrie.

Ouverture du procès de \"la cellule de Verviers\", au palais de justice de Bruxelles, le 9 mai 2016. 
Ouverture du procès de "la cellule de Verviers", au palais de justice de Bruxelles, le 9 mai 2016.  (FRANCOIS LENOIR / REUTERS)

Huit jours après l'attaque terroriste qui a décimé la rédaction de Charlie Hebdo, les images avaient tourné en boucle : un quartier de la ville industrielle belge de Verviers assiégé en pleine nuit par les forces de l'ordre. Retranchés dans une maison, plusieurs hommes ouvrent le feu. Bilan : deux morts et une vague d'interpellations. La cellule jihadiste dite de "Verviers" est démantelée.

Son chef, Abdelhamid Abaaoud, n'est pas sur le banc des prévenus, lundi 9 mai, pour l'ouverture du procès de cette cellule : le coordinateur présumé des attentats du 13 novembre a été tué dans l'assaut de Saint-Denis cinq jours plus tard. Neuf des 16 prévenus sont absents car en fuite, probablement en Syrie.

Francetv info vous résume les enjeux de cette audience, présentée comme un rendez-vous judiciaire phare avant le futur procès des attentats de Paris.

La cellule de Verviers, c'est quoi ? 

Tout part, comme le rappelle La Libre Belgique, d'un renseignement fourni à la Sûreté de l'Etat (le service de renseignement civil belge), le 18 novembre 2014. Souhaib El Abdi, un Belge de 26 ans parti en Syrie, serait de retour et pourrait être tenté de commettre un attentat sur le territoire. Des écoutes sont mises en place. Elles mènent à une planque située dans une maison du centre de Verviers, une ville de 56 000 habitants, considérée depuis plusieurs années déjà comme un foyer d'islamistes radicaux.

La maison est sonorisée à son tour. Les conversations révèlent des projets d'attaque. Le 15 janvier 2015 , un troisième homme vient rejoindre deux individus planqués à cette adresse. Les enquêteurs entendent le trio s'émerveiller devant une "Kalach", raconte La Libre Belgique. L'assaut est donné. L'intervention se solde par la mort de deux des trois occupants, qui n'hésitent pas à ouvrir le feu sur la police. Le troisième est interpellé alors qu'il tente de s'échapper par la fenêtre.

Qui sont les membres de cette cellule ?

Sofiane Amghar, un Belgo-Marocain de 26 ans, et Khalide Ben Larbi, un Belge âgé de 23 ans, ont été tués dans l'assaut. Comme l'indique Le Monde, tous deux se sont rendus en Syrie et étaient originaires de la commune bruxelloise de Molenbeek. C'est dans cette ville tristement célèbre pour avoir vu grandir les frères Abdeslam qu'ils auraient rencontré le troisième homme présent dans l'appartement, un ancien agent de sécurité, Marouane El Bali, 26 ans.

L'enquête a établi qu'ils communiquaient avec un certain "Omar". Il s'agit en fait d'Abou Omar Soussi, le nom d'emprunt d'Abdelhamid Abaaoud. Ce dernier est localisé dans un appartement à Athènes, en Grèce. A leur arrivée, les policiers tombent sur un autre Omar, Omar Damache, un Algérien. Aucune trace d'Abaaoud, qui est déjà bien connu des services de renseignement pour ses vidéos sordides tournées en Syrie. Il se vantera plus tard dans Dabiq, la revue de l'Etat islamique, d'avoir échappé au coup de filet de Verviers.

Parmi les 16 prévenus du dossier (l'action publique est éteinte concernant Sofiane Amghar, Khalide Ben Larbi et Abdelhamid Abaaoud, tous trois décédés) figure aussi Mohamed Hamja Arshad Mamood Hajni, 26 ans, qui a signé, selon Le Monde, le contrat de location de la planque de Verviers. C'est lui qui est allé chercher en France et en Allemagne les deux jihadistes tués à Verviers.

Sont aussi jugés à ses côtés Souhaib El Abdi et son frère Ismaël, qui comparaît libre. Tous deux ont été interpellés le lendemain de l'assaut de Verviers à la frontière franco-italienne. Les 11 autres, de nationalité belge, marocaine, néerlandaise ou française, ont soit été remis en liberté au fil de l'instruction, soit n'ont jamais été interpellés. Certains, suspectés d'être en Syrie, sont visés par un mandat d'arrêt international.

Au total, seules six personnes se sont présentées devant le tribunal lundi (dont quatre sont incarcérées). Un septième "travaille" et neuf manquent à l'appel.

Que projetaient-ils de faire ? 

Un véritable arsenal a été découvert dans la maison de Verviers : les enquêteurs ont retrouvé de quoi fabriquer 5 kg d'explosifs, trois kalachnikovs, quatre revolvers, des munitions et des uniformes de police. Malgré les consignes de discrétion émises par Abdelhamid Abaaoud, les membres de la cellule ont évoqué leurs projets alors que la planque était sur écoute.

Selon les autorités belges, ils avaient planifié un attentat contre des policiers à Bruxelles. Le patron du GIGN, Hubert Bonneau, cité par Le Point, a également confié récemment que "l'idée des terroristes était d'enlever une haute autorité belge et de la décapiter pour mettre les images sur les réseaux". Pour le quotidien populaire belge Het Laaste Nieuws, la cible était "un magistrat" ou une "personne ayant une haute responsabilité au sein de la police".

Quel lien avec les attentats de Paris et de Bruxelles ? 

Le trait d'union entre les trois cellules est Abdelhamid Abaaoud, qui semble faire le lien entre les différents protagonistes et apparaît comme le chef de la cellule de Verviers et celle de Paris. "L'hypothèse selon laquelle Verviers est le dossier souche des attentats de Paris fait partie" des pistes examinées par la justice française, a récemment expliqué au Monde une source proche de l'enquête. Et le journal de s'interroger : "L’échec de Verviers a-t-il servi, malgré lui, de rodage au commando du 13 novembre qui a ensuite essaimé jusqu’au drame de Bruxelles ?"

Le mode opératoire, en tout cas, est semblable. Du TATP a par ailleurs été découvert à Verviers, l'explosif artisanal ayant servi à Paris et Bruxelles. Selon le quotidien francophone Le Soir, des plans d'aéroports ont également été découverts dans la planque présumée d'Abaaoud à Athènes. 

Quelle est la ligne de défense des prévenus ? 

Les accusés sont-ils vraiment membres de la cellule jihadiste ? C'est ce que devra établir le procès. Marouane El Bali, qui devra également répondre de "tentative de meurtre aggravé" pour avoir tiré sur les policiers lors de l'assaut, apparaît comme le personnage essentiel du dossier judiciaire. Il est soupçonné par les enquêteurs d'avoir joué le rôle de "logisticien" dans la cellule de Verviers.

Une thèse contestée par sa défense. "Il était la petite main et n'était absolument pas au courant de l'un ou l'autre des projets d'attentat [à Paris ou Bruxelles]", plaide Sébastien Courtoy, l'un de ses avocats. L'intéressé, décrit comme un "playboy" par un autre conseil, affirme s'être rendu dans la maison pour remettre une paire de baskets à l'un de ses amis d'enfance. 

Comme lui, la plupart des prévenus clament leur innocence ou affirment n'être que des seconds couteaux. L'un d'entre eux, Abdelmounaïm Haddad, s'est pourtant rendu plusieurs fois en Syrie et se trouvait sur le même vol que d'autres membres de la cellule de Verviers. Un simple concours de circonstances, selon son avocate. "Il n'a jamais combattu, il est parti voir son frère qui, lui, malheureusement, semble avoir combattu là-bas et dont il avait appris qu'il était blessé très lourdement. Il a voulu assister aux derniers jours de son frère qui, entre-temps, est décédé", défend Nathalie Gallant.

"Le procès est très attendu pour tenter de comprendre ce réseau, son mode opératoire, ses recrutements même si on le sait, les principaux protagonistes de l'affaire Verviers ne seront pas dans le box des accusés", explique Valéry Lerouge, le correspondant de France 2 à Bruxelles. Le procès est prévu pour durer trois semaines.